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TRIBUNE

Acte VIII : pourquoi la conduite de la transition par une équipe collégiale est imminente

Il faut rendre au peuple ce qui est au peuple et à Dieu ce qui est à Dieu. L’application de l’article 102 et la conformité à la constitution est une revendication quasi unanime du mouvement populaire durant ses premiers actes dont l’entêtement de ce qu’on appelait l’entourage de Bouteflika l’ont «inflaté» à «Rouhou Gâa».

Ce qui était admis par tout le monde étant donné cette obstination de présenter un candidat par procuration qui s’est dit lui-même plus tard « n’a jamais été dans mon intention ». Cette manière d’humilier tout un peuple devant le monde entier était, et est à ce jour la goutte qui a fait déborder le vase.

L’armée algérienne et non Ahmed Gaid Salah qui exprimait publiquement la position d’une institution en tant que premier responsable a pris les choses en main conformément à ses prérogatives constitutionnelles d’être garante de la souveraineté nationale qui revient de droit au peuple, même s’il l’a déléguée.

Depuis, tout porte à croire que pour des raisons ténébreuses, la presse notamment française de droite lui a collé un charisme à la Sissi égyptien ou à Haftar le Libyen pour certainement brouiller les cartes.

Dans les faits, l’armée algérienne est formée en majorité d’officiers supérieurs éduqués dans les écoles de la révolution, elle est républicaine et sait lier le passé au présent et appréhende le futur avec pragmatisme. Donc cette tentative de créer une fitna entre le peuple et son armée en se focalisant sur la personnalité de Gaid Salah est vaine Pourquoi ? Ce personnage est connu pour sa position apolitique et viscéralement tourné vers le corps de métier militaire, strict et fidèle à l’unité de commandement.

En valeur absolue, de nombreux témoignages des personnes qui l’ont connu disent que c’est quelqu’un qui depuis son installation à Alger n’a jamais fréquenté le cercle oligarque et encore plus les courtisans du système du Club-des-Pins. Il faut lui reconnaître tout cela, même si de mauvaises langues affirment que ses enfants profitent de sa position sociale pour faire fortune. Pour les habitants d'Annaba et sa région, ils lui reconnaissent que ce qu’il a gagné dans sa vie, il l’a investi pour l’éternité dans la construction d’une mosquée.

La preuve, aucune pancarte hostile au vice-ministre n’a été vue dans les wilayas de l’Est, alors que c’était l’occasion propice de le faire. Ceux qui essaient d’orienter les revendications fortement populaires en la personnalisant autour de la personne Ahmed Gaid Salah pour porter atteinte à l’armée, ils ont d’autres intentions obscurantistes pour lesquelles les protestataires ont bien réussi durant cet acte VIII de préciser à travers une insistance de l’unité de leur mouvement sur une seule et unique demande : «pas d’ancien du système pour conduire la transition » et la « mise en place d’institution ad hoc pour conduire la transition».  

Si l’armée et encore une fois non Ahmed Gaid Salah, estime « insensé » une solution à la crise hors d'un cadre institutionnel en dépit de la garantie de l’armée de suivre le scrutin et veille à sa transparence, c’est certainement la logique du discours politiquement correcte, peut-être dans son fort intérieur, il n’en croit pas un mot. Pourquoi ? L’impasse dans laquelle se trouve actuellement Abdelkader Bensalah est multiple pour au moins deux raisons. La première, avec des prérogatives constitutionnellement limitées, comment pourrait-il installer une instance indépendante de surveillance des élections que son prédécesseur a dissous, en plus qui, étant la pression populaire voudrait travailler avec lui pour cette échéance ?

Le 1/5 du corps des magistrats a retiré sa participation même dans la révision des listes du corps électoral. La deuxième raison et pas des moindres, c’est qu’il vient de convoquer le corps électoral pour le 4 juillet, se rend-il pas compte que c’est exactement à 3 jour de la fin de son intérim. Imaginons et c’est fort possible qu’il aurait un deuxième tour. Donc la contradiction est qu’il vient de donner la preuve par 9 que c’est exactement le plan « A » de Bouteflika pour coopter un et un seul candidat pour reproduire l’ordre établi mais cela est trop tard au point où ont évolué les choses.

C’est très loin des aspirations qu’on lit à travers les pancartes de ce huitième « Hirak » qui  semble déterminé à mettre la barre très haut pour en finir une fois pour toute avec un système qui n’a que trop duré. Il s’agit de rester dehors le temps qu’il faudra pour créer les conditions favorables afin de refonder un système institutionnel  dans lequel la puissance publique est soumise au droit.

L’environnement de gouvernance contiendrait des normes juridiques hiérarchisées de telle sorte que cette puissance publique s’en trouve balisée. Un tel système assurera une justice « juste et équitable » avec une juridiction indépendante. La souveraineté appartient au peuple, lequel peuple exerce le pouvoir public directement ou par l’intermédiaire de ses représentants qu’il aura à choisir lui-même en toute liberté et transparence.

Ce système dont la jeunesse d’aujourd’hui longtemps marginalisée,  favorise l’initiative citoyenne pour en faire des citoyens socialement présents, intéressés au corps social, convergents vers les objectifs d’intérêt général, centripètes mais pas nécessairement identiques. Il s’agit là de tout un processus qui prendra du temps et reste unique dans son modèle de manière à n’attendre de l’aide d’aucun pays limitrophe voire africain ou arabe.

En même temps, quelle que soit la durée de cette période de transition, une constituante présentera un danger pour l’unité réclamée. On est donc amené impérativement et éminemment de passer aux artifices politiques qui dérogera à la constitution actuelle  pour mettre sur pieds un ensemble de règles consensuelles sous la forme d’une « constituette » pour faciliter la mise en œuvre de cette transition qui permettra des élections libres et transparentes pour un président consensuel pour finir le chemin qui demandera certainement du temps, lentement mais surement. 

 

Auteur
Rabah Reghis
 

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