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Crise morale et politique

Les Algériens doivent être écoutés…, compris !

Qu'elle soit l'aboutissement d'une crise morale profonde, ou seulement l'effet direct de la chute brutale des réserves de change et de ces caisses de l'État qui se vident à vive allure, l'austérité est comme cette maladie à la fois chronique et contagieuse qui bousculera les habitudes de tous les Algériens. Ce qui exige d'énormes sacrifices et surtout un réajustement total de repères. Toujours est-il que ces derniers ont besoin de temps et de la patience pour chercher en eux les ressources nécessaires qui leur permettraient de s'adapter à cette amère réalité et préserver, tout autant sur le plan économique «le pouvoir d'achat» que sur le plan social «la paix».

En outre, projetés dans la précarité et aux prises avec les contraintes croissantes imposées à leur porte-monnaie, les Algériens savent bien que, pour les plus pauvres d'entre eux, vivre désormais c'est nager en apnée en espérant atteindre une rive ensoleillée avant la gorgée fatale, pour reprendre le mot de l'écrivain Charles Nodier. Le saccage, durant la décennie noire, des quelques miettes de rêve du «décollage économique» qui leur sont restées et la corruption rampante qui s'en est suivie après, ont brisé tout espoir d'une guérison de leur malaise.

Puis le sort d'un grand nombre d'eux qui vivent dans le cœur du pays profond, isolés, sans moyens, sans «épaules» et fragiles devant la moindre goutte de pluie tombée du ciel, est comme atrocement tourné en dérision par des responsables au chaud dans leurs palais, leurs villas ou leurs bureaux. Qui plus est, vu le cumul de difficultés économiques, sociales, bureaucratiques, se voient délestés de leur autonomie…, leur liberté. Mais les Algériens sont-ils tous sous l'emprise de l'échec de leur élite vieillissante ? Oui et non à la fois ! Oui parce qu'une grande partie d'entre eux est rongée par le fatalisme, synonyme d'incapacité à entreprendre ou à revendiquer le changement. Non, parce qu'il y a aussi d'autres Algériens qui, quoique très peu, croient que changer est toujours possible, malgré tout ! Enfin, le malheur des nôtres n'est pas venu seul.

Car, au recul flagrant de l'économie, s'ajoute «la blessure symbolique de la hogra» infligée à leur amour-propre, laquelle laissera, si les responsables continuent d'en faire peu cas, une profonde humiliation frisant la révolte. Et tout, qu'à Dieu ne plaise, nous rattrapera après avec l'hypothèse qu'une fois de plus le cycle infernal de la violence pourrait se répéter. C'est pourquoi il faut écouter les cris de ceux d'en bas !

Auteur
Kamal Guerroua
 

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