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FRANCE

Affaire Haurus : l'agent de la DGSI, le grand banditisme et le darknet

Grand déballage au procès de "Haurus", un ancien agent de la DGSI spécialiste de l'islam radical. Cet espion a expliqué mardi avoir vendu des informations confidentielles sur le darknet par appât du gain, jusqu'à "perdre pied avec la réalité", ce qui lui vaut maintenant d'être jugé devant le tribunal correctionnel et de risquer 10 ans de prison.

Baskets blanches, jeans, chemise et masque noir siglé du drapeau tricolore, l'homme de 35 ans, qui travaillait dans une unité antiterroriste de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), a expliqué à la barre, d'un ton calme et assuré, avoir commencé à fréquenter le darknet pour le travail en 2017, dans le cadre d'une enquête sur le financement d'un projet terroriste.

Séduit par l'idée de pouvoir mettre "du beurre dans les épinards" alors qu'il est endetté, l'enquêteur spécialisé sur l'islam radical se met à fournir au faussaire, jugé à ses côtés cette semaine à Nanterre, de vraies informations servant à la fabrication de faux documents administratifs, carte grise ou permis de conduire.

"Ca me prenait cinq minutes par jour (...) ça ne me semblait pas grand chose", a-t-il expliqué à la barre.

Puis lui vient l'idée de fournir des informations plus détaillées auxquelles il a accès grâce à son travail: dernière adresse connue, antécédents judiciaires, lieux de voyage de la personne... "Là, ça dérape vraiment". Haurus facture alors ses services jusqu'à 300 euros.

Plusieurs mois après, il prend son pseudonyme "Haurus" et rejoint un autre forum, où de "sous-traitant" il devient "auto-entrepreneur", a-t-il raconté, reprenant les termes de la présidente du tribunal. Il monte lui-même une boutique où il vend ses informations.

"Il y avait une forme de distanciation, dans la journée j'étais le bon flic ( ?) et le soir j'endossais le rôle d'Haurus".

"Addiction"

A la barre, l'ancien engagé volontaire dans la gendarmerie, qui a expliqué avoir été "très marqué par les attentats de 2015", s'est décrit comme une personne victime d'une forme "d'addiction" qui ne se serait jamais arrêté de lui-même.

Mais il a refusé que son portrait soit perçu comme celui du "ripou de la police nationale". "Les agents de police qui font des recherches à titre personnel, ce n'est pas une légende urbaine", a-t-il ajouté.

Il a également rappelé n'avoir pas vendu d'informations tirées de la base de renseignement de la DGSI, précisant l'avoir simplement consultée à des fins personnelles pour des "vérifications".

Selon l'accusation, il aurait effectué 382 recherches illégitimes. "Dix requêtes peuvent avoir été faites pour une seule et même recherche", a-t-il nuancé, estimant à 30.000 euros les gains ainsi réalisés.

Il a notamment reçu une commande, finalement annulée, pour trouver l'identité de "Christelle" une des femmes qui accuse l'islamologue suisse Tariq Ramadan de viol. Ces deux personnes se sont portées partie civile dans cette affaire.

Sont également prévenus dans cette affaire le compagnon, accusé d'être son complice, deux faussaires du darknet et deux de ses clients: un détective privé et un homme trempant dans le milieu du grand banditisme marseillais, déjà écroué dans une autre affaire.

Plusieurs "commandes" de ce dernier sont particulièrement étudiées par la justice, plusieurs hommes ayant été assassinés à Marseille après des recherches d'Haurus à leur sujet.

Ce volet de l'affaire a valu au fonctionnaire de police une autre mise en examen, à Marseille, pour corruption passive et association de malfaiteurs en vue de commettre des crimes en bande organisée.

Interrogé à ce sujet, il a rappelé mardi qu'il n'avait pas encore été entendu au fond avant d'ajouter: "A l'époque, je regarde des heures de vidéo de décapitation", pour le travail. "Ce qui se passe à Marseille, ça me passe au-dessus. Les règlements de compte là-bas, on en entend parler tous les jours".

A Nanterre, le procès est prévu jusqu'à vendredi et le délibéré devrait être connu à la rentrée.

Auteur
Avec AFP