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De l'originalité des chemins vers l’autre parole

Mohammed Dib en Finlande (I)

Après une douzaine d’années d'expérience en Finlande, le forum ''Lahti International Writer's Meeting'' a commencé à attirer de plus en plus d’écrivains de tous les coins du monde, et cela grâce à ses festivités littéraires annuelles depuis 1963. Ces rencontres étaient organisés et financées par la Ville de Lahti, située au bord du lac Vesijärvi, à 100 kilomètres au nord-est de la capitale Helsinki.

En 1975, l'édition de l’année a porté sur le thème ''La littérature et l’identité nationale''. Pour les organisateurs, c’était un challenge de développer cette thématique avec des invités de qualité. Effectivement, après de longues préparations, une quinzaine d'invitations environ ont été envoyées à plusieurs auteurs d'envergure, et, enfin, la rencontre a eu lieu.

La littérature finlandaise : "l’autre parole"...

Parmi les éditeurs et les écrivains participants à cette rencontre figurent Mohammed Dib, Eugène Guillevic et tant d'autres. En se concentrant sur le fait d'être écrivain exprimant dans une langue étrangère, Mohammed Dib a attiré l'attention grâce à la qualité de son intervention et son procédé de véhiculer ses arguments. Cela fut une thématique majeure tant pour les organisateurs que pour les participants.

D'ailleurs, après cet événement marquant, l'éditeur finlandais Jussi Sorjonen, attiré par l’intervention de Dib, lui a vite proposé de traduire en finnois ses romans. Natalia Baschmakoff, sur le choix de Dib lui-même, a par la suite traduit les deux premiers chefs-d'œuvre de Dib ''La Grande Maison'' et ''L'incendie''.

Depuis lors, Dib ne cessait plus de se rendre en Finlande à chaque occasion, particulièrement après la parution des deux traductions de ses romans. En 1979, il a reçu une invitation par une librairie pour parler au public finlandais de son parcours et de ses oeuvres. Dans la même année, la traduction en finnois de son roman ''La Grande Maison'' venait juste de paraître.

En faisant la une du journal finlandais ''Uusi Suomi'' le 29 juin 1980, il a commencé de plus en plus à attirer les lecteurs finlandais. En outre, il a contribué avec Natalia Baschmakoff à traduire en français des poèmes de Penti Hollappa pour le magazine "Books from Finland".

En 1981, en passant des circonstances difficiles avec les Les éditions du Seuil, Dib réclame ses droits d'auteurs et la crise commence entre l'auteur et sa maison d'édition. Mohammed Dib retourne en Algérie, et peu de temps après, la Société nationale d'édition et de diffusion entame à ce propos une série de négociations avec les Éditions du Seuil, mais en vain. Par la suite, le premier ministre algérien et son ministre de la culture à l'époque ont décidé de ne verser aucun centime à Mohammed Dib, même pas pour se soigner. Les amis de l’écrivain et les intermédiaires ont essayé d'attirer l'attention des responsables algériens sur les circonstances dans lesquelles vivaient Mohammed Dib, mais en vain! Les autorités finlandaises sont alors intervenues pour lui offrir une bourse.

Mohammed Dib, à son tour, a continué à traduire en français des sélections de la poésie finlandaise contemporaine (1).

En 1983, il a contribué de nouveau à traduire une sélection de poèmes de Eino Julius Säisä, parue dans "Books from Finland". Le succès de ses contributions est suivi d’une traduction d’une autre sélection de Paavo Haavikko, venant juste d'être nommé lauréat du fameux prix littéraire Neustadt. À souligner que la deuxième place du prix fut attribuée à Mohammed Dib, dont l'écrivain algérien Mouloud Mammeri fut membre de jury.

En 1985, Dib, aux côtés d’autres auteurs finlandais, a contribué remarquablement à la préparation du numéro juin - juillet du magazine ''Europe'', consacrant à la Finlande une édition spéciale intitulée ''Littérature de Finlande'''. Avec quelques phrases chargées d'émotion, il écrit ceci:

''Terre des limites. C'est la réalité lancinante de la Finlande, elle vous accueille dès la côte incertaine, qui surnage à peine de la mer et, où que vous alliez ensuite, vous ne cessez de faire l'expérience de la raréfaction - raréfaction des choses, des êtres: d'un coup, il y a trop d'espace, l'air est trop léger, le ciel trop vaste. Et le silence... Découvrir l'originalité de ses chemins, c'est se mettre à l'écoute d'une autre parole…''

Dans la même année, il a publié son premier roman de la trilogie nordique ''Les terrasses d'Orsol''. (A suivre)

H.A.

Note

1- Djamel Ghellab, lecture du recueil ’’Ombre gardienne’’ DE Mohamed Dib, paru le 6.8.2008 sur Diwan El-Ara

Auteur
Hamza Amarouche
 

Commentaires

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Sauf le respect que je dois à cet immense écrivain dont la notoriété n'a été contenue que par l'infranchissable étanchéité de nos frontières, je salue la contribution de Hamza Amarouche qui vient ici nous apporter comme un messie cette révélation concernant la fracassante entrée de Dib dans l'univers intellectuel et littéraire finlandais même s'il n'avait nullement besoin qu'on aille jusque là pour lui faire une réputation .

Ne dit-on pas : mieux vaut un petit chez les autres qu'un grand chez soi? Ou petit à l'extérieur mais grand dedans ou … jissiplus !
H.U

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Mass Dib,un algeroalgerien qui a fait honneur à cette terre amazigh de l ouest qui l'a enfantée ,mais que la néocoloniale ouroubi a forcé à l'exil,parcequ il était parmi ceux qui revendiquait l'algérie algerienne multilangue mais pas sous l'emprise de l immonde monde colonial dit "arabe"
Kamel daoud ,boualem sansal ,benchicou,et moulesshoul dit khadra( dans une moindre mesure,car cet écrivain algerien knadessi ,qui se faisait passer pour un arabe,commence à comprendre,peu à peu, que les knadssia sont des métis issus des imazighénes(touaregs et des noirs africains,rien d arabe)....sont tous dans la même ligne algeroalgerienne amazigh multilangue qui est LA SEVE IDENTITAIRE DE CE PAYS .
Vivement une algeriealgerienne qui a enfanté DIB,FERAOUN,MAMERI,MEKBEL,MATOUB,DJAOUT,JEAN AMAROUCHE,TAOS MARGUERITE AMROUCHE,MIMOUNI......qui remplacera enfin cette algerie humiliée,déliquescente et incivilisée sous l'emprise néocoloniale arabe du cartel de oujda

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Dans leur charactère, beaucoup de Finlandais ressemblent aux Amazighs des montagnes. Travailleurs, fiables, ne parlent pas pour rien dire et un petit brin de mélancolie. Je le dis par expérience.

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