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Médias/Bouteflika

L’article du "Monde" n’est ni une maladresse ni une bourde

Quand bien même un observateur aguerri aurait remarqué aisément une certaine passion dans le refus de visa aux journalistes du quotidien français « Le monde », un calcul lobbyiste et une arrière-pensée de l’autre côté de la rive n’est pas à écarter. 

Ce journal a toujours eu une certaine promiscuité avec les cercles du pouvoir algérien et de tout temps s’est ingéré dans les grands dossiers même durant la période d’industrialisation. On se rappelle l’affinité qu’avait leur célèbre correspondant, Paul Balta avec feu Président Houari Boumediene. Ce n’est ni une maladresse, ni une forme de liberté de la presse que de diffuser la photo du Président Bouteflika dans un scandale médiatique dont il n’est pas personnellement et directement concerné. Par contre, cela pourrait être une manière indirecte de lui rappeler son devoir envers un de ses ministres, qui lui est directement impliqué dans des montages financiers discutables et donc devra démissionner.

Est-ce qu’il gêne la position de certains groupes français dans leur stratégie de s’implanter en Algérie ? C’est une possibilité d’autant plus que depuis son voyage aux Etats-Unis et son rapprochement des hommes d’affaires américains qu’on voit se dessiner des attaques personnelles envers ce ministre. D’abord la divulgation de sa double nationalité juste après l’adoption de la nouvelle constitution qui limite dans son article 51 les niveaux de responsabilité aux binationaux. Certes, c’est un député qui l’a mise sur le tas mais on peut se demander d’où détient-il les preuves d’une information si intime et qui pourrait créer un ras-de-marré car de nombreux responsables algériens pourraient être dans le même cas. Ils sont des millions à rechercher le moindre lien pour bénéficier de ce statut. Ceux qui sont nés en France, s’y sont mariés, y ont un parent de différent degré etc. Plus de 55 000 dossiers d’Algériens ont été déposés pour demander la carte harki avec preuve de leur collaboration à l’appui, à en croire leur représentant en France.

L’Etat algérien reste désormais face à un choix difficile parce que s’il applique la loi pour un, il devra le faire pour tout le monde et c’est la pagaille. C’est justement le but recherché par l’autre rive pour asseoir son influence politique, sociale et surtout économique en Algérie. Qui mieux peut le faire qu’une presse libre et démocratique mais en perte de vitesse sur le plan de gestion interne et donc en a fortement besoin de l’aide financière de ce lobby. D’abord le scandale en lui-même comme avant lui Wikileaks pourront-ils changer un nouvel ordre économique mondial qui s’incruste indépendamment de la volonté des uns et des autres ? Même si c’est sur l’opinion publique que cet assainissement compte, il ne touchera que les plus faibles.

1- Pour l’Algérie, il n’existe pas une affaire Bouchouareb mais celle de l’Etat

Il est de notoriété publique que ce ministre avant de fréquenter la sphère politique, était un industriel qui a fait fortune dans le créneau de la mousseline et des chips. Tout le monde reconnaît qu’il est né d’une famille aisée. Il n’est pas le seul, s’il en est un d’avoir un père Gaid et des frères dans l’armée populaire nationale. Ce statut lui a permis après son bac de suivre des études en sciences médicales et humaines. Il a même exercé à Paris en tant que prothésiste, chirurgien dentaire pendant plusieurs années. Il s’est même marié à une femme française et eu des enfants avec elle si l’on croit le câble de «Mon journal» signé par Hichem Aboud. Tout ce qui vient après relève du privé même s’il s’est marié plusieurs fois. Il dispose de tous les ingrédients pour être éligible à une nationalité française et une optimisation de ses capitaux dans des paradis fiscaux comme le font les hommes d’affaires aussi bien nationaux que d’autres à travers le monde. On aurait pu s’étonner de la résidence et des biens que possède le secrétaire général du FLN à Paris mais pas le cas de Chakib Khelil, Bouchouareb et peut être bien d’autres. Maintenant ce ministre a fait un choix de mêler sa fortune à la politique, il doit s’expliquer avec la justice sur sa déclaration du patrimoine au moment de son accession à des hautes fonctions de responsabilité. A-t-il signalé ces sociétés au Panama ? Cette déclaration a-t-elle été publiée au journal officiel comme stipule la loi ? Maintenant que l’opinion publique est mise au courant, la justice doit s’autosaisir et l’Etat est là pour l’aider à appliquer la loi dans toute sa rigueur. Dans pratiquement la plupart des pays, des actions judiciaires sont en cours sous la pression d’une opinion publique déchainée. Reste à savoir si en Algérie et dans les pays à niveau démocratique équivalent, il y aura des actions similaires. La justice va-t-elle s’autosaisir ou attendra t- elle un coup de fil d’en haut ? La société civile aura-t-elle une influence suffisante pour faire bouger les pouvoir publics ? Un tel événement ne va-t-il pas accélérer le remaniement du gouvernement ? Va-t-on tout faire pour sauver le soldat Bouchouareb ? Etc. Donc tous les regards s’orientent vers le clan au pouvoir ou dit d’une manière politiquement correcte le premier magistrat du pays. C’est pour cela que le quotidien Le Monde met dans sa manchette la photo de Bouteflika, seulement tout le monde sait que c’est ce genre d’artifice qu’utilisent les lobbies à travers la presse pour faire pression sur les politiques pour arriver à des desseins économiques.

