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DISSIDENCE CITOYENNE

35e marche : le front national du refus de tout compromis s'organise

C'est dans une atmosphère détendue et sereine que les marcheurs algérois entament leur circuit. Ils commencent à affluer peu avant la fin de la prière. 

Les camions  anti-émeutes jalonnent le côté droit de la rue Didouche Mourad. Des cohortes de policiers sont positionnées au-dessus du siège du RCD (Rassemblement pour la culture et la démocratie), au niveau de  Meissonnier et de la rue Victor Hugo. Les jeunes  recrues, dans les voitures de police, sont affairées avec leur smartphone. Ils paraissent excédés par ces journées de contestation qui n'en finissent pas. 

Se donnant comme point de départ le haut de la rue Victor Hugo, les manifestants débutent leur marche en reprenant ce slogan inventé par les étudiants hada hirak Wadjib watani i.e le hirak  est un devoir national.

Enchaînant sur le fait qu'ils aspirent à un état civil et pas militaire, qu'ils refusent un pouvoir militaire de nouveau, ils s'en prennent aux généraux et assurent que l'Algérie obtiendra son indépendance. Ils crient istiqlal istiqlal i.e indépendance, indépendance !

À l'aide d'une série de mots, d'expressions et de qualificatifs pas très élogieux ils fustigent le vieux général, rappellent que ce pays leur appartient et qu'il n'y aura pas d’élections en cette année 2019.

Brandissant des posters de Bouragâa, Tabou, Boumala, Belarbi et de beaucoup d'autres ils crient :  libérez les détenus, libérez.

Une affichette sur laquelle figure la photographie des 20 signataires de l’appel au dialogue, il est inscrit en langue arabe : oui pour la voix des sages et des intègres.

Accusant les tenants de la décision  d'avoir vendu le pays et les traitant de traîtres, ils se rappellent la scène mythique du film la bataille d’Alger et hurlent Ya Ali, Ya Ali i.e. hé Ali, Hé Ali. Ils fredonnent l'hymne  à Ali Amar (Ali la pointe) dans lequel ils lui annoncent que leur pays est en danger, que l'état est une fourrière et qu'ils ont pour mission de terminer la bataille d'Alger.

Ils répètent Al Magharibia kanat echa3b, Hirak TV kanat echa3b i.e. Al Magharibia est la chaine du peuple ainsi que Hirak TV. 

Les manifestants se limitent dans leurs messages en ce deuxième vendredi d'Octobre. Leurs doléances sont claires. Ils comprennent l'enjeu et attendent de voir. 

Bien qu'éprouvés par huit mois de contestation ils n'ont nulle intention de lâcher le morceau comme on dit.

La série de rebondissements politiques et médiatiques dont ils ont été témoins cette semaine les prend au dépourvu. Ils prennent le temps de la réflexion : Le manifeste des 20, l'interpellation ou le retour de Tliba, la fermeture des églises en Kabylie au même moment que celle d'Al Magharibia, la naissance de Hirak Tv, le prix décerné par une ONG à Soufiane Djilali, le classement de Raja Meziane  parmi les 100 femmes les plus influentes au monde, le discours déprimant du chef d'état-major, l'interview fleuve de l'inqualifiable Sâadani.

Mais ce qui leur semble irréversible, c'est leur rejet : des élections dans de telles conditions, du pouvoir actuel et de l’immixtion des militaires dans la chose politique. Toutes tendances confondues ils restent mobilisés et unis pour dire non : c'est le front national du refus.

Auteur
Djalal Larabi
 

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