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ENTRETIEN

Abdelkrim Zeghilèche : "La protesta doit rester vigilante"

Rencontré à la convention des forces de l’alternative démocratique Abdelkrim Zeghilèche, figure emblématique de la protesta à Constantine, accepte de répondre à nos questions. 

Le Matin d’Algérie : Abdelkrim Zeghileche vous semblez très actif dans la protesta, sur les réseaux sociaux, dans la presse écrite, durant les marches hebdomadaires qui êtes-vous exactement ?

Abdelkrim Zeghileche : Je suis de Constantine. Si vous me voyez souvent sur les réseaux sociaux c’est que l’on n'a guère de choix. C’est le seul moyen de communication qui s’offre à nous. Sur les canaux conventionnels tels que les radios, les télévisions publiques ou privées vous ne risquez pas de nous croiser. Encore moins à Constantine qui reste très fermée. Si l’on considère que la capitale est une ville fermée imaginez en dehors d’Alger. Dans cette convention des forces de l’alternative démocratique qui rassemble près de 180 personnes j’ai du mal à reconnaître des participants qui viennent en dehors d’Alger

Le Matin d’Algérie : Vous activez dans quel cadre ? Un parti politique ? 

Abdelkrim Zeghileche : Je n’appartiens pas à un parti politique et ne l’a jamais été. Politiquement parlant, j’active sous la couverture du mouvement Mouwatana malgré les divisions que connaît ce mouvement. Par la force des choses, je me suis retrouvé  représentant de Mouwatana à Constantine, et dans l’esprit des gens, je demeure le représentant de Mouwatana qui regroupe des militants de Batna Oum El Bouaghi etc..

Le Matin d’Algérie : Que voulez-vous dire sous la couverture de Mouwatana ?

Abdelkrim Zeghileche : Vous savez Mouwatana n’a jamais réussi à avoir un quelconque agrément. Nous avons déposé deux  demandes d’agrément qui sont restés sans réponse. Mouwatana est plus une couverture morale qu’autre chose.

Le Matin d’Algérie : comment êtes-vous organisé à Constantine en ce qui concerne les marches ?

Abdelkrim Zeghileche : Nous avons commencé à manifester bien avant le 22 février. Lors des premières manifestations je parvenais à peine à réunir une centaine de personnes. C’étaient surtout ceux qui avaient le moins peur. Mais dès lors que j’ai été emprisonné, ce qui m’a rendu service et m’a fait de la publicité, je me suis retrouvé propulsé au-devant de la scène. Je sors un vendredi sur deux à Alger et l’autre à Constantine. Aujourd’hui je fais partie des visages reconnus de la protesta à Constantine

Le Matin d’Algérie : Comment avez-vous été emprisonné ?

Abdelkrim Zeghileche : En réalité j’ai été kidnappé. Sorti m’approvisionner en cigarettes, j’ai été littéralement embarqué, conduit chez le procureur et emprisonné sans avoir reçu la moindre convocation

Le Matin d’Algérie : Quel est votre métier de base ?

Abdelkrim Zeghileche : Je suis expert en système d’information. J’ai créé une web radio Sarbacanne en 2012, qui a émis pendant 3 années à partir d’Alger. Afin de réduire les coûts d’exploitation, j’ai dû regagner Constantine ils étaient moins élevés. Cette plateforme m’a permis de connaitre des personnalités publiques et politiques comme messieurs Djilali, Bouchachi, Benouari, Benbitour etc.. Par la force des choses, les relations ont évoluées et je les ai rejoints à Mouwatana.

Le Matin d’Algérie : Aujourd’hui nous sommes présents ici à la convention des forces de l’alternative démocratique, qu’en pensez-vous ?

Abdelkrim Zeghileche : Je crois que nous sommes en présence de l’unique force d’opposition en Algérie.

Le Matin d’Algérie : Que pouvez-vous nous dire de l’assise et de l’influence réelles des forces de l’alternative démocratique sur la société civile et les manifestants ?

Abdelkrim Zeghileche : Elles ont une influence certaine  sur les démocrates. Bien que regroupant plusieurs tendances, elles représentent une option sérieuse pour une certaine frange de la société civile.