2- Le cabinet Mossack Fonseca, influent au Panama mais pas le seul au monde

Ses propriétaires ont reconnu suite au scandale révélé par le panel de journalistes d’avoir vendu des couteaux mais ne se sentent nullement concernés par l’usage dont ont fait leurs clients ni de l’origine des fonds qui leur a permis de les acquérir. C’est un cabinet d’avocats comme il en existe des milliers de par le monde spécialisé dans le droit commercial, les services fiduciaires, les conseils en placement et la création de structures internationales. Il comprend également plusieurs sociétés au sein de ses bureaux en sus de proposer ses services dans le domaine de la propriété intellectuelle et le droit maritime. Possédant une quarantaine de filiales dans le monde, Mossack Fonseca est, en 2016, le quatrième cabinet de droit offshore au monde[]. Cette vaste entreprise est mise en cause dans le scandale Petrobras ainsi que dans l'affaire des «Panama Papers» pour son rôle joué dans le blanchiment d'argent et la fraude fiscale à l'échelle internationale. Le 3 avril 2016, la société est accusée d'aider de nombreux citoyens et sociétés étrangères à frauder leurs fiscs respectifs. S'y ajoutent diverses imputations connexes, notamment celles faisant état des implications suivantes :blanchiment d'argent, évasion fiscale avec, entre autres entités pointées, l'assistance qui aurait été diligemment prêtée en ce sens par la Commerzbank ; collaboration litigieuse avec plusieurs dictateurs du Moyen-Orient et d'Afrique à dessein de leur permettre de se soustraire aux sanctions internationales les visant. L'ensemble de ces Panama Papers se chiffre à 2,6 téraoctets de données en couvrant près de 40 ans d'enregistrements. Leur analyse, encore en cours, est conjointement confiée au Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ ou CPI en anglais). Nommément cité par l'enquête avec d'autres dirigeants politiques, comme notamment le Premier ministre islandais Sigmundur David Gunnlaugsson, le roi d'Arabie Saoudite Salmane al-Saoud, le président argentin Mauricio Macri ou le président ukrainien Petro Porochenko, Vladimir Poutine réplique en expliquant qu'il est la cible principale de l'enquête et ajoute, par l'intermédiaire de son porte-parole, qu’il connaît très bien cette soi-disant communauté journalistique. Il y a parmi eux de nombreux journalistes dont le journalisme n’est pas l’activité principale. Beaucoup sont d’anciens employés du Département d'État, de la CIA, d’autres services secrets. L'enquête montre aussi que le Premier ministre d'Islande aurait créé avec son épouse aux îles Vierges britanniques une société offshore dans laquelle il aurait dissimulé des millions de dollars. Il a été contraint à la démission.

Tout compte fait Les "Panama Papers" ont sans doute levé le voile sur une gigantesque nébuleuse totalement opaque. Si un tel scandale a pu éclater, c'est grâce à une fuite sans précédent qui se matérialise par 11,5 millions de fichiers. Autant de données qui ne proviennent que d'un seul et même endroit : Mossack Fonseca, le dénominateur commun qui relie toutes ces personnalités de premier plan mises en cause dans ces spectaculaires révélations. Depuis 1977, ce cabinet d'avocat panaméen œuvrait en toute discrétion dans le monde entier pour fournir le service dans lequel il était connu pour être l'un des meilleurs au monde : la création pour ses clients de sociétés offshore complètement anonymes dans des paradis fiscaux. En près de 40 ans d'existence, pas moins de 214.000 entités offshore ont été créées ou administrées par ce centre financier tentaculaire. Basé à Panama City ainsi que dans une quarantaine de bureaux dispatchés sur la planète, Mossack Fonseca a su devenir un acteur incontournable du secteur. Les révélations permettent d'établir que cette société a collaboré avec des personnalités et d'importantes compagnies venant de plus de 200 pays et territoires, en somme, le monde entier.

3- Le monde entier connaît cette pratique y compris les dirigeants qui créent au scandale

S'attaquer constamment aux paradis fiscaux est un leurre dont il faut se méfier. La définition même du paradis fiscale n'est pas forcément uniforme pour tous mais surtout elle permet aux gouvernements de l’utiliser comme un tremplin pour dévier le regard de l’opinion publique vers un bouc émissaire bienvenue .Il se trouve justement que pendant que la population crie au scandale en reprochant à ces pays de faire leur beurre plus ou moins à la limite de la légalité, et bien le projecteur n'éclaire pas sur la politique économique décidée par les tenants du pouvoir qui apparemment sont branchés ailleurs. Cela évitera de trop s’occuper de l’intérieur pour permettre aux gouvernements un peu de répit. Il faut dire que la société civile n’est pas dupe ? Si être un paradis fiscal garantissait la pérennité du pays qui la pratique, cela se saurait ! Regardons quel exemple donnent les pays qui sont sur la liste : USA avec son Etat du Delaware, le paradis fiscal américain qui irrite le Luxembourg, la pratiquant depuis des lustres ou le Liban voire même la France qui a ouvert les bras aux Qataris qui investissent sans payer un sou d’impôts.

R. R.

Auteur
Rabah Reghis
 

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