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Alger/Paris

L’événement Maurice Audin : quand Macron embarrasse Bouteflika

Il faut signaler d’emblée que durant la visite du président français en Algérie le 05 décembre 2017, le devoir de mémoire a été placé en priorité après l’économie et la sécurité.

Avant de quitter l’Algérie après un long entretien avec son homologue algérien sur le sujet, Emmanuel Macron a déclaré à l’opinion publique : "Je pense que c’est important que l’Algérie fasse des gestes à l’égard de ceux qui sont nés en Algérie et qui veulent pouvoir y revenir. Je pense que ça serait un geste fort de réconciliation», c’était une manière indirecte de demander avec insistance aux autorités Algériennes de permettre aux harkis de pouvoir revenir en Algérie car précise-t-il.

"Aujourd’hui, en fin d’année 2017, on doit pouvoir savoir regarder ensemble de manière apaisée tout ça. Je ne dis pas que la solution est facile. Je sais qu’il y en a qui ont encore ce traumatisme, mais je dis qu’on doit pouvoir ensemble, étape par étape, régler chacun de ces problèmes et dénouer les choses", avait souligné malicieusement Emmanuel Macron.

Moins de sept mois après, le secrétaire général du parti FLN, Djamel Ould Abbes, interrogé par la presse à ce sujet, dira que le dossier est entre les mains de Bouteflika, indirectement c’est à lui de prendre une décision car un tel sujet dépasse de loin la compétence du parti dont il a la charge. Mais pour lui, un harki restera un harki pour l’éternité, eu égard aux crimes qu’il a commis contre son propre peuple.

La date choisie par le président français pour lever le doute sur la disparition du mathématicien et son pardon, fortement médiatisé à sa veuve ainsi que ses deux enfants n’est certainement pas anodine. En effet, en application de promesses faites lors de sa campagne électorale, Macron, a installé un groupe de travail de haut niveau dont le comité national de liaison des Harkis (CNLH) en fait partie pour prendre en charge les préoccupations de cette catégorie de personne devenue française après l’indépendance de l’Algérie. Le conseil de ce groupe qui s’est réuni le 15 septembre 2018 au stadium de la ville d’ AGEN  après justement cette vague médiatique nationale et internationale qui a suivi la visite du président français à la famille Audin, se dit totalement mécontent des propositions de ce groupe de travail qui a chiffré les dommages subis par les harkis à 40 millions d’euros. Pour cet organisme qui commence à constituer le principal lobby de cette catégorie, le montant basé sur des évaluations de femmes et d’hommes habilités et crédibles est 100 fois plus soit de 37 à 40 milliards d’euros.

Dans cette estimation il y a tout ce qu’ils considèrent avoir perdu et abandonné en Algérie sans compter les pertes humaines avec une quantification de vie dans les camps en Algérie et ensuite en France. Le président français devra faire une annonce importante le 25 septembre prochain.

La CNLH craint qu'il soit ridicule ce jour-là si ses propositions sont celles qu’ils connaissent déjà et qui sont inacceptables. Selon certaines indiscrétions de hauts responsables de l’Elysée, le jeune président nourrit un grand espoir d'un geste du président Bouteflika envers les harkis pour l’aider à surmonter ses difficultés internes.

Il s’agit incontestablement de celui d’ouvrir les frontières à cette catégorie de circuler librement entre les deux pays. Ceci explique probablement l’entretien téléphonique qu’ils ont eu le jeudi 13 septembre, soit le jour même de la visite de Macron à Josette Audin. Toute la question reste le degré du pouvoir de Bouteflika, en tant que, d’abord ancien moudjahid ensuite premier responsable de lever les tabous des « harkis » devenus depuis l’indépendance synonyme de traître et surtout une « insulte » dans le langage populaire.

1- Le dilemme d'une telle décision

Selon les archives militaires françaises,  il y aurait environ 250 000 auxiliaires algériens, 50 000 soldats de métier, 120 000 bénévoles et 30 000 fonctionnaires, au moins. En conséquence, plus de 450 000 Algériens ont travaillé pour la France pendant la guerre de libération nationale. Sur ce dernier chiffre global, disons de sympathisants de la colonisation française sous ses diverses formes et raisons nuancés, il y aurait 250 000 auxiliaires de l’armée française dont 30 000 ont réussi à s’échapper vers la France en 1962 et le reste sont toujours en Algérie. De nombreux historiens ont manqué de cacher leurs penchants partisans par avancer un chiffre important de harkis massacrés ou tués durant l’été 1962 pour une raison toute simple : les cadres de l’ALN et Ben Bella lui-même ont vivement défendu le massacre qui a effectivement commencé mais vite réprimandé. On se rappelle de son discours du 4 juin 1963, à Oran, où des harkis viennent d’être assassinés : « Nous avons, en Algérie, tourné la page. Nous avons cent trente mille harkis et nous leur avons pardonné.

