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L'OEIL DE ZINA

La « coopération décentralisée entre Marseille et Alger »

En fonction depuis 23 ans, 8 mois et 16 jours ! On pourrait croire que je parle d’Abdelaziz Bouteflika mais lui n’est au pouvoir « que » depuis 19 ans, dix mois et 15 jours. Et oui, Jean-Claude Gaudin a la palme d’or en la matière.

Vissé à son trône depuis toujours, il offre aux Marseillais une conception très algérienne de la politique politicienne. On a longtemps reproché à ces derniers d’être fatalistes, de laisser l’énorme potentiel de la ville à un grabataire corrompu. Ces adjectifs ont pour moi un air de « déjà-entendu ». Les similitudes sont frappantes entre Marseille et le pays de mes parents : la mer, la lumière, l’architecture, la faune, la flore…et la gouvernance omnipotente.

Comble de l’ironie : sur le site du maire de Marseille, il est possible d’y trouver une photo des deux spécimens assis lourdement dans des fauteuils Voltaire. Elle date de 2006.

Bouteflika et Gaudin saluent « la coopération décentralisée en Marseille et Alger ».

Deux ventres imposants et au pouvoir depuis bien trop longtemps.

Le Mistral souffle des airs de révolution sur le Vieux Port qui voit les gilets jaunes défiler le samedi et les algériens le dimanche. «Il est temps de laisser la place à la nouvelle génération ».

Encore une fois, la même phrase est prononcée dans des contextes différents de part et d’autre de la Méditerranée. Le 5 novembre 2018, deux immeubles s’effondrent dans le centre-ville phocéen, emportant avec eux la patience des habitants. On estime ici à 100 000 le nombre de personnes vivant dans des logements trop vétustes. L’inertie sur le sujet a bien trop duré. Sur tous les sujets en fait. Des manifestations s’organisent, des collectifs se montent. On en a marre, ça suffit, Marseille mérite mieux. Quelques mois plus tard les mêmes slogans porteront des couleurs rouges et vertes. Sur les réseaux sociaux les algériens de Marseille ont créé « Boutef-Gaudin », ce mot valise qui désigne le vol de notre représentativité.

La perspective des municipales de 2020 a fait émerger une initiative fédératrice à Marseille :

Mad Mars est un collectif citoyen dont « l’objectif n’est pas de faire l’union de la gauche mais de réunir tout le monde derrière un seul objectif : mettre fin à un règne qui a duré trop longtemps », explique Olivia Fortin qui en est à l’initiative.

Tout comme les Algériens ont eu la force et l’intelligence de se réunir derrière l’unique mot d’ordre de faire tomber les système actuel (qu’il s’agisse du cinquième mandat ou de la prolongation du quatrième). Mais est-il possible, à l’échelle d’un pays de 40 millions d’habitants, de préparer demain sans tomber dans les affres de la division ?

La tâche n’est pas mince mais l’émulation intense. Lorsque le fantôme Boutef-Gaudin aura fini de rôder, la victoire sera double.

Auteur
Zina Mebkhout
 

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