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DECRYPTAGE

Bouteflika, à tombeau ouvert vers l'inconnu !

« J’ai laissé le pouvoir de Franco et j’ai retrouvé celui de la reine d’Angleterre », cette saillie est sans équivoque. Elle sort de la bouche d’un homme (Abdelaziz Bouteflika) qui ne trouve aucune grâce en la démocratie. Il lui préfère celui du sinistre dictateur Franco.

Depuis son arrivée au pouvoir, il n’a rien renié de cette déclaration comminatoire. La démocratie ou ce qui était bâti est systématiquement démâtée pour laisser place d’abord à un pouvoir autocrate, volontairement méprisant de la presse et de l’opposition.

Puis, patiemment il installe un pouvoir néopatrimonial avec des ramifications tribales, voire affairistes.

Les servitudes volontaires feront le reste. Puisqu’une grosse partie du personnel politique a du coup choisi son destin propre sur l’intérêt national.

Eloge des coups d’Etat permanents

Tout le monde se souvient de la constitution de Liamine Zeroual avec sa limitation des mandats. Si pour la majeure partie de la classe politique, elle était une avancée formidable qui pouvait permettre un renouvellement à la tête de l’Etat, pour Bouteflika, elle était un verrou à faire sauter au plus vite. Il le fera, le finaud, aidé par une cour de courtisans politiques dont la seule ambition se résume aux privilèges qu’ils peuvent tirer de leur complicité. C’est que le président Bouteflika voulait le pouvoir à vie. Et tout le pouvoir. Pour cela, il finit par démonter le DRS, pousser à la retraite toute une génération de généraux pour ne laisser que les plus lisses. 

Il ne s'arrêtra pas malheureusement à ce seul tableau de chasse. Loin s'en faut. Les viols de la constitution sont devenues un fait du prince. Aidé par un parlement croupion, il en fera trois durant ses quatre mandats. Un fait unique dans les annales politiques à mettre à son crédit.

Très vite une propagande agressive doublée de menaces multiformes sur les derniers réduits de l’opposition a cannibalisé les libertés.

Puis à partir du printemps 2013, les Algériens assistent médusés à une gouvernance par les ombres et les communiqués. Avec un président malade, se pose alors gravement la question de la localisation du pouvoir et sa visibilité.

Pourtant, lui aussi neutralisé, le conseil constitutionnel fermera les yeux sur toutes les violations constitutionnelles.

En 2014, quelques esprits pourtant avertis ont benoîtement cultivé l’espoir de voir Bouteflika rentrer chez lui. Mais c’est mal connaître cet homme pour qui le pouvoir ne se donne pas, il s’arrache. Il sera reconduit envers et contre tous.

« Naaldine li mayhabnach », avait crané un ancien ministre avec zèle et mépris.

Les Algériens en auront pour leurs frais. Aucun discours public durant tout le 4e mandat. Aucune sortie publique, aucune parole… Les images publiques deviennent rares, les conseils des ministres se comptent sur les doigts d’une seule main.

Qu’importe ! glissera avec son air chafouin le perpétuel premier ministre Ahmed Ouyahia.

Le grotesque prend le pas sur la politique quand des ministres ont commencé à honorer le portrait du président en lieu et place du premier concerné.

Le précédent est unique dans le monde. Un président absent maintenu au pouvoir en dépit des termes d’une constitution qui ne souffrent aucune ambiguïté.

Même si la situation confine désormais à la bouffonnerie la plus risible, il y a comme un sentiment qu’on n’a pas fini de boire le calice.

Mieux encore. Les hommes d’affaires, qui se sont largement remplis les coffres forts des marchés publics rejoints dans cette folle équipée électorale, par des ministres, chefs de partis pro-pouvoir, s’emploient à soutenir un cinquième mandat.

On est à trois semaines de la convocation du corps électoral. Et l’Algérie, classe politique comprise, regarde avec une certaine anxiété cette échéance.

Eloge de la terreur

« Mon pays est un maison de verre », clamait-il à son arrivée au pouvoir. Depuis, l’image a pris de nombreuses éclaboussures. L’affaire Benchicou avait déjà largement entamé le peu de crédit que tentait crânement d’avoir Bouteflika. Depuis il en a eu d’autres. Mohamed Tamalt mort en prison. La cascade de scandales de corruption et l’instrumentalisation du marché de la publicité pour étouffer la presse indépendante.

Répression, neutralisation et dissimulation : le triangle des Bermudes est en place pour un temps encore.

En cette fin 2018, Adlène Mellah, jeune journaliste, passera le réveillon en prison. Loin de sa famille. Le blogueur Merzouk Touati lui aussi verra l’arrivée de 2019 dans sa cellule.

L’année 2018 s’achève sur une salve du commandement de l’Armée contre les derniers « esprits libres » issus de ses rangs. Le communiqué n’a rien d’un texte élaboré sur un coin de table. Bien au contraire, c’est réfléchi, où les mots sont choisis et pesés pour faire passer des messages au camp d’en face. Qui est visé ? Le général Ghediri tout seul ? Peu probable, car tout aussi courageux qu’il puisse être il ne pouvait avoir commis des interpellations publiques de Bouteflika et Gaïd Salah sans quelques appuis amis.

Pendant ce temps, en cette fin d’année, des milliers d’Algériens prennent la route de l’Est pour passer le réveillon en Tunisie. L’image n’aurait pas été relevée si en même temps quelque chose de grave ne se déroulait pas au sud.

Dans la belle ville-oasis de Taghit des habitants se sont mobilisés pour empêcher des Algériens de venir y passer les fêtes de fin d’année.

A l’aube d’une vingtième année d'Abdelaziz Bouteflika au pouvoir, le sentiment national est plus que jamais devenu une fiction. Et l’horizon semble loin derrière nous.

Sans rancune bonne année.

Auteur
Yacine K.
 

Commentaires

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"Taisez-vous!"
Le nouveau mode de gouvernance, faut-il aller plus loin dans le commentaire...?
Les mots, les paroles....C'est juste du vent qui fait soulever les feuilles de nos arbres millénaires...
Bonne année quand même, oui celle là, la 2019. espérons qu'elle sera la bonne enfin.

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