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Tribune

 A propos de Yennayer : Ad fɣen ivarkanen, ad kecmen imelalen

Que dire sur Yennayer sinon qu’il est l’un des plus vieux premiers jours de l’an, et pour cause il est célébré depuis 2968 années  et certainement aussi commenté ou du moins depuis que certains milieux négationnistes et autres méphitiques avaient voulu tout bonnement  l’évacuer de notre culture et constantes.

Cette année par contre, il revêt un caractère particulier, et si nous en parlons aujourd’hui c’est justement à cause de cet ostracisme dont il fut pendant des décennies l’objet dans son pays et sa région qu’est Tamazgha, et surtout pour cette retentissante victoire quoique tardive qu’est maintenant la sienne sur tous ces intégristes et autres intolérants doctrinaires de notre culture.

Le comble dans cette incongruité, c’est que Yennayer a de toujours été fêté sur tout le territoire et même beaucoup plus par exemple dans l’ouest à l’image de la région de Tlemcen qu’en Kabylie porte flambeau de la lutte pour la reviviscence de notre histoire, culture et patrimoine.

Ne faisons donc pas la fine bouche, quoique ce fut long, c’est tout de même une victoire, un heureux présage, et ce malgré que ce n’était qu’après 55 ans d’indépendance que le pouvoir consent après  moult manifestations et sacrifices, à promulguer cette journée fériée.

Mais que ces pernicieux ne se trompent surtout pas, car nous sommes loin d’êtres bernés ou de céder aux chants des sirènes,  notre volonté demeure inébranlable quant à la réappropriation de notre histoire, personnalité et culture et dans toutes leurs dimensions.

Tout comme Yennayer quand on avait voulu l’amadouer et éventuellement le corrompre pour lui faire oublier sa mission hivernale, et de répondre ainsi à ce flagorneur qui lui avait dit:

Ak Cekraɣ a yennayer a saltane c’har !

Yenayas :

Nek uri-tcékkir-ara lasliw d-azrem !

At-tsed ar svah adafeḍ laɛǧeb !

Akewteɣ su vu ɣebbar

Lɛaqlik adi-xreb

Ak-sɛawjaɣ aɣusmar

Tittik at- ɣarreb

Ak qdhagh amfexxar

Tijujar ah-seb

Mais aujourd’hui nous ne sommes pas là pour faire de la politique, quoiqu’inévitable pour nous tant que nos droits fondamentaux seront bafoués.

Pour revenir donc à la célébration de cette fête, par exemple à Tiferdoud mon village, si ma mémoire est bonne, nous avions toujours bien sûr du temps du colonialisme fêté Yennayer par un diner amélioré : seksou ouvissar avec les sept condiments ou épices requis parait-il par fétichisme ou autres superstitions pour cette occasion, et par bien sur l’inévitable sacrifice d’un coq, accompagné en général de la viande fraiche pour ceux qui avaient les moyens, sinon par la viande séchée de l’Aid précédente pour les plus modestes, ainsi que les éternelles crêpes (tiɣrifines, ou timcebuct), beignets, le tout frit dans l’huile d’olive, sans oublier toutes sortes de friandises pour les enfants et autres fruits secs réservés pour l’occasion.

Pour les mets, si le coq est omniprésent partout, ils varient d’une région à une autre.

Par contre cette journée n’est pas considérée comme une fête religieuse, en ce sens que contrairement aux autres festivités les filles de la famille qui se sont mariées au village ne sont pas fatalement  invitées comme c’était requis pour les autres célébrations dites religieuses (L3âouachar).

Quoiqu’elles l’étaient toujours et pour cause !

Pour ce qui nous préoccupe ; certains affirment que Yennayer signifie Yén (1) (yiouén) Ayér la lune, (Aggour ou Ayour) assez plausible en ce sens que le mois est dénommé aggour.

L’autre hypothèse est que Yennayer est Januarius du dieu Janus (dieu des portes ou seuils. Je pencherai plutôt pour ce qui est de la Kabylie, pour ‘’aassas elhara’’ (la seule divinité intra-muros) et qui aurait donné son nom au mois de Janvier du calendrier romain jusqu’au premier siècle avant Jésus-Christ.

Les Romains faisaient commencer l’année en Mars, Jules César avait procédé à une réforme à l’origine du calendrier Julien.

