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Rififi en haut lieu

Ahmed Ouyahia, un premier ministre sur le pas de la porte !

Pour beaucoup, il apparaît de plus en plus clairement que le premier ministre, Ahmed Ouyahia, est sur un siège éjectable.

Ses jours seraient ainsi comptés et son éviction est, semble-t-il, déjà actée et prête à intervenir à brève échéance, selon certaines personnes plus informées que d'autres, du fait de leur proximité des arcanes du pouvoir, qui laissent entendre qu’« il a dépassé les lignes rouges » !

Parmi elles, il y a Djamel Ould Abbès, le secrétaire général du FLN qui a revêtu pour l’occasion l’habit de l’«oracle» laissé vacant par son prédécesseur Amar Saâdani. Sa sortie concernant le projet de privatisation d’entreprises publiques où il est parti jusqu’à organiser une tripartite «parallèle » en est la preuve, pour barrer la route, semble-t-il, aux « velléités » d’Ahmed Ouyahia dans son projet de vente des petites et moyennes entreprises en faillite.

Sciemment orientée vers l’enjeu politique de 2019, cette rencontre a permis aussi et surtout au SG du FLN, à celui de l’UGTA et au patron du FCE de dire publiquement, que cette vente n’était pas à l’ordre du jour et aussi et surtout, de convenir et de donner lecture d’une motion de soutien pour un éventuel 5e mandat en faveur du président Abdelaziz Bouteflika.

Ainsi, le secrétaire général du FLN donne l’impression du «déjà vu » à savoir, qu’il est aussi le « porte-voix officieux » de ceux d’en haut !

Il faut donc le croire, estime-t-on dans le milieu politique, quand il affirme « que ce n'est pas pour des considérations personnelles qu'il s'en prend à Ouyahia », dès lors que les services de la présidence de la République viennent de promulguer une directive interdisant toute privatisation sans l’accord du président de la République.

Les rédacteurs de l’instruction attribuée par le quotidien El Khabar au secrétaire général de la présidence, Heba El-Okbi, précisent que «la décision finale conclue reste de la prérogative décisionnelle de monsieur le président de la République, en vertu des dispositions de l’ordonnance numéro 01-04 du 20 août 2001, relative à l’organisation, la gestion et la privatisation des entreprises économiques modifiée et complétée, notamment ses articles 20, 21 et 22 ».

Or, l’ordonnance en question confère au Conseil de Participations de l’Etat que préside le Premier Ministre, en l’occurrence Ahmed Ouyahia, tout le pouvoir de trancher toutes les questions liées à la privatisation.

Pourquoi alors ce rappel à l’ordre ? Redoute-t-on estiment les observateurs que la privatisation envisagée profite aux proches du patron du RND, qui ainsi, pourrait s’attendre à un retour d’ascenseur de la part de ces derniers, en perspective de 2019 ?

Djamel Ould Abbès et consorts cherchent-ils à jeter en pâture un homme qu’Amar Saâdani accusait déjà de « n’être pas honnête vis-à-vis du président de la République et que son objectif est d’être candidat à la présidentielle à venir » ?

Faut-il comprendre par-là que le SG du FLN ne fait que traduire « la volonté de l'entourage du président de la République, d'exclure le premier ministre des centres de décision » ?

Pourquoi aussi le président de la République désavouerait publiquement et par communiqué de presse son premier ministre, si ce n’est dans le but de le pousser à la sortie ?

Dès lors pour les observateurs qui suivent les moindres faits et gestes et surtout les déclarations de Djamel Ould Abbès, le doute n'est plus permis : le sort d’Ahmed Ouyahia est scellé !

L’exécutif qu’il dirige peine à trouver ses repères dans cette confusion des rôles et des missions des différents acteurs qui interviennent dans la gestion des affaires de l’Etat. Et ce n’est pas faire injure à Ahmed Ouyahia, rappelait un chroniqueur d’un quotidien francophone (*), que d’affirmer que le premier ministre n’a pas, plus que tous ses prédécesseurs d’ailleurs, été nommé à ce poste pour gouverner, mais pour coordonner l’action du gouvernement et appliquer un programme revêtu du sceau de la sacralité, celui du président de la République

Les coups continuent de pleuvoir sur l’homme, y compris de son exécutif avec notamment le ministre de l’industrie qui a certainement eu l’aval de qui de droit pour « contester » la liste des concessionnaires autorisés à faire du montage automobile et aussi les ministres FLN qui, « à l’unisson », se seraient « plaints de sa décision de transfert de la gestion des entreprises publique, tous secteurs confondus, sous son autorité directe ».

