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TRIBUNE

Agissons, notre salut, cette fois, ne s’achètera pas !

Au-delà de la crise sanitaire, le navire Algérie va sitôt affronter une crise socio-économique sans précédent. Tous les responsables non impliqués dans les services préventifs et curatifs du Covid-19 doivent être mobilisés tout autant en rang de bataille pour affronter les fléaux qui s’apprêtent à s’abattre sur nous.

Toutes nos compétences nationales et à l’étranger doivent être appelées pour anticiper, préparer et engager les actions salvatrices pour nous maintenir à flot et éviter un naufrage économique et social.  C’est maintenant et immédiatement ! 

1/ Situation alarmante

Il est clair qu’au delà de la crise sanitaire une crise économique s’installe davantage et jour après jour elle s’aggrave. Il ne faut pas craindre d’alerter les algériens en demandant seulement le confinement puis à l’issue, de reprendre leurs habitudes. Non ! Il ne faut surtout pas faire cela, bien au contraire, il faut d’ores et déjà annoncer que les choses vont changer durablement, très vite et sur tous les plans (économique, financier, éducatif, civique, alimentaire, sanitaire, social…)

L’Algérie n’est pas un pays riche et notre pétrole nous a, comme une malédiction, aveuglé, paralysé, infantilisé, fanatisé et corrompu. Nous vivons au-dessus de nos moyens et consommons essentiellement des produits fabriqués à l’étranger. N’est-ce-pas à l’Etat d’assurer les moyens pour nourrir son peuple mais pas de le rendre dépendant des importations. Nous vivons des moments tragiques certes mais c’est aussi une occasion inespérée pour inverser la vapeur. C’est un devoir, nous qui ne sommes pas sur le front sanitaire, de nous mobiliser en ordre de bataille pour une guerre économique. Le gouvernement seul, n’y pourra rien, il a besoin de toutes les compétences nationales et s’il est lucide, il doit demander, en commençant par le Président, l’aide de tous les algériens. Notre salut, cette fois, ne s’achètera pas !

2/ Que faire et comment agir immédiatement ?

L’Algérie n’est pas en vacances, ni en jachères, ni cachée, à l’abri d’innombrables périls. Les demi-mesures n’ont plus leur place. Il faut y aller avec détermination et au pas cadencé. Ne dit-on pas :  à situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles ? Mais actuellement pour nous, il en faut davantage et je dirai : « à situation exceptionnelle, mesures de changement radical». 

Oui, je préconise qu’on change de manière irréversible de paradigme. Fini le système administré qui mine notre mode de vie, ruine notre économie et généralise la corruption. L’Etat doit montrer d’abord patte blanche et de suite, adopter au grand jour des mesures salvatrices, innovantes, exemplaires d’efficacité, d’équité et de probité :

2.1 Mesures de réduction drastique du budget de fonctionnement de l’Etat :

L’Etat doit annoncer de suite une réduction du budget de fonctionnement de l’Etat. (réduction des charges et du nombre de fonctionnaires, de représentations diplomatiques, d’élus des deux chambres…)

2.2 Mesures de réduction drastique des importations :

Le modèle de consommation des algériens doit impérativement changer et de suite. L’Etat doit sans attendre, annoncer  une réduction des importations de certains produits alimentaires, cosmétiques, vestimentaires et autres produits de luxe. En revanche, favoriser la production locale et les investissements dans les secteurs vitaux. Poursuivre coûte que coûte les importations d’intrants pour les fabrications pharmaceutiques, les semences, les produits chimiques et minéraux, les machines industrielles, les pièces de rechange. Une concertation avec les opérateurs économiques s’impose pour éviter de grossières erreurs. 

2.3 Mesures drastiques de généralisation de la numérisation :

La numérisation est une source de richesse, d’efficience, de productivité, de transparence, de suivi, de traçabilité, d’économie de papier et d’emplois productifs. Si elle est menée avec intelligence et force, elle permettra l’économie de sommes colossales et réduire progressivement les abus, rapines et détournements.  

2.4 Modernisation des administrations de gestion et contrôle de l’usage et la collecte des fonds publics

Tout a été fait pour garder l’opacité et le désordre dans les administrations qui collectent, gèrent et protègent l’argent et l’intérêt public. Tous ceux qui nient cette dure réalité sont soit des minables démagogues ou ceux qui profitent individuellement ou collectivement d’une telle situation. Sachez que des dizaines de milliers de personnes attachées au service de l’Etat, dans tous les secteurs d’activité, à différents niveaux, usurpent, usent et abusent d’indus avantages. Ce phénomène est aussi pandémique et seule une lutte générale, frontale, soutenue et continue pourra la réduire.

