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DISSIDENCE CITOYENNE

50ème marche : interpellations sous tension de porteurs de drapeaux amazighs

A Alger, 50e vendredi de dissidence. 

Le ciel bleu apaisant d’Alger, la douce brise marine qui se faufile entre ses ruelles, le soleil réconfortant qui inonde ses balcons n’ont pas atténué la hargne de l’inconnu bleu, vert  ou noir qui perturbe la quiétude des marcheurs.

En nombre, comme de coutume, les manifestants qui déboulent de l’ouest d’Alger, sont empêchés de regagner leur parcours. Ils empruntent les ruelles et rejoignent le convoi. Les rangs des forces de l’ordre s’épaississent au fil des semaines. 

Rue Asselah Hocine des jeunes porteurs de drapeaux sont interpellés ou plutôt happés  et « planqués » dans la cage d’un immeuble au numéro 26. Alerté, le convoi fait halte. L’entrée de l’immeuble est encerclée par une dizaine de policiers transformés pour l’occasion en geôliers. Elle est prise d’assaut par les marcheurs qui exigent leur libération.

La tension monte. Les marcheurs ne bougent pas et scandent etelgou ouladna ya eldji3anin i.e. lâchez nos enfants crèves la faim ; "policia bravo a3likoum el 3issaba taftakhar bikoum" i.e. policiers bravo à vous le gang est fière de vous.

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Après quelques minutes de face à face un manifestant est libéré. La foule ne bouge pas et exige la libération des deux autres enfermés dans la cage. Des bousculades entre forces de l’ordre et manifestants finissent par décourager les policiers qui relaxent les deux otages.

Le convoi avance, on chante : "lehlib dialkoum khaliouah 3andkoum" i.e. votre lait gardez-le, nous n’en voulons pas. En effet, dans une intervention télévisée, largement partagée sur la toile, le ministre du Commerce, sur un ton enflammé et populiste, déclare la guerre à la mafia du lait en poudre importé et subventionné par l’Etat.

Les manifestants sont exaspérés : 57 ans se sont écoulés depuis l’indépendance et on se débat lamentablement dans la « crise du lait », après avoir dépensé plus de 1000 milliards de dollars ces 20 dernières années. De plus ils ne considèrent pas qu’ils marchent pour le lait mais pour la liberté et ils l’expriment.

Ils promettent une montée en puissance de la contestation et annoncent la couleur : "ounhar el7ad kain masira" i.e dimanche il y aura une marche. Ils répètent qu’ils ne sont pas effrayés par la décennie noire pour avoir été formés par la misère afin de réagir à l’information, très largement diffusée par les médias, faisant état de l’arrestation d’un terroriste s’apprêtant à faire exploser une bombe durant la  manifestation. Ils crient : "djibou likamikaze maranash 7abssine nkamlouha silmia ila yaoum edine" i.e vous pouvez amener des kamikazes on ne s’arrêtera pas et on demeurera pacifiques jusqu’à la fin des temps.

On chante la libération de Tabbou et Boumala en brandissant des posters les représentant. On se rappelle Abdelhamid Mehri, grand militant de la cause nationale, en fêtant l’anniversaire de son décès : des posters de lui sont exposés çà et là.

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Le président Tebboune est pris pour cible : les contestataires chantent une multitude de  slogans qui lui sont hostiles. Les généraux ne sont pas oubliés, ils n’échappent pas aux invectives et sont accusés d’être à la solde de la France.

La procession avance, en chantant, fière d’avoir libéré les siens. Et voilà que le même scénario qui s’est déroulé au niveau de la rue Asselah Hocine se reproduit à la place Audin. On enlève trois manifestants et on les garde au frais dans un camion de police. Les marcheurs, de la même manière, exigent leur libération et disent leurs slogans.

Les forces de l’ordre, en entendent de toutes les gammes. Après un moment un manifestant est remis en liberté. Il ne portait pas de drapeau mais le t-shirt de la JSK (club de football de Tizi Ouzou) et des bijoux aux couleurs berbères. Ses deux amis, un jeune homme et une jeune femme n’ont pas la chance d’être relâchés : ils arboraient l’emblème amazigh. Il est entouré par des marcheurs auxquels il conte son histoire. Ils ont été carrément enlevés par des policiers en civil. La foule reste là, sans bouger et exige la relaxe des jeunes enfermés dans le camion. Rien n’y fait après plus d’une heure d’attente. 

Après une grande et longue crise, montée de toutes pièces, qui dure depuis plus de six mois et qui a été à l’origine de l’incarcération de centaines de personnes revoilà les marcheurs à la case départ.

Il semble que des forces, non encore clairement identifiées, œuvrent sans relâche à maintenir la tension et le trouble, repoussant ainsi toute forme de règlement serein de la crise qui secoue le pays.

 

Auteur
Djalal Larabi