Le Matin d’Algérie : Depuis le début de cette journée nous avons assisté à des synthèses de la situation faites par certains participants mais nous n’avons pas entendu tellement de propositions quant à l’attitude à adopter, les actions à mener, en face de ce mur du refus que proposez-vous ?

Abdelkrim Zeghileche : La radicalisation 

Le Matin d’Algérie : Comment ?

Abdelkrim Zeghileche : Tout ce qui peut être radical sans pour autant être agressif : boycott, grèves etc. On a diabolisé la notion de désobéissance civile afin d’effrayer les gens. Nous sommes en plein désobéissance civile. Quand un ministre est chassé lors de ses visites de travail, et qu’il n’arrive plus à se déplacer que peut-on espérer de plus comme désobéissance civile ? Bien sûr il faut éviter les actions nuisibles comme le refus de régler les factures de gaz, d’eau ou d’électricité. Nous ne cherchons pas à détruire les institutions mais à les recanaliser vers le peuple.

Le Matin d’Algérie : Selon vous quelles sont les actions concrètes à mener dans un futur proche ?

Abdelkrim Zeghileche : Le boycott. Boycotter toute activité non essentielle pour le pays.

Le Matin d’Algérie : Comment ?

Abdelkrim Zeghileche : Minimiser d’abord la consommation des ménages, comme ce qui se fait partout dans le monde. Bloquer la consommation et boycotter toute activité ou manifestation officielle.

Le Matin d’Algérie : Et l’appel à la grève lancée pour le 15 septembre que pouvez-vous nous en dire ?

Abdelkrim Zeghileche : Je fais partie des personnes qui ont appelé à cette grève.

Le Matin d’Algérie : Une grève pour combien de temps ?

Abdelkrim Zeghileche : Apparemment l’appel a été lancé pour 03 jours. Nous ne pouvons rester dans cette passivité. Nous tournons en rond. La manifestation du vendredi est considérée par beaucoup de personnes, comme la balade du vendredi. Je me retrouve surpris à me retrouver d’accord avec certains influenceurs avec lesquelles je ne partage pas les valeurs.

Le Matin d’Algérie : Ne croyez-vous pas qu’une telle grève et une radicalisation de la protesta arrangent le pouvoir et pourraient justifier un durcissement de sa position et le recours à la force ?

Abdelkrim Zeghileche : Nous voilà en pleine thèse du complot. Gaid Salah est déjà au pouvoir. A la limite il n’a cure de ces  élections. Agir aide le pouvoir, et ne rien faire aussi d’après votre raisonnement. A un certain moment il faut prendre une décision

Le Matin d’Algérie : Qui suivra le mot d’ordre de grève ?

Abdelkrim Zeghileche : Les convaincus

Le Matin d’Algérie : Et les gens employés de l’administration qui subissent une pression de la part de leur chefferie et ne bénéficient pas de l’appui de l’UGTA comment pourront il suivre cet appel à la grève ?

Abdelkrim Zeghileche : S’ils sont une centaine  bien sûr qu’ils seront victimes de mesures coercitives, mais s’ils sont un million personne ne pourra les atteindre. 

Le Matin d’Algérie : Et l’avenir ?

Abdelkrim Zeghileche : J’essaye d’être le plus optimiste possible. Mon optimisme vient de la protesta. Il y a une prise de conscience réelle. Il y a un an qui osait parler de politique ? On serait bête de laisser cette chance passer. il faut absolument la saisir. 

Le Matin d’Algérie : Et celui de la protesta

Abdelkrim Zeghileche : Dans une déclaration j’ai dit que si la traîtrise devait survenir elle viendrait d’Alger. A aucun moment je n’ai pensé que la fourberie pouvait être l’œuvre des manifestants d’Alger mais plutôt des forces politiques présentes dans la capitale. Vous voyez, lors de la dernière initiative de la société civile à la Safex, personne n’a réagi : autorisation délivrée par le  Ministère de l’intérieur, couverture médiatique assurée par l’APS et l’ENTV et personne ne trouve à redire. C’est quand même gros ! Le plus important est que la protesta doit rester vigilante et présente. Il faut préserver cette formidable énergie qui en a émanée.    

 

Auteur
Djalal Larabi
 

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