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Lettre de Médéa

Cruelle pauvreté

“L'homme qui tombe dans la misère, qui découvre la pauvreté, n'a plus un rayon de soleil à lui, plus d'espérance. Il voit tomber une à une autour de lui ses illusions, ses affections, ses joies, ses appuis. Et il faut qu'il traîne ses jours dans ces sentiers rocailleux, où les haies n'ont plus de fleurs et les arbres plus d'ombre”. Henri-Frédéric Amiel “Journal intime”, le 6 octobre 1869.

Ils sont gueux, ils sont sans-culottes, ils sont handicapés moteurs et mentaux, ils sont vieux et jeunes chômeurs poussés par les vicissitudes qui leur font la vie dure à s’immoler par le feu pour certains, à braver les vagues des hautes mers en harragas pour d’autres. Ils sont même des travailleurs payés avec de misérables salaires, à consistance d’aumônes. Ils sont loin des zones interdites d’Alger, de Zéralda, de Club-des-Pins, d’Hydra, ces tours feutrées et capitonnées.

Ils sont loin des majestueuses villas et des ruelles y attenantes, fortement gardées par une police censée être au service du peuple, pour tenir au loin les badauds se faisant des idées sur le financement occulte de leurs constructions et veiller à la tranquillité des nouveaux seigneurs du pays se la jouant colons d’une autre époque des Fatma et des Ali.

Ils sont la majorité silencieuse du fin fond des contrées proches et lointaines de la capitale. Ils sont coupables de l’infâme crime d’être pauvres dans cette Terre d’El Izza wel karama, tant claironné par Fakhamatouhou, lui qui s’égosillait avant son élection en 1999,  à faire le bonheur de tout un peuple.

Démagogique subterfuge pour s’offrir les cimes du pouvoir absolu.

Ne voilà-t-il pas qu’un jour de pluies diluviennes trahisse cette promesse sans lendemains, un jour dénonciateur de la profonde détresse humaine et sociale de cette frange de la société ayant élu domicile dans les villes et villages de l’Algérie profonde, sur les hauteurs et flancs de Kef Lakhdar, du Djurdura, des Aurès et des vallées sahariennes, subissant de plein fouet les affres de la gadoue, la furie des eaux pluviales et ses éboulements, les inondations charriant sur leurs passages les maigres possessions et récoltes de toute une vie.

Le constat est le même depuis des lustres. Il est pareil, il suffit de quitter les grandes villes en général et Alger en particulier pour se trouver plongé dans le siècle passé avec le marasme et le mal de vivre des autochtones que nous étions.

La répartition des richesses nationales ? Parlons-en !

Il ne semble y avoir que pour Alger, Tlemcen, Oran et  Constantine, des haltes pour les personnalités politiques en visite, le temps d’une duperie, le temps d’une fanfaronnade.

Dans cette Algérie de la dignité, l’on compte plus de 10 millions de pauvres, victimes de l’incurie et de la forfaiture d’un ministère de la Solidarité et des élus locaux, bombant hypocritement leurs torses de la compassion lors d’événements conjoncturels, distribuant à tour de bras d’insignifiant cadeaux et salamalecs, en lieu et place de construction d’abris, d’asiles et de repas chauds durant les rudes et glaciales journées hivernales.

Dieu merci, avec des moyens dérisoires la société civile et ses associations caritatives se sont substituées à l’Etat, aux autorités locales, pour une réelle prise en charge de ces démunis, bravant les vents et les tempêtes pour leur offrir un tant soit peu de réconfort et de considération. Un “par le peuple et pour le peuple” dans les faits et bien réel, pas celui accroché comme crédo démagogique aux frontons des institutions d’un Etat depuis des lustres défaillant.

Alors que l’hiver s’installe dans la durée, tous les regards sont portés sur l’échéance présidentielle et par ricochet sur l’éventualité de son report ou d’un cinquième mandat du bien-aimé des oligarques. Des gorges chaudes font état d’impitoyables tractations de coulisses pour assurer la survie d’un régime présidentiel absolu.

Des lors qu’importe la fatuité, qu’importe le peuple, et encore plus ses pauvres. Pour une place bien en vue dans les loges princières de l’après-Bouteflika, l’on est prêt à payer au diable son tribut, un bien étrange cri de ralliement des Ghoul, Ouyahia et autres carriéristes politiciens.

La pauvreté ce n’est ma tasse de thé ! Au loin la gueusaille, au loin les sans le sou ! Entre imposteur et opportunisme  les pauvres attendront sans rien attendre… 

C’est tout dire !

Qu’en serait-il si demain les gueux battaient le pavé ? Allez savoir.

 

Auteur
Brahim Ferhat
 

Commentaires

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Aussi loi que je puisse pisser du vinaigre , mes souvenirs n'atteindront jamais ces eaux-là!

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Les pauvres et le lumpen-proletariat sont happés et asservis à la bourgeoisie capitaliste qui l'exploite et à l'intégrisme religieux qui en fait son terreau fertile pour la soumission et le renoncement aux luttes dans ce bas monde. La pauvreté et le sous prolétariat sont un fléau social dans le sens où ils delegitiment la lutte des classes et servent les intérêts de la bourgeoisie d'état qui a tout à gagner de ces fléaux sociaux.

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