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Intox, "fakes-news"...

Comment se meurent les empires ?

L’histoire n’est pas tendre avec la chute des empires à l’apogée de leur puissance. La puissance qui n’arrive pas à éliminer une menace pour le système qu’elle est censée protéger. Et c’est là un paradoxe en apparence mais une ruse de l’histoire dont sont victime les analphabètes de cette science. Car il est des systèmes qui secrètent des facteurs qui les affaiblissent de l’intérieur. On connaît le cas de l’empire romain mort non pas par une défaite de la redoutable armée des fameuses légions romaines, mais miné de l’intérieur par une classe dirigeante à la fois pathétique et arrogante.

On connaît aussi l’analyse de Ibn Khaldoun sur le déclin des royaumes et empires, non pas sous les coups d’une quelconque catastrophe naturelle ou d’une invasion étrangère, mais à cause de la décadence morale et intellectuelle des classes dirigeantes et de leur bases sociales. Le lecteur pourra enrichir ses connaissances sur ces deux exemples en visitant de grands textes d’historiens sur Internet. J’ai cité ces deux exemples historiques pour faire un parallèle avec la situation actuelle de pays qui creusent sans le savoir leur propre tombe. Ils pratiquent une politique dont l’arrogance frise parfois à l’inconscience. Pourquoi ? Parce qu’ils se croient à l’abri grâce à la puissance de leurs armes et se sentent confortés par la ‘’bonne’’ santé de leur économie. Ces deux paramètres sont ‘’censés’’ leur donner ‘’le droit’’ de raconter des bobards à l’opinion nationale sans se rendre compte qu’ils sont écoutés par l’opinion internationale. Celle-ci n’est pas en totalité sous l’anesthésie de leur fabrique des mensonges. Cette fabrique continue de faire sa sale besogne comme si le plus gros et le plus méprisable des mensonges, à savoir les armes de destruction massive en Irak, est oublié, perdu dans la nuit des temps. C’était pourtant hier et les mêmes journalistes qui déversaient leurs mensonges continuent de le faire encore aujourd’hui.

Sur la Syrie, la Libye et bien sûr la Palestine. Hier un avion israélien a été abattu par la défense syrienne. Comment cette information a t-elle été traitée par la fabrique des mensonges ? L’avion n’a pas été descendu par un missile syrien mais victime d’un crash, victime donc d’un poteau électrique, une défaillance technique de l’appareil ou un malaise du pilote. L’auditeur a le choix pour se faire une idée à lui. Derrière cette manipulation de l’info, on envoie un message à ce pauvre auditeur/lecteur pour le maintenir dans ses préjugés que l’on cultive contre les ‘’Arabes’’.

Primo, ces derniers ne sont pas capables d’abattre un avion, secundo il faut préserver l’image d’invincibilité de l’armée israélienne, pardon de Tsahal habituée à se promener dans le ciel des autres comme si c’était son arrière-cour. Le plus navrant dans cette histoire c’est de constater que les transmetteurs de ces manipulations sévissent en Europe. Car quand on lit les médias israéliens, ils ne parlent pas de crash  mais demandent des enquêtes pour connaître les raisons de cet échec en dépit de la panoplie des technologies qui protègent leur aviation de guerre. Car ces médias n’ont que faire de raconter des bobards aux quidams-auditeurs mais sont préoccupés par la perte de la supériorité stratégique de leur armée. Un tel changement dans le rapport de force est angoissant et on les comprend.

Depuis la déconfiture de leur armée face au Hezbollah en 2006, les Israéliens ne veulent pas répéter leurs erreurs de calculs. La fabrique des mensonges continue sa mission tout en demandant de sévir contre les ‘’fakes-news’’, les fausses nouvelles. Louables initiatives pour barrer la route à tous les fous furieux qui racontent n’importe quoi sur les réseaux sociaux. Sauf que, la machine des mensonges veut faire taire aussi les militants (1) qui alertent contre les malades qui préparent dans des souterrains leurs plans pour dégommer un Kadhafi, faire surgir de leur sous-sol de véritables armées (‘’révolutionnaires’’) dotés d’armes sophistiqués débarquées dans des aérodromes construites en un tour de main.

En Syrie par exemple, ce qui dérange donc la fabrique du mensonge, c’est de perdre son pouvoir d’imposer ses vues, de garder ce privilège pour vendre du papier et des images trafiquées et aseptisées, bref formater les esprits tout en bénéficiant du label liberté d’expression. Sauf qu’une autre machine s’est mise à fonctionner et échappe à leur contrôle. Au lieu de se poser les vraies questions de l’époque que nous vivons, le vieux monde sort de sa besace ses vieilles recettes où l’on retrouve les mêmes ingrédients du conservatisme qui ne veut pas mourir en dépit de ses plats indigestes.

La violente charge contre les médias occidentaux ‘’Main Stream’’ (dominant), ne doit nous faire oublier qu’il existe chez nous aussi des fabriques des mensonges.

Et la meilleure façon de se faire respecter par le lecteur, c’est de ne pas le mépriser en lui diffusant des infos qu’il peut contrôler et non pas de reproduire des infos déjà triturées par d’autres. Nous sommes entrés dans une époque où l’information a acquis une telle importance qu’il faut considérer son traitement comme une véritable œuvre d’art. Et en tant qu’art, il faut lui appliquer cette phrase de Gustave Flaubert ‘’ La forme est la chair de la pensée, comme la pensée est l’âme de la vie’’. Et comme la pensée a horreur de la paresse et la vie l’ennemi du mensonge, soyons de bons élèves de Flaubert.

A. A.

Note

(1) Julian Assange, un citoyen australien s’est réfugié à l’ambassade de l’Equateur depuis juin 2012 pour échapper à la justice des Etats-Unis. Son crime ? Avoir diffusé sur Internet entre autres des secrets de la guerre en Irak.

 

 

Auteur
Ali Akika, cinéaste
 

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