Les choses semblent, donc, se compliquer pour Ahmed Ouyahia qui ne serait plus en odeur de sainteté, si l'on croit, bien-sûr, ce que disent de lui ses détracteurs, notamment Chakib Khelil qui, suprême ingratitude, l’accuse ni plus ni moins de « vouloir affamer le peuple » et d’avoir été à l’origine des cadres, « injustement incarcérés, sans charges précises » !

Rude coup pour Ahmed Ouyahia, lui qui, il y a peu, s'exprimant sur le plateau d'Ennahar-Tv, a, seul contre tous, défendu ce dernier en s’exclamant « Qui a sali Chakib Khelil ? C'est la rue ! Les gens faisaient des déclarations, à l'emporte-pièce, et les médias reprenaient» !

Est-ce à dire que le signal de la curée a été donné ? Et comment va réagir l'intéressé ? L'histoire, va-t-elle se répéter pour lui? Va-t-il se laisser abattre, de nouveau ?

Pour tout le monde, le FLN exige d'être « la locomotive ». Le RND comme marginalisé, observe. Son chef et néanmoins toujours premier ministre, Ahmed Ouyahia n'a rien voulu dire concernant les attaques de Djamel Ould Abbès.

Il y a un problème de leadership pensent les observateurs, chacun veut être le numéro 1 après le président de la République.

Dans l’opposition, on observe mais on ne se sent pas concerné outre mesure par ce qui ce passe : une « salade interne » selon les uns, un « problème de prérogatives » en haut lieu selon d’autres ! Et les citoyens dans tout ça ? Ils se désintéressent de la politique. On peut même parler de détestation ! Pourquoi ? Parce que dans l’opinion, on regrette que les préoccupations des responsables soient, aujourd’hui, toutes liées à la présidentielle de 2019 !

Parce que ces personnalités politiques ont souvent menti sur leurs intentions en ne traduisant pas en actes leurs promesses ou en prenant des décisions, non annoncées !

Parce qu’elles profitent du système, carriéristes qu’elles sont de la politique au point de ne plus avoir pied dans la vie économique et sociale réelle !

Pour l'heure, le président de la République, maitre incontesté du jeu, est au-dessus de la mêlée. N’est-il pas le maitre des horloges et des agendas ?

Et les luttes partisanes n'impacteront pas son pouvoir, encore moins les décisions économiques et politiques qu'il aura à prendre.

Pour ce qui le concerne, Ahmed Ouyahia l’encore premier ministre, a, sans nul doute, des appréhensions concernant son avenir à la tête du gouvernement, après les attaques qu’il vient de subir de la part de son ami Chakib Khelil et de ses alliés du FLN et de ceux qui gravitent autour de ce parti.

Est-ce à dire que l'homme est fini politiquement ?

Mais pas du tout, répondent ses proches, notamment Seddik Chihab, le porte parole du RND qui précise : « que la situation actuelle du pays sur le plan économique et sécuritaire nous incombe de nous éloigner des polémiques stériles ; le SG apportera, sans nul doute, toutes les réponses utiles à l’occasion de la conférence de presse qu’il tiendra à l’issue de notre comité national ».

Va-t-il, par exemple, répondre sur les questions relevant des choix économiques qu’il a pris dernièrement, concernant le mode de financement non conventionnel qui lui ont valu les critiques acerbes de l’ancien ministre de l’énergie ?

Va-t-il aborder tous les problèmes qui agitent la scène sociale et syndicale et partant déborder sur le volet lié à la charte du partenariat public-privé à cause duquel il a été sévèrement « recadré et retoqué même » ?

Va-t-il réitérer sa fidélité au président de la République en assurant « urbi et orbi » qu’il ne se présentera pas contre lui en 2019 ?

Va-t-il enfin répéter qu’il ne sera jamais dans l'opposition et qu’il resterait, toujours, un soldat au service de l'Algérie ?

On le saura bientôt !

C. A.

(*) une autre erreur de casting ? Omar Berchiche sur El Watan

Auteur
Cherif Ali