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POLEMIQUE

Ahmed Ouyahia : le cheval de Troie !

Ahmed Ouyahia s’adresse aux militants de son parti le 12 mars à travers une correspondance dans laquelle il juge qu’il faut répondre dans les meilleurs délais aux revendications exprimées pacifiquement par les algériens.

Le porte-parole du RND, et complice attitré de son chef, Seddik Chihab fait son mea culpa et reconnaît que le soutien apporté au cinquième mandat de Bouteflika par les dirigeants de son parti a été une erreur fatale. Il continue en avouant avoir manqué de  courage pour exprimer ses profondes convictions. Il confirme la maladie du président et son inaptitude à gouverner.

Il fait par ailleurs une déclaration aussi fracassante qu’ahurissante venant du numéro deux d’un parti  qui compte parmi les plus grands en Algérie. Il révèle à l’opinion publique que le pays est géré depuis cinq ou six ans par des forces non constitutionnelles, non structurées et non organisées. Il ajoute que ces forces sont partout et qu’elles dirigent le pays. Ce qui évoque l’univers inventé par Georges Lucas dans son film mythique la guerre des étoiles où les forces du bien affrontent celles du mal, le côté lumineux de la force, l’obscur.

Au lieu d’éclairer le citoyen sur le rôle réel joué par le président dans la gestion des affaires de l’Etat durant cette période, cette confidence faite dans un moment d’émotion selon Ouyahia, accroît son manque de visibilité et ses appréhensions quant  au bon fonctionnement de la chose publique au plus haut niveau. Moins de 24 heures après il est corrigé par son chef qui essaye de rattraper les aveux de son numéro 2.

Pour la grande majorité des observateurs l’ex-premier ministre, pris de panique, inquiet pour son  devenir politique et celui de son parti, se tourne dans la bonne direction, celle du vent. Par opportunisme et ambition, il rejoint la contestation populaire, il rattrape le train.

S’il est vrai que cette explication est la plus triviale, celle qui vient à l’esprit presque instinctivement  de tout un chacun, elle n’en demeure pas moins plus ou moins simpliste. Car ce célèbre nageur en eaux troubles est loin d’être un novice en coups fourrés. Il a survécu à plusieurs bourrasques, de nombreux gouvernements et plusieurs chefs d’Etat. Il est l’hydre à sept têtes.

A peine congédié par la porte il revient par la fenêtre. L’explication donnée par les différents analystes, politologues et journalistes aurait été plausible pour un débutant, un arriviste dans cet univers impitoyable de la politique. Mais s’agissant de notre sexagénaire qui se transforme tel un mutant, selon les hommes et la conjoncture, sans scrupules et sans état d’âme  dur et endurci il paraît plus judicieux de pousser la réflexion plus loin.

Tel un bourreau, il exécute sans hésitation.  Il a matraqué le citoyen à coups de décisions et de mesures coercitives durant plusieurs décennies. Les algériens ont subi  son terrorisme administratif incessant. A tel enseigne qu’il a été la personne la plus désignée du doigt durant les manifestations.

Docteur ès mesures impopulaires et basses besognes depuis toujours, il s’est surpassé après sa dernière nomination au poste de premier ministre en août 2017 : mise en place d’un plan d’austérité, redémarrage de la planche à billets, blocage de projets,  harcèlement administratif, emprisonnement de tous types de contestataires, déclarations provocatrices etc… Il est clair que toutes ces actions et comportements ont grandement contribué au déclenchement de la contestation populaire. Sont-elles uniquement le fruit de maladresses et de l’expression d’une personnalité dont l’analyse serait digne d’être citée comme cas d’école dans un cours de psychanalyse ?

Même si l’évaluation du degré d’intelligence d’un cas d’espèce comme celui-ci reste complexe la ruse, la roublardise, l’endurance, la capacité d’adaptation, la versatilité, la maitrise de la communication, dont il fait preuve sont indiscutables. Il a fait de l’administration une grande prison dont les détenus sont les citoyens et dans laquelle il règne en geôlier. Il s’est établi comme un syndrome de Stockholm entre lui et ses administrés. Il n’est pas homme à ignorer les réactions de cette population qu’il gère depuis plusieurs années. Il n’est pas de ceux qui ne contrôlent pas leurs émotions et la portée de leurs actions. Il a toujours agi en connaissance de cause.

Pour avoir dirigé du haut de la pyramide à l’aide d’une longue vue il comprend le principe de la cause à effet, de l’action et de la réaction. Comme tout homme politique avisé il sait dissimuler ses convictions profondes. En tacticien émérite il camoufle ses réelles motivations avec aisance. Il sait arriver sans que personne ne l’aperçoive. En poussant les citoyens dans leurs derniers retranchements il a grandement contribué à l’éclatement de la colère populaire. Il en a payé le prix puisque son nom a été traîné dans la boue. C’est son alibi. Il est le dommage collatéral. Mais il n’en a cure. Il se sacrifie. N’est-ce pas ce que font les soldats ? Il est le cheval de Troie. Son ralliement  éclair et inattendu à la protesta, les graves déclarations de son acolyte en sont la preuve.

Auteur
La rédaction