Les gens qui se posent en justiciers commettent leurs assassinats, avec l’excuse qu’il s’agit d’un harki, simplement pour lui voler sa montre. Tous les criminels ont été arrêtés. La justice sera implacable et ces actes criminels condamnés par l’exécution »(01).  Sur ce chiffre avancé par le premier président de la république Algérienne, un nombre très réduit est reconnu actuellement comme ancien harki sinon le reste se sont volatilisé dans la masse soit des « marsiens » soit reconverti dans la bourgeoisie bureaucratique. Les deux catégories ont profité des divergences au sommet du pouvoir pour se mêler à la foule car à cette époque  frapper ou tuer un harki une fois la guerre finie était une façon de jouer au héros sans prendre de grands risques. Dans de très nombreux villages, des tribunaux populaires furent érigés, et la population fut invitée à témoigner des exactions qu’elle avait pu subir de la part de tel ou tel prisonnier. La « justice » était alors sommaire, et les exécutions nombreuses mais vite les cadres de l’ALN réussirent à maitriser la situation.

2- Un objectif aux contraintes multiples

Aujourd’hui, la deuxième génération des harkis de France, a une moyenne d’âge de 30 ans, si on leur permet de rentrer en Algérie, reconnaîtront-ils ou risquent de le faire ceux qui étaient avec leurs parents hier, peut-être même au sommet de l’Etat et l’oligarchie. Leur vengeance pourrait être froide et la pagaille se déplacera d’outre mer vers l’Algérie où la loi à ce sujet est claire, voire même difficilement réversible.

En effet, la loi 97-07 du 5 avril 1999, soit quelques jours avant l’arrivée de Bouteflika, dans son article 68, prive en Algérie tout citoyen « dont les positions pendant la guerre de libération nationale ont été contraires aux intérêts de la patrie et ayant un comportement indigne » de ses droits civiques et politiques. En termes simples, il ne jouira plus de protection et des privilèges accordés à tout citoyen par la loi dans ses relation avec l’Etat. Une telle approche a été validée d’une autre manière, certes, dans la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen de 1789.

Il y aurait si l’on croit les mouvements associatifs des harkis en France, et elles sont nombreuses plus de 40 000 dossiers d’Algériens qui  reconnaissent que leurs parents ont combattu aux côté de la France durant la guerre d’Algérie et qui revendiquent la nationalité française. Les statistiques du ministère de l’intérieur français, repris par les réseaux sociaux, entre 1998 et 2017 plus de 400 000 Algériens ont obtenu la nationalité française et 70 000 sont actuellement en instruction (02).

Le service des anciens combattants de l’ambassade de France sis l’ex rue du professeur Vincent à Télemly est débordé par les demandes de fils de combattants qui espèrent que leur statut de fils de harkis leur confère un moyen de quitter le pays.

Pourtant dans la rubrique «questions/ réponses » quatrième cas, toutes les portes officielles leur sont fermées. Alors, ils se retournent vers le mouvement associatif qui profiterait du mal de vivre en Algérie pour prendre sa revanche en créant de la pagaille. Pour la première fois  depuis l’élection d'Emmanuel Macron il y a près de 16 mois, la classe politique dans son ensemble a nuancé l’événement de la "reconnaissance de la France" de la disparition de Maurice Audin, sans pour autant le critiquer comme à l’habitude. Pourquoi ? Ces retombées en Algérie sont inextricables

R.R.

Renvoi :

(01)  Dépêche de l’Agence France-Presse du 4 juin 1963, reprise par Le Monde du 5 juin 1963 : « Les assassins de harkis seront exécutés, déclare M. Ben Bella à Oran ».

(02) http://www.algeriemondeinfos.com/2018/08/13/nationalite-francaise-70 000-algeriens-ont-demande-an-de

Auteur
Rabah Reghis
 

Commentaires

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Je peux témoigner que dans ma région (de Tizi Ouzou) les pires exactions durant la guerre de libération ont été commises non pas par les paras, les légionnaires ou les supplétifs sénégalais mais par les harkis, qui étaient de surcroît, originaires de la région. On peut partir dans des envolées lyriques sur le pardon, les droits de l'Homme, etc mais il y a certaines fautes qui sont des crimes contre l'Humanité, impardonnables et imprescriptibles.

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On peut le dire sans risque de nous tromper que les pires exactions, les pires crimes ont été commis par les harkis et autres supplétifs locaux de l'armée française durant la guerre d'Algérie.

Le nain qui fait fonction de chef d'état actuel a commis le crime le plus odieux en donnant ordre à ses nouveaux harkis de l'algérie indépendante en tuant en quelques jours plus de 126 jeunes kabyles en 2001 à défaut de servir son pays et d'user de son arme face aux soldats français, il a pris sa revanche en faisant tirer sur les fils de ceux qui lui ont permis d'avoir un pays sur lequel il plastronne avant d'être rattrapé par dame nature et de mettre sa main non sur la gâchette d'une arme mais en la mettant dans son derrière pour s'essuyer son derrière de sa merde qui dégouline sans retenue -devenu impotent- et cela en attendant de la bouffer tout simplement sauf le respect que je dois aux lecteurs du matin d'Algérie.

Comme quoi, à chaque période, il y a une harka qui lui est propre mais leur fond est le même toujours traître aux leurs.

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