Pour nous amazigh, si Yennayer est fêté le 12 et pas le 1 janvier, la réponse serait dans la victoire de ce Pharaon amazigh et ce calendrier des dates dites ‘’Juliennes’’ et l’instauration de l’année bissextile en 46 après Jésus-Christ.

Normalement nous devons nous aussi actualiser cette célébration, et qui serait logiquement le 13 pour tous les amazigh, car variablement fêté entre le 12 et 14 janvier, or ce serait cette première qui normalement correspond au calendrier grégorien après sa mise à jour.

 cette époque en constatant que le tour complet du soleil se fait en 365 jours 6 heures au lieu de 365 jours 5heures 48 minutes et 47 secondes et ce petit surplus rajouté tous les 4 ans s’est accumulé pendant des siècles jusqu’à 1582, c’est alors que Grégoire XIII imposa le calendrier dit grégorien en opposant les années bissextiles et par 00  les journées du 6 au 14 octobre en décrétant le passage du 5 au 15 octobre 1582 (supprimant ainsi d’autorité dix jours indispensable à la mise à jour).

Quant à l’origine de cette fête, comme tout le monde le sait, elle correspond à la victoire de Shashonq 1er sur les troupes pharaonique,  la prise du royaume de Delta et l’installation de sa capitale à Bubastis (Karnak).

(Succédant ainsi aux Smendés ou Tanite du nom de leur capitale)

Celui-ci aurait remplacé le culte d’Amon par celui des idoles ; c’est aussi Sheshonq 1° qui à la demande de son fils Salomon Jéroboam (obligé à l’exil par son frère Roboam par la suite) envahit Gaza met le siège à Jérusalem et annexa sous sa suzeraineté la Palestine, la Syrie en 925 avant J.C.

Neuf Pharaons berbères constitueront la XXIIe dynastie et qui régnera jusqu’a -817 av JC à Bubastis.

Six autres Pharaons berbères leur succéderont et formeront la XXIIIe dynastie en régnant depuis Tanis, elle s’éteindra en -730 avant J.C.

Sheshonq ou Chechnak est aussi évoqué dans la Bible hébraïque (Tanakh) sous le nom de Sesaq et Shishaq, et il y est accusé après sa conquête de la Palestine de s’être emparé du trésor du roi Salomon.

Mais je pense que vous connaissez tous cet épisode de notre histoire, particulièrement ces dernières années où tous nos villages et villes se sont mobilisés pour faire de cette fête un événement majeur, d’autant plus qu’il est à juste titre porteur d’espoir et de perspectives d’une meilleure compréhensibilité pour une adhésion générale à la réhabilitation de notre prestigieux passé et personnalité.

D’autre part, n’oublions surtout pas que notre culture est associée à celle du pourtour méditerranéen et que nous sommes aussi acteurs sinon partie prenante de ces grandes civilisations qui ont illuminé le monde.

Présentement, nous avons malheureusement développé une sorte de quête à faire valoir notre histoire, nos élites passées ou présentes, comme si nous doutons de nos valeurs, de ces géants que furent nos aïeux, à l’image par exemple de ceux cités plus haut.

N’en déplaise à ces ségrégationnistes, nous avons donc été présents dans l’histoire par nos intellectuels, aguelids, bâtisseurs, saints et empereurs, et nous n’avons rien à envier à toutes ces prestigieuses et éminentes civilisations qui ont fait le monde.

Pour les générations futures il s’agit maintenant, ou c’est du moins mon humble avis, de nous atteler à écrire nous-mêmes notre authentique et véritable histoire et qui sera dépourvue de tous les   complexes, inféodations ou autres esprits de revanche.

Car celles qui nous avaient été confectionnées jusqu’à maintenant étaient celles de nos vainqueurs, (Vae Victis) donc tendancieusement orientées, amenuisées, voire atrophiées pour nous et toujours à la gloire et  aux profits de leurs pays respectifs.

Malheureusement aussi nous avons constaté et c’est très déplorable que certains de notre intelligentsia par toutes sortes de complexes, idéologies, inféodations intellectuelles font dans le copié-collé et des affirmations de ces premiers des vérités absolues.
 

Auteur
Mohamed Aouli
 

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