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Impérieuse culture du terroir 

Abdelwahab Abdjaoui : "Ah a belyaẓiṭ", une fable digne de La Fontaine !

Abdelwahab Abdjaoui a été révélé au grand public avec la chanson culte « Ah a belyaẓiṭ ». Un chef d’œuvre du genre fable parodique interprété en duo avec un autre monstre sacré du chaâbi kabyle, Cheikh Sadek Abdjaoui. 

Cette chanson, composée en 1946, a eu un succès fulgurant avec une mélodie savoureuse et surtout un texte raffiné, où les deux chanteurs interprètent, de manière amusante, cette histoire du « coquelet et du loup ». Un conte inspiré du terroir kabyle. Une fable qui n’a rien à envier à celles de Jean de La Fontaine. Un loup qui essaie de séduire un coquelet pour en faire un bon repas, et un chien qui veille sur le grain ! Sacrée trio, tout en ruse et cocasserie. Son écoute est un vrai moment de détente. 

À n’en point douter, cette fable traversera le temps, en se transmettant de génération en génération. Il était temps de la remettre au goût du jour, en la faisant découvrir aux enfants pour exciter leurs neurones. Des neurones de plus en plus sclérosés par un enseignement des plus archaïques, se voulant bien plus dogmatique que didactique !

Biographie (*)

De son vrai nom Rachid Baouche, Abdelwahab Abdjaoui est né en 1925 à Béjaïa. Il a entamé sa carrière artistique sous la direction de son compère de toujours Cheikh Sadek Abdjaoui, lequel l’a intégré, à partir des années 1940, dans son orchestre musical qui animait des chants à la station radiophonique de Béjaïa.

Étant artistiquement fait l’un pour l'autre, les deux monuments du chaâbi algérien enregistrèrent des centaines de chansons en kabyle et en arabe tout au long de leur longue carrière, truffée de succès indéniables. Abdelwahab a effectué, également, des enregistrements en duo avec d’autres artistes de renommée, à l’image de Cheikh Amokrane Agaoua, Cheikh El Mouhoub et El Ghazi. Il a aussi à son actif une autre chanson qui n’est pas des moindres, « A bu taâmamt d-uqendur » qui a eu aussi un succès retentissant parmi son large auditoire.

Dans cette chanson, l’artiste relate le retour des émigrés vers leur pays après un long exil loin de leurs familles et amis. Avec un patriotisme à fleur de peau, notre artiste s’est distingué également avec des chansons engagées et patriotiques, qui ne laissaient aucune absolution pour le colonialisme. Cela lui a valu de gros soucis avec l’administration coloniale de l’époque. L’auteur de la merveilleuse "Ah a belyazit" décédera le 7 janvier 2012, laissant derrière lui une œuvre inestimable. 

En guise d’hommage, nous vous proposons la transcription et la piste audio de cette fable intemporelle. Les quelques premiers vers peuvent se traduire par :

Ah, ah, joli coquelet, où as-tu passé la nuit 

Ah, ah, M’hand, le loup, dans la bassecour par ici

Ah, ah, pourquoi es-tu seul, je peux te tenir compagnie

Ah, ah, si tu t’approches, mon chien est un sacré sloughi

Ah, ah, joli coquelet, je t’adore autant que je me chéris.

Ah ah a belyaẓiṭ

Ah ah a belyaẓiṭ, anda tensiḍ iḍelli 

Ah a Mḥend uccen, nsiɣ deg usqif, aqebli

Ah ah, ma yella weḥd-k, ad nemsaεaf d lεali

Ah ruḥ ma ad truḥeḍ, yella uqjun d usluggi

Ah ah a belyaẓiṭ, ḥemmleɣ-k rniɣ iman-iw

 

Ah ah a belyaẓiṭ, anda ara tenseḍ leεca 

Ah a Mḥend uccen, waqila deg uxxam n dadda 

Ah ah ah bɣiɣ ad k-wanseɣ, xaqeɣ fell-ak, labudda 

Ah arwaḥ ma tebɣiṭ, taqjunt-is am tsedda

Ah ah a belyaẓiṭ, ḥemmleɣ-k rniɣ iman-iw

 

Ah ah a belyaẓiṭ, anda tεewwleṭ akkayi 

Ah a Mḥend uccen, ɣer lḥiǧ ma yebɣa Rebbi

Ah ah ma nruḥ d yiṭ, ad nemsaεaf a wlidi

Ah yya ma ad tedduḍ, yella uqjun d imrebbi

Ah ah a belyaẓiṭ, ḥemmleɣ-k rniɣ iman-iw

 

Ah ah a belyaẓiṭ, aṭer-d ɣur-i ad nemsalam

Ah a Mḥend uccen, d leεca yeɣli-d ṭṭlam

Ah ah ah ur ttaggad, sejbu-d di ṭṭaq n uxxam

Ah ruḥ ma ad truḥeḍ, iqjan d arraw n leḥram

Ah ah belyaẓiṭ, lukan ad k-ṭṭfen yifassen-iw

 

Ah ah a belyaẓiṭ, ɣer ssuq ad nemsaεaf

Ah a Mḥend uccen, uggadeɣ dadda ur ɣ-yettaf

Ah ah ur ttaggad, ad naɣ d ubrid usefsaf

Ah ruḥ ma ad truḥeḍ, aqjun atan yesseglaf

Ah ah a belyaẓiṭ, ḥemmleɣ-k rniɣ iman-iw

 

Ah ah a belyaẓiṭ, yya ma ad tenseḍ ɣur-i

Ah a Mḥend uccen, ulamek la mačči weḥd-i

Ah ah rnu-d dadda-k, iṭ-a ɣur-i d aseεdi

Ah la mačči ɣef dadda, llan yiqjan-is did-i

Ah ah a belyaẓiṭ, ḥemmleɣ-k rniɣ iman-iw

 

Ah ah a belyaẓiṭ, ɣef wudem-ik iban lxir

Ah a Mḥend uccen, εelmeɣ ul-iw d lxabir

Ah ah nekni d leḥbab, nettussayal akked lxir

Ah lukan tufiḍ, ur teǧǧiḍ rriḥa n ṭṭir

Ah ah a belyaẓiṭ, lukan ad k-ṭṭeffen ifassen-iw

 

Ahya mmi-s n leḥram ... hi hi hi...

(*) Source https://www.depechedekabylie.com/culture/171628-abdelwahab-abdjaoui-ce-monument-du-chaabi/

Auteur
Kacem Madani