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DECRYPTAGE

Affaire Khashoggi : un simulacre de procès ouvert à Riyad

A l'ouverture ce jeudi 3 janvier de cette nouvelle année, le procureur général devait commencer par la lecture des chefs d’inculpation devant la cour pénale de Riyad en révélant ce qui a été définitivement retenu dans l’enquête saoudienne très fortement contestée.

Ainsi, l’enquête officielle saoudienne a conclu que le meurtre de Khashoggi avait été commis au consulat « après une altercation physique avec la victime » « qui a été retenue de force » et s'est vu injecter » « une grande quantité de drogue ». Ceci a « entraîné une surdose ayant conduit à sa mort, qu'Allah bénisse son âme », a dit le bureau du procureur général. Son corps a ensuite été « démembré » et livré à un « collaborateur » à l'extérieur du consulat.

Où sont les restes de Khashoggi ?

Onze suspects, cinq peines de mort requises. C'est la demande du procureur général saoudien envers les accusés du meurtre du journaliste Jamal Khashoggi.

Le Washington Post avait relevé avec étonnement tout de suite que «le communiqué, qui ne nommait aucun des suspects », le peu d’informations qui parviennent de Riyad sur le procès pour le meurtre de Jamal Khashoggi passent toutes par l’agence de presse officielle saoudienne.

Pourtant, le même procureur a accusé le général Ahmed al-Assiri, d'avoir ordonné à une équipe de quinze agents saoudiens de ramener "de gré ou de force" Khashoggi en Arabie saoudite.

Le bureau du procureur semble s'être référé à Saoud al-Qahtani, conseiller à la Cour royale, quand il a parlé d'un "ancien conseiller" qui a joué un rôle central dans les préparatifs de l'opération, notamment en rencontrant le chef de l'équipe d'agents sur le départ pour Istanbul.

Ahmed al-Assiri et Saoud al-Qahtani étaient deux proches collaborateurs du prince héritier Mohammed ben Salmane, fils du roi Salmane, qui a été totalement dédouané à plusieurs reprises par des responsables politiques et judiciaires saoudiens. Ils ne se sont pas présentés devant la cour et personne ne sait s’ils sont sanctionnés pénalement par le royaume ou pas.

En revanche, ce qui est sûr, c’est qu’ils sont limogés de leurs postes respectifs. Ont également été limogés : Mohammad al-Rumaih, chef adjoint au General Intelligence Presidency ( GIP affaires de renseignement), Abdallah al-Shaya, chef adjoint au GIP (ressources humaines). Rashad al-Muhamadi, directeur au GIP (sécurité et protection).

Les autorités saoudiennes n'ont pas voulu commenter sur le sort de ces cinq commanditaires de peur, selon de nombreux observateurs, de les contraindre de dénoncer le prince héritier qui leur a donné les ordres. Pour cela, la stratégie du royaume est de faire vite pour éviter d’internationaliser l’enquête et surtout de donner une suite favorable à la requête de la justice turque qui voulait les juger elle même.

Ce procès intervient "après une enquête saoudienne opaque sur l’assassinat de Khashoggi”, estime Middle East Eye, un site d’information panarabe, auquel collaborait le journaliste saoudien. Face aux fuites sur l'assassinat de Khashoggi et la pression internationale, “le roi Salmane d’Arabie Saoudite et le président turc Recep Tayyip Erdoğan ont accepté de coordonner leurs enquêtes nationales”, souligne Middle East Eye, avant d’ajouter que des sources turques ont fait part des difficultés à travailler avec les enquêteurs saoudiens, qui ne voulaient apporter aucun élément à l’affaire.

Dans les trois mois qui ont suivi la mort de Khashoggi, les autorités turques ont accusé de manière répétée le gouvernement saoudien de faire obstruction à l’enquête en omettant des détails cruciaux, notamment l’endroit où se trouve le cadavre”, pointe le Washington Post.

L’impartialité de la justice saoudienne est toutefois mise en doute par des défenseurs des droits de l’Homme.

Les Nations unies et d’autres groupes de défense des droits de l’Homme appellent ainsi à une enquête indépendante. « Vu le manque d’indépendance du système de justice pénale en Arabie saoudite, l’impartialité de toute enquête et de tout procès serait mise en doute », estime Samah Hadid, directrice des campagnes d’Amnesty International au Moyen-Orient, qui réclame elle aussi « une enquête indépendante et dirigée par l’ONU ».

Quant à Donald Trump, malgré les conclusions des services de renseignement américains, il n’a jamais mis directement en cause Mohammed ben Salmane. Mais d’influents parlementaires au Congrès américain n’ont pas renoncé à l’idée de représailles contre Ryad et pourraient accentuer la pression sur le président dans les prochaines semaines. Selon les rumeurs que font circuler certains opposants au régime, les accusés qui se sont présentés à la cour n’ont rien à voir avec l’affaire et les avocats n’ont rien trouvé sur les dossiers.

C’est certainement ce qui explique leur demande expresse d’un temps pour les étudier. Requête immédiatement acceptée par un report mais aussi bizarre que cela puisse paraître.

Auteur
Rabah Reghis
 

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