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OPINION

Abdelmadjid Tebboune : où va son premier mandat ?

Abdelmadjid Tebboune. Crédit photo : Zinedine Zebar.

Abdelmadjid Tebboune est, qu’on le veuille ou non, devenu par la grâce de feu Gaïd Salah, le premier magistrat du pays. C’est donc sous son autorité, sous sa responsabilité que s’opèrent toutes les actions des services de l’État, des fonctionnaires civils ou militaires de cet État.

Les arrestations, les condamnations, les actes de répression ne peuvent se faire au nom du peuple. Celui-ci ne reconnaît pas les institutions en place, il en demande l’avulsion, le changement le plus radical depuis au moins février 2019. C’est donc bien au nom du chef de l’État, en son seul nom, que toute action bonne ou mauvaise s’effectue. Invoquer sa faible marge de manœuvre pour l’en excuser serait irrecevable. 

Les ordres qui ont abouti à la condamnation de Karim Tabbou et maintenant à celle du docteur Amira Bouraoui et de tant d’autres prisonniers sont un cruel affront fait au peuple tout entier. Un déni de justice, une profanation de la vérité. Ces forfaits sont commis au nom d’Abdelmadjid Tebboune.

Après tous les crimes d’État subis par les Algériens dont le plus symbolique reste l’assassinat de Mohamed Boudiaf en direct à la télévision officielle, après la chute du tyran Bouteflika qui a régné vingt ans durant, on croyait venir l’heure de l’apaisement, de l’écoute et du changement tant réclamé par un peuple trop meurtri, trop humilié jusque-là. Au lieu de cela, l’histoire écrira que sous Abdelmadjid Tebboune ont eu lieu les plus injustes accusations, les plus viles diffamations, les plus abjects procès. Sur le visage de l’Algérie de Tebboune, seront tatouées les plus indélébiles des souillures. Tout ce charivari judiciaire digne d’un film des années staliniennes, d’un feuilleton de mauvaise série sera porté à son bilan. Il suffit, pour en mesurer les méfaits, d’écouter les avocats parler des actes d’accusations qui ont servi à conduire en prison les plus dignes filles et fils du Hirak, les enfants du peuple : le délire et le néant. Que des femmes et des hommes, militants sincères, soient condamnés sur des actes préfabriqués, sur des dossiers totalement vides, est une indication de la tournure morbide que prend le premier mandat de Tebboune. Les châtiments épouvantables infligés au docteur Amina Bouraoui, Karim Tabou, Khaled Drareni et à tous les détenus d’opinion qui ne cessent de remplir les prisons ne peut que soulever le cœur des Algériens, ne peut qu’étonner ou interpeller l’opinion internationale.

Ces jeunes et moins jeunes jetés en prison sont innocents, sont victimes d’une machination diabolique. Ce sont des patriotes, animateurs du Hirak dont le seul souci est de voir l’Algérie libre, démocratique, prospère pour en faire une puissance respectée, un pays attractif, un havre de paix. Les coupables, les malfaisants ne sont pas les acteurs du Hirak. Ils sont à chercher parmi les commanditaires qui actionnent police, gendarmerie, services secrets et magistrats, pour infliger des épreuves indignes à des médecins, journalistes, acteurs sociaux, pour humilier les Algériens.

Le règne d’Abdelmadjid Tebboune commence mal, très mal. Il est déjà marqué par la plus éhontée des gouvernances. Il ne suffit pas de parler de « Hirak béni » pour sortir de l’impasse, pour se donner une légitimité politique. Le discours démagogique des années passées n’est plus opérant, la malfaisance ne peut plus être camouflée. Les Algériens veulent des actes. Ils ne croient plus au bla-bla.

Le peuple algérien a tant souffert, a tant été accablé, dépossédé de ses droits, spolié de sa souveraineté. Il attend maintenant réparation, justice, liberté, toutes les libertés. Celle de choisir ses dirigeants en est une, elle est parmi les plus prioritaires, les plus élémentaires aussi. Abdelmadjid Tebboune pouvait se racheter, acquérir une légitimité en faisant de son mandat une période de transition sous les auspices du Hirak.  Mais les derniers développements de la scène politique, les dernières arrestations montrent qu’il ne chemine pas dans ce sens. Il en est aux antipodes.

Le constat est amer : les premiers pas d’Abdelmadjid Tebboune ressemblent, à s’y méprendre, aux dernières enjambées d’Abdelaziz Bouteflika. En quelques mois, la nouvelle Algérie, annoncée à grande pompe, a pris de sévères rides. Le moteur Tebboune a de sérieux ratés. Le passé continue de noyer le présent, le changement est toujours dans la continuité.

Les hommes du "président" osent toute forfaiture, alors osons toute résistance. Ils osent proférer tous les mensonges, alors osons dire toutes les vérités.  Notre devoir est de parler, d’écrire, de manifester, de crier nos révoltes pour ne pas être complices.

Les Algériens attendent, ils attendront encore mais pas dans l’inaction. Le Hirak retrouvera son souffle dès le danger sanitaire écarté. D’ici là, la réflexion, la détermination et la persévérance s’imposent. À l’arrogance du pouvoir et de ses apparatchiks, opposons la modestie du peuple et de ses élites. C’est là la clé du changement.

Hacène Hirèche, consultant (Paris)

Membre du Comité « sauvons Karim Tabbou »

Auteur
Hacène Hirèche, consultant (Paris)