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"La faute à Saddam", de Samira Sedira

En quête d’une plénitude imperceptible

Après avoir passé le bac, Adel, un adolescent toulonnais issu de l’immigration maghrébine, s’engage dans l’armée à la veille du déclenchement de la première guerre du Golfe. Son ami Cesare qui lui voue une amitié et une admiration sans faille ne peut pas se résigner à continuer sa vie sans lui – il s’engage à son tour. Les deux amis se retrouvent ensemble dans les sables tourmentés de l’Arabie, attendant que les armes se déchaînent.

Ne s’étant jamais posé la question de son identité puisque se sachant français, Adel subit de plein fouet, sans qu’il ne s’y attende, des questions de ses camarades du contingent. «Qu’est-ce que ça te fait d’aller te battre contre tes frères ?» ou «T’auras pas à leur couper la queue, ils sont circoncis, comme toi. » Touché profondément dans son amour-propre et dans sa chair mais faisant semblant d’être indifférent à ces sarcasmes, Adel continua à faire semblant de ne pas faire cas et d’ignorer ces railleries. Cesare, en bon ami, ne pouvait comprendre qu’Adel puisse jouer au soldat impassible et feindre le détachement face à ce mépris affiché par des compagnons condescendants. Il en fit part à son ami qui le rembarre sur le champ.

Jusqu’au jour où Adel a été retrouvé « étendu sur le dos, à fleur de sol, dans son uniforme de soldat. A l’entrejambe, une tache d’urine sombre. Ses bras tendus formaient une croix.» A partir de ce moment, la vie de Cesare bascule dans un «interminable chagrin» qui ne le quitte plus. Démobilisé, il rentre en France et se dirige vers Paris pour rejoindre sa sœur qui y habite. Rien ne rentre plus dans l’ordre. Il n’y a rien qui puisse donner un semblant de normalité dans la vie si perturbée de ce survivant qui se culpabilise tellement « et malgré les douze mois qui le séparaient de son retour, la douleur était toujours aussi vive, elle semblait même s’être accentuée. »

Le désespoir de Cesare trouve pourtant une fin lorsqu’il décide de partir de nouveau vers le sud de la France rencontrer le père d’Adel pour exhumer le cadavre du jeune homme et l’enterrer dans un emplacement situé dans le carré musulman.

Le roman de Samira Sedira ne se lit pas comme un roman, il se dévore comme un fruit mûr qui semblerait avoir connu l’acidité de la tristesse avant d’éclater de vie et de couleurs. Il y a également la poésie qui nous accompagne comme un murmure venu d’ailleurs même si on ne sait pas d’où il vient mais que l’on sait très bien vers où il se dirige, une poésie qui nous donne des frissons d’ivresse : « Ils se tenaient là, tous les quatre, recueillis autour d’Adel, dans l’air froid et sec, considérant la motte de terre, ce rien où finissait tous les hommes, à la fois ahuris, et transportés par la présence de ce petit bourdon aux couleurs vives. »

Dans cet élan qui nous maintient dans la vie même si les portes de la mort se sont entrouvertes, les êtres aimés jouent un rôle décisif de témoins. La faute à Saddam de Samira Sedira nous donne à voir le tumulte d’un monde qui laisse grignote, avec notre complicité, la chair de notre humanité — un roman à lire d’une seule traite.

Auteur
Kamel Bencheikh
 

Commentaires

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1- elle est très belle,
2- durant la colonisation, les colonisés sont allés combattre d'autres colonisés pour le compte du colonisateur, soit ils se croyaient français anglais donc colons, soit ils se savaient colonisés et se battaient contre eux mêmes,
les tirailleurs c’était donc ça,
c'est dingue, le colonisateur qui donne des armes à ses colonisés pour qu'il fassent la guerre à d'autres colonisés qui veulent leur liberté,
pour devenir français ou anglais il faut tuer les tiens comme le font les français et les anglais,
le colonisé est un lâche sinon il ne serait jamais colonisé,
c'est la faute à saddam qui n'est finalement qu'un colonisé

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