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TRIBUNE

Ahmed Gaïd-Salah, l’incarnation usurpée du "Hirak 2019"

Le vaste mouvement populaire débuté en Algérie le 22 février 2019 demeure encore orphelin de visages représentatifs et, puisque la nature a horreur du vide, son identification est passée du peuple à la figure d’Ahmed Gaïd-Salah devenu, par transposition symbolique, le principal récipiendaire de l’éviction d’Abdelaziz Bouteflika.

En bon soldat du camouflage, le général de Corps d’Armée préconisera le 10 avril à Oran (2e Région militaire) toujours le Cadre, cette fois celui de la légitimité constitutionnelle via laquelle il maintient mordicus la stricte mise en application de l’Article 102, oubliant au passage les 7 et 8 convoqués une semaine avant (le 02 avril) dans le souci de faire ingurgiter la pilule d’une élection présidentielle accompagnée par l’Armée nationale populaire (ANP) et désormais arrêtée au 04 juillet 2019.

Exit donc l’étendue phase de transition nécessaire à la transparence d’un suffrage souvent controversé, à la confrontation des idées contradictoires dans un champ médiatique outrageusement taraudé de manipulations.

Pour encore mieux noyer le poisson, le vice-ministre de la Défense mettra en exergue la sempiternelle "Main étrangère" en mesure de pervertir « (…) les enfants du peuple, (de) déstabiliser le pays et semer la discorde», pointera du doigt les supposés agents interlopes occupés à infiltrer les regroupements.

À sa mise en garde liminaire, ce Chef d’État-Major conjuguera une opération main-propre capable « (…) d’entamer des poursuites judiciaires contre toute la bande impliquée dans les affaires de détournement et de dilapidation des fonds publics », de s’étendre à «(…) l’affaire d’El Khalifa, Sonatrach et du Boucher et autres dossiers relatifs à la corruption».

Comme un écran de fumée, l’écume du blanchiment permet de brouiller le message inhérent au réel "dégagisme" que sollicitent des mobilisés revenus le 12 avril contrarier les manœuvres dilatoires du chef du Haut commandement militaire. Deux jours plus tôt, il outrepassait ses prérogatives, bombait le torse, montrait quelques pectoraux, menaçait de recourir à la force ou à l’état d’exception mais se retrouve aujourd’hui face à une nouvelle fronde hors du commun ignorant les pseudo-tentatives d’infiltration ou plans malveillants censés dévoyer les cortèges pacifiques.

Quant au volet socio-économique également évoqué en guise de repoussoir, les manifestations reflètent une telle image positive qu’elles rejailliront en plus-values ou valeurs ajoutées sur l’ensemble d’une contrée rejetant la violence. En réclamant « Le départ de tout le régime », en affirmant que «Le pouvoir corrompu sera vaincu », les nombreux marcheurs revendiquent au contraire un droit au chapitre, enclenchent les conscientisations d’une phase temporelle si accélérée qu’elle ressemble à une sorte d’existence augmentée. Engoncés dans la peur, les corps se sont dégourdis, ont, à la croisée des chemins individuels, su tracer d’autres lignes de vie, pu impulser, par doses homéopathiques, la plénitude d’un horizon meilleur.

Refonder des liens, refaire nation ou peuple, s’est libérer les mentalités d’un système monopolistique synonyme d’empêchements et, par extension supplémentaire, d’exils. Les jeunes adeptes de la "harga" participent grandement à l’espoir fleurissant et prennent en mains, à la place des rames d’une barque de fortune, les leviers de leur résilience, se moquent dorénavant des stratégies de l'étouffement et du pourrissement alimentées à coup de matraques et bombes lacrymogènes, par le bais des blocages et barrages filtrants que déploient des services de sécurité, unités de la gendarmerie ou police anti-émeutes.

Un régime ancien retranché derrière de rébarbatives conjectures lance ses dernières cartouches et il aura beau employer la répression tous azimuts, rien dorénavant n’arrêtera des Algériens en quête d’une sortie de crise, pas même le statu quo du Cassandre Ahmed Gaïd-Salah.

Maintenant que se dessine davantage l’incontournable recours à un comité collégial rassemblant des compétences ou érudits de diverses corporations (point sur lequel nous insistions justement en raison du manque de leaders emblématiques), des négociateurs à l’esprit affuté pourront (espérons le) trouver avec l’interlocuteur galonné une zone acceptable de compromis (exemple, concéder le maintien d’Abdelkader Bensalah et choisir en contrepartie un nouveau Premier ministre, à fortiori un autre Gouvernement).

S’entêter et refuser l’évidente décantation à résolument opérée ne mènera qu’à l’impasse ou aporie, surtout lorsque le rapport de force se trouve du côté des "Escargots entêtés", ici les millions de déterminés certains de provoquer la mutation démocratique et moderniste envisagée depuis près de six décennies.

Auteur
Saâdi-Leray Farid, sociologue de l’art
 

Commentaires

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Puisque c'est ainsi, alors que GAID et ses petits copains aillent voter tous seuls le 4 juillet.

Le peuple doit boycotter les élections et cesser de s'accrocher à un vieux général qui dit une chose et son contraire et qui avance au gré du vent.

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