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HOMMAGE

 Adieu à l’Ami Bedos : le "Con de ses Maures" nous a quittés !

En tournant très tôt le dos au pétainisme de son père puis à l’antisémitisme de sa mère, Guy Bedos contredira d’emblée le concept d’habitus cher à Pierre Bourdieu et coupera ensuite les ponts avec une communauté d’origine viscéralement arc-boutée aux mirages de l’Algérie française.

Le contre-pied modélisera d’ailleurs l’humour subversif de cet enfant de Kouba et de Bône (Annaba) à l’accent pataouète typique des gars de Bab-el-Oued, tonalité qui rappellera d’ailleurs sans cesse à quelle contrée héliotrope de la Méditerranée le devenu Parisien appartenait. Tenace, le poids des souvenirs le rattachera toujours au pays de naissance dans lequel il retournera à maintes reprises. Effectué fin janvier-début février 2018, le dernier voyage lui renverra l’impression (trompeuse) « (…) que les Algériens allaient plutôt bien », que ceux croisés lors de la célébration du Nouvel an berbère « (…) étaient très apaisés (…) plus paisibles et (…) heureux», signalera le revenant au quotidien El Watan du 02 février 2018.

À ses yeux, le ravissement embellissait une capitale où des autochtones l’arrêtaient pour prendre des selfies, l’embrasser ou dire « Bonjour mon frère, bienvenue chez vous ! ». L’accueil fut si chaleureux que l’hôte du moment discernait « (…) la présence d’une grande liberté de vie ». L’atmosphère enchanteresse le réjouissait tellement qu’il pensait même s’installer un temps à Alger afin de finir l’écriture du film Une lettre pour Ambre, un projet prônant la réconciliation des mémoires entre l’Algérie et la France. Cependant, la sincère envie d’harmonie ou de partage lui faisait perdre de vue les évidences du désastre intégral affectant tous les champs (économique, social, identitaire, culturel et artistique) d’une société minée par les convoitises de rabatteurs dévots, de nababs agioteurs, de prébendiers aplaventristes et autres rentiers de tous bords.

Affichant un optimisme béat, Bedos rapportait alors les vœux d’Algérois disposés à proroger le règne d’un Fakhamatouhou (son Excellence) que le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, estimait, le 06 décembre 2017, « (…) intellectuellement apte à gouverner ».

On connaît mieux dorénavant les dégâts que causera l’alacrité de l’assigné à la résidence médicalisée de Zéralda. L’arrestation de blogueurs ou internautes le moquant ou de dessinateurs le caricaturant, l’emprisonnement des non-jeûneurs et d’amoureux se tenant la main, des ahmadis et mozabites puis le tabassage des médecins résidents auraient dû mieux éclairer le regard espiègle d’un homme hors-sol venu en quelque sorte soutenir le cinquième mandat de Bouteflika, du pseudo promoteur de la "Rahma" (grâce amnistiante) accordée le 08 juillet 1999 aux djihadistes de l’Armée islamique du salut (AİS), à des psychopathes corsetant les Algériens de morale millénariste.

Préférant pardonner les égarements d’un artiste souvent sollicité lors de régulières présences au Maghreb des livres (manifestation organisée depuis plusieurs années à l’Hôtel de Ville de Paris) et remémorer les railleries funèbres de l’auteur de la pièce À Dieu, nous renouvelons (cette fois en guise d’hommage posthume) l’affective épitaphe tombale : "Po, Po, Po Guy, le con de tes Maures !". Nos condoléances à sa proche famille, plus particulièrement à son fils Nicolas.

Auteur
Saâdi-Leray Farid. Sociologue de l’art