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ASIE CENTRALE

Afghanistan : les journalistes afghans pris pour cibles par les talibans

Après leur prise de pouvoir en Afghanistan le 15 août dernier, les talibans ont promis vouloir mettre en place un gouvernement inclusif et tolérant. Mais sur place, la situation est bien différente. Les insurgés s'en prennent notamment aux journalistes.

«Les temps sont durs pour les journalistes en Afghanistan depuis que les talibans ont envahi différentes provinces, explique cet ancien réalisateur radio âgé de 28 ans et souhaitant garder l'anonymat. J’étais technicien réalisateur pour une station de radio. Nous étions financés par l’Otan et diffusions des programmes qui dénonçaient les activités des talibans. Avant leur avancée, j’avais déjà reçu des menaces. Je me disais qu’ils allaient finir par me tuer. »

Il explique que six reporters de son média avaient été séquestrés par les talibans: « Heureusement, je n’étais pas avec eux ce jour-là. Ils sont restés en captivité douze jours et ont été torturés. Ils ne nous ont pas eu nous, mais ils ont bien essayé. »

Sept Afghans sont morts dans le chaos près de l'aéroport de Kaboul, où des milliers de personnes se massent pour tenter d'évacuer le pays après la prise de pouvoir des talibans, a annoncé, dimanche 22 août, le ministère britannique de la Défense (MoD). «Nos pensées les plus sincères vont aux familles des sept civils afghans qui sont malheureusement morts dans la foule à Kaboul», a déclaré un porte-parole du ministère de la Défense dans un communiqué. «Les conditions sur le terrain restent extrêmement difficiles, mais nous faisons tout notre possible pour gérer la situation de la manière la plus sûre et la plus sécurisée possible», a-t-il ajouté, cité par l'AFP.

Quitter le pays, une mission quasi impossible

Certains journalistes tentent donc de fuir le pays, mais c'est presque mission impossible: « Quand les talibans ont envahi la capitale de la province, j’ai fui immédiatement en taxi. Je ne peux pas dire où je me trouve désormais. J’ai laissé ma femme et ma famille derrière moi. Ma situation est très critique et je ne parviens pas à les joindre. Les lignes téléphoniques ne marchent pas, les talibans ont coupé les lignes du réseau gouvernemental Salaam et ma famille utilise des cartes SIM Salaam », raconte ce réalisateur radio afghan.

Il explique avoir essayé de contacter son employeur et tenter plusieurs moyens pour sortir d’Afghanistan, mais en vain.

«J’ai essayé de joindre l’association qui représente les journalistes. J’ai même postulé pour le programme spécial d’immigration du Canada en tant que journaliste en situation critique. Dans ma situation, je ne peux pas aller au Pakistan, au Tadjikistan ou aux Émirats arabes unis, car toutes les ambassades ont cessé leurs activités et ne délivrent plus de visa. »

Élaborer un plan d’évacuation pour les journalistes

Reporters sans frontières (RSF) a demandé samedi au président américain Joe Biden « un plan spécial pour l'évacuation des journalistes afghans », selon un communiqué de l'ONG.

RSF réclame « à la Maison-Blanche un plan spécial pour l'évacuation des journalistes (et des défenseurs des droits de l'homme) afghans ». Les projets d'évacuation « préparés par d'autres pays (notamment européens) sont largement entravés par la gestion des accès aux avions », déplore l'ONG.

« Nous recevons des dizaines et des dizaines de demandes d'évacuation urgente, indique Christophe Deloire, secrétaire général de RSF. Notre problème aujourd'hui n'est pas d'obtenir des visas ou des places dans des avions, c'est d'obtenir que ces personnes puissent accéder aux avions. »

RSF réclame un report de la fin de l’opération militaire américaine

Une semaine après la prise de contrôle des talibans à Kaboul, la communauté internationale s'inquiète en effet de l'évacuation de milliers d'Afghans, dans le chaos le plus total à l'aéroport de Kaboul contrôlé par les militaires américains.

RSF préconise « la mise en place de facilités d'accès et d'identification pour les journalistes et les défenseurs des droits humains figurant sur les listes de différents pays et organisations », ainsi qu'un « couloir humanitaire et un périmètre spécial ».

Pour permettre ce dispositif, RSF réclame en outre « un report de la fin de l'opération militaire américaine en Afghanistan au-delà de la date actuellement prévue ». « D'ici au 31 août, les évacuations de personnes en grand danger, comme les journalistes afghans, ne pourront pas matériellement être menées à leur terme. »

Auteur
RFI/AFP