L’administration fiscale, les douanes algériennes, les fonctionnaires des impôts, les collectivités locales, les wilayas, les gestionnaires d’établissement publiques, les EPA et EPIC, en fait, une liste sans fin, ont tous et toutes peu ou prou été contaminés.

Seuls des systèmes informatiques inviolables, performants et efficients pourront réduire progressivement ce fléau qui mine durement notre pays. C’est en définitive, faire en une seule année ce que nos gouvernants en 50 ans ont failli. Une profonde réforme des organes de suivi, de contrôle, d’utilisation et de gestion des comptes publics avec beaucoup plus d’expertise et l’obligation d’usage de réseaux  informatiques.     

2.5 Nouveau modèle d’éducation, formation et qualification.

Aurions-nous le courage de reconnaître que nos enfants sont mal éduqués, mal formés et pas qualifiés et nous en portons tous collectivement la responsabilité. Cela commence dans les jardins d’enfants et se prolonge à l’enseignement supérieur. Je propose sereinement qu’on prononce unanimement « une condamnation à mort » à notre système éducatif actuel. 

Il n’y a rien à récupérer mais tout à inventer !  A ceux qui parlent d’une économie du savoir, je leur demande de me rejoindre. Ceux de la génération 70 qui ont passé le baccalauréat Maths élémentaire, ou sciences expérimentales ou enfin Techniques du Ruisseau de me rejoindre aussi. Ceux qui n’acceptent pas le niveau actuel du baccalauréat algérien, la désertion des classes Mathématiques et la perte totale de la maîtrise de l’engineering aussi, rejoignez-moi !  

Il y a eu entre 1975-2020 un crime contre le savoir et le génie algérien mené par des algériens usant d’une idéologie qui puisa son essence dans le baâthisme et le salafisme. 

Aujourd’hui nous devons réinventer un modèle éducatif avec toutes ses composantes et acteurs interagissant dans l’enseignement et la formation (scolaire, moral, civique, linguistique, cultuel, culturel, environnemental, citoyen). Il faut de la volonté, de l’audace et du courage pour décaper 45 ans de couches maléfiques sédimentées. Ce ne peut être qu’un projet national porté par le Hirak qui dit non aux salafistes qui veulent plomber notre futur, non aux occidentaux qui nous volent nos élites par dizaines de milliers, non à la médiocrité car nous croyons à nos valeurs d’unité, de courage, de dignité, de liberté et de fraternité : S’il y avait encore un doute, le Hirak l’a balayé le 22 Février. 

Je ne veux pas ici livrer le modèle éducatif que j’imagine pour l’Algérie, mais sachez qu’il emprunte beaucoup aux techniques modernes de communication (e-learning) qu’il généralise l’apprentissage de la langue anglaise et qu’il ouvre l’enseignement supérieure à l’international.              

2.6 Nouveau modèle de production agricole, gestion des ressources en eau et d’irrigation

Sur ce point, j’ai déjà présenté ma vision dans un article précédent (*) pour une politique agricole intégrée, fondée sur le compter sur soi avec la R&D et qui implique la fusion des ministères de l’agriculture, des ressources en eau et de la pêche.  

En matière de stress hydrique, la menace est bien présente et j’ai déjà présenté sur ce point ma vision dans un article précédent (**), cependant je me demande si nos gouvernants sont assez conscients de la situation pour engager dans l’immédiat des actions salvatrices ?    

Les mesures énoncées par notre gouvernement jusque là ne me permettent pas d’affirmer qu’un  plan  de gestion de la rareté des ressources hydriques et d’optimisation d’une part et de renforcement de la cohérence de la politique de l’eau avec la politique agricole soit véritablement et sérieusement élaboré.  

2.7 Nouveau modèle de transition énergétique

L’engagement d’une politique énergétique refondée par un usage rationnel et une réduction drastique de la consommation ainsi qu’un développement à marche forcée des énergies renouvelables à forte intégration locale. 

En conclusion 

Pour ne pas qu’un désastre sanitaire soit suivi d’un désastre socio-économique, encore plus dévastateur nous devons en urgence anticiper des mesures drastiques de stabilisation de notre économie. 

J’entends ici et là des hauts dirigeants me dire : oui mais pour le moment nous sommes tous préoccupés par le Covid-19. Non, vous avez tord ! Il faut se préoccuper tout autant des effets et conséquences de ce fléau sur notre devenir et maintenant.

Notre survie dépendra de nos prochaines actions. C'est autour de ce vaste débat que je souhaiterai aujourd'hui interpeller les entrepreneurs, les experts, les chercheurs, les  universitaires et tous les acteurs de la société civile, afin qu'ensemble nous puissions sans attendre, y apporter des solutions concrètes, appropriées et planifiées dans le temps.

Auteur
Llies Goumiri
 

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