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"L’Etat islamique de Mossoul, histoire d’une entreprise totalitaire" de Hélène Sallon

Voilà un livre qui plonge son lecteur dans l’horreur du totalitarisme de Daech. L’auteur s’est employé dans son récit de la prise de la ville de Mossoul par les jihadistes du proto-Etat islamique à raconter par le menu la vie des Mousouliouttes, leur quotidien et leurs épreuves. Par tableaux, tranches de vie et témoignages particulièrement poignants, Hélène Sallon progresse et nous livre l’histoire de cette occupation moyen-âgeuse de Mossoul.

Il y a comme une fatalité dans la prise de Mossoul, celle de la lâcheté de l’Etat central miné par le tribalisme. Chiite contre sunnite est le tuf de la faillite de l’Etat irakien. Incapable de s’élever à la hauteur des exigences de l’heure, le président Nouri Al Maliki s’est enfermé dans cette camisole religieuse, teintée d’ethnicisme. En 2011, il nomme pour la déjà problématique Mossoul, un général à la triste réputation de tortionnaire. Mehdi Al Gharawi est un chiite comme le président. Les forces militaires qu’il commande suscitent l’irritation et la réprobation du tout Mossoul.

En réalité la prise de cette ville est facilitée par les erreurs du président dans le choix des hommes. Des groupes d’insurgés se constituent. « L’Etat islamique en Irak profite de cette mobilisation contre les autorités chiites de Bagdad pour marteler son message dans les mosquées et pour infiltrer le mouvement ». Donc Daech a été servi surtout par l’incompétence des autorités de Bagdad. Activités mafieuses, corruption, intimidations, trafics en tous genres, répression, les officiers installés par Bagdad à Mossoul ont tout fait pour s’aliéner la population. « Les gens n’ont pas réagi lors de l’offensive de l’Etat islamique car ils étaient fatigués après cinq années comme celles-là. Mossoul était comme un corps malade qui attendait le meilleur moment de mourir », résume Mosul Eye, un bloggeur abondamment cité dans l’ouvrage. Cerise sur le gâteau, «le groupe djihadiste a trouvé un nouveau souffle dans le conflit syrien qui a débuté en mars 2011 ».

Le groupe djihadiste a entretemps posé ses jalons en Syrie, prenant le contrôle de régions entières. « En Irak, après avoir regarni ses rangs avec des évasions massives de prisons entre mi-2012 et mi-2014, l’EIIL s’est emparée de Faloudja et d’une partie de Ramadi dans la province sunnite de l’Anbar, en janvier 2014 ». Alors quand ce groupe a mené son attaque sur Mossoul, rares ceux qui croyaient à sa réussite, pourtant la situation sur le terrain était chaotique. Toutes les alertes lancées par l’armée en direction de Bagdad sont restées lettre morte. Le président a même refusé l’aide des Kurdes. L’attaque a eu lieu le 6 juin 2014. « La défaite est humiliante pour les forces irakiennes. Deux divisions de l’armée et trois divisions de la police fédérale, équipées et formées par les Américains ont été mises en déroute par deux mille assaillants ». Et le reste est raconté par Hélène Sallon : la débandade de l’armée, l’arrivée des djihadistes à Mossoul, la méfiance de la population, puis les premières mesures totalitaires du proto-Etat islamique. Les châtiments corporels les plus insoutenables, les exécutions publiques, les interdictions les plus invraisemblables, les privations diverses,… la peur règne à Mossoul tombée sous le joug des djihadistes. La hisba sème la terreur. Les djihadistes pénètrent dans l’intimité des foyers pour régir leur vie.

Alors « à l’annonce de l’offensive sur Mossoul, mi-octobre 2016, les djihadistes sont fébriles ». Ils pratiquent la politique de la terre brûlée, utilisent la population comme bouclier humain. Rien ne les répugne.

L’ouvrage s’attarde en plusieurs chapitres sur la situation des Mossouliotes sous les djihadistes, puis retrace par le menu l’offensive, le tout sur la base de témoignages croisés de militaires irakiens et de civils ayant vécu de l’intérieur les combats.

K.G.-A.

"L’Etat islamique de Mossoul, histoire d’une entreprise totalitaire" de Hélène Sallon, publié chez la Découverte.

 

Auteur
Kassia G-A.
 

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