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DISSIDENCE CITOYENNE

111e vendredi : la protesta dans l’expectative !

Photo Hassan Mouali sur Facebook.

La recrudescence des fidèles aux abords des mosquées  en cet avant-dernier vendredi avant le début du ramadhan présage d’une plus grande affluence de marcheurs vers leur circuit hebdomadaire. Mais ce n’est pas le cas. Ils sont moins nombreux que le vendredi précédent.

Les forces de l’ordre également en nombre plus limité sont zen. Le long des murs en binômes ou en trinômes ils "tapent" la conversation et attendent patiemment les ordres. On ressent bien par le comportement du dispositif policier, il y a comme un signe qu'en haut lieu on a compris que ce Hirak est à la croisée des chemins.

Les manifestations ont eu lieu dans la majeure partie des chefs-lieux de wilayas du pays. L'envie de changement est là.

Désertée par la gente féminine, la protesta semble atteinte du virus HMM (Hirak Majoritairement Masculin). Elle est plus silencieuse et moins colorée. Les marcheurs, d’une autre génération, paraissent ne pas connaitre cette fameuse maxime de Louis Aragon, chanté par Jean Ferrat, "La femme est l’avenir de l’homme". Ils protestent entre hommes sans leur avenir à leur côté. Les femmes plus proches de la terre sont plus réalistes et plus pragmatiques : elles restent chez elles. Le Hirak, dans sa configuration actuelle, n’a pas l’air de les convaincre ou de répondre à leurs attentes.

Les manifestants, venus de Didouche Mourad, de Bab El-Oued ou du 1er Mai exécutent toujours la même partition de slogans : "illégitimité du chef de l'Etat", "Services terroristes", "Pas d’élections avec la bande", "on ne s’arrêtera pas avant le départ de la bande", "les enfants d’Amirouche", "Dites à Toufik, Indépendance", "Algérie libre et démocratique", De la capitale tombera le régime", etc. Alger, soit dit en passant n’a pas fini de solder ses comptes avec le général Bigeard. On chante : "fils de Bigeard on la veut algérienne !" 

Les jeunes de Bab El Oued lancent un nouveau slogan :

"Oh ! Oh ! Oh ! Darou Tebboun Lemzaouar echer3ia ma3andouch, Lidjab el cocaïne rah djeb fiha 3ouhda, Oua3lach  mant7aourach, Echar3ia ma3andouch, Les généraux fi bladna mayahakmouch Oh ! Oh ! Oh" ! i.e. Oh ! Oh ! Oh ! Ils ont placé Tebboune qui n’a aucune légitimité, il deal de la cocaïne et se « tape » une législature, pourquoi l’on ne dialogue pas ? parce qu’il n’a aucune légitimité, dans notre pays les généraux ne commandent pas Oh ! Oh ! Oh !

Mustapha  riverain de la rue Didouche Mourad, figure de la protesta, en costume blanc immaculé et chechia Stamboul sur la tête se confie : «C’est vrai qu’il y a moins de monde mais ces gens qui ne sont pas d’Alger, pour une bonne partie d’entre eux, font le déplacement de loin pour participer à la manifestation. Ils font l’effort, ils sont là, ils ont du mérite. Je suis là pour les soutenir. Vous savez, je suis garde du corps d'une personnalité, je touche 25 000 dinars. Heureusement que ma mère touche la pension d’ancien moudjahid de mon défunt père sinon comment ferions-nous pour vivre ? C’est pour cela que nous sortons, améliorer notre condition. Vous savez du temps de Chadli, ils ont bien pris 26 milliards mais ça n’a pas provoqué un tel raffut. Pourquoi ? Tout simplement parce que l’on pouvait vivre encore, on nous laissait vivre. Mais ceux-là ils ont tout pris, nous ont rien laissé et nous ont de plus écrasé. On sort pour améliorer notre condition : on sort parce qu’ont est malheureux, voilà pourquoi tout se monde là sort". 

Les décideurs n’ont pas compris cela. Comme l’a souligné l’un de nos confrères lors de l’un de ses derniers live, les militaires n’ont pas saisi le rôle fondamental du développement dans le règlement de la crise algérienne. Le rêve chinois a été réalisé sur fond de dictature. Si le Chinois risque sa vie en se mêlant de politique il a en revanche la liberté d’entreprendre, de créer, de danser, d’aimer. Mustapha, lui se sent étouffé de toutes parts.

Pendant que la classe politique et ses intellectuels de gauche, comme aiment à les qualifier certains,  discourent sur une éventuelle période de transition, que les influenceurs ont pour seul suggestion la multiplication des marches, que la protesta plus faible qu’en 2019 réclame la chute du régime militaire, le chef de l'Etat et ses alliés foncent sans sourciller vers des élections législatives.

Qu’est-ce qui pourrait bien empêcher le scénario du 12 décembre 2019 de se reproduire ? Si des leçons ne sont pas rapidement tirées, il y a fort à parier que cette configuration de la contestation se retrouve dans l'impasse.

Auteur
Djalal Larabi