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ENTRETIEN

Akila Lazri : "L’AG constitutive de l’alliance des démocrates algériens de la diaspora aura lieu en septembre"

Akila Lazri est médecin, membre initiateur de l’appel à l’ADDA et également membre des collectifs « ACA » et « Dzayer2.0 ». Elle est aussi membre initiateur de l’appel à la constitution d'une Alliance des Démocrates de la Diaspora algérienne (Adda)

Le Matin d'Algérie : L'Adda se veut une force de proposition autonome dans le mouvement populaire algérien tout en étant partie prenante du Pacte de l’Alternative Démocratique (PAD) signé le 26 juin à Alger par divers formations et acteurs politiques. Comment a émergé cette idée d’une alliance diasporique des démocrates algériens ?

Akila Lazri : Les citoyens algériens de l’étranger ont accompagné le mouvement populaire dès ses prémisses et de manière spontanée. Il a donc été naturel pour nous de réfléchir à la manière avec laquelle nous pourrions à la fois traduire les revendications du peuple sur un plan politique en les rendant plus visibles sur la scène internationale et accompagner de manière constante, fidèle et pérenne la réalisation d’un idéal démocratique revendiqué légitimement par la  rue depuis maintenant 28 semaines.

Pour ce faire, le PAD signé le 26 juin à Alger nous semble être le plus en adéquation avec d’une part le désir d’émancipation politique de notre peuple, et d’une autre part, l’urgence d’une transition démocratique indépendante du régime. L’idée est partie initialement du collectif « Révolution du sourire – Du rejet au projet » qui a réuni les principaux acteurs et organisations de la diaspora activant dans le cadre du mouvement algérien. Ensuite, plusieurs réunions et rencontres ont donné naissance à notre charte de fonctionnement et à l’appel à soutien pour la constitution future d’une alliance des démocrates algériens de la diaspora.

Comment appréciez-vous l’écho de votre appel dans la diaspora ?

Notre appel à constitution d’une alliance démocratique a été accueilli très favorablement comme en témoigne l’adhésion de l’ensemble des collectifs qui activent depuis février sur la place de la République à Paris et dans les autres villes de France ; comme en témoigne également l’adhésion des citoyens algériens résidant en France et dans d’autres pays tels que le Canada, ainsi que les nombreuses personnalités qui ont signé notre appel à soutien.

Les citoyens algériens ancrés dans le tissu social étranger, et plus particulièrement en France, sont fortement demandeurs d’une structure plus organisée qui fasse converger leur besoin de participer activement à une rupture radicale avec le système en place et le changement du système de gouvernance en Algérie, mais aussi de s’atteler au plus vite à la construction d’un État de droit doté d’une démocratie assumée dont notre pays a si soif. 

Il est important de rappeler que ces dernières décennies ont vu notre pays se priver d’un nombre important de son élite. En effet, la décennie noire, le régime totalitaire, le manque de libertés et l’impossibilité d’émancipation ont poussé beaucoup d’Algériens vers un exil forcé. À présent, ces derniers se tiennent prêts à mettre les expertises acquises à l’étranger au service de notre Nation.

Naturellement, les années que les citoyens algériens passent loin de leur patrie ne font que renforcer leur amour, leur patriotisme et leur envie indéfectible de participer à élever l’Algérie au rang des grandes nations de notre temps.

Parmi les initiateurs et les signataires de l’appel à l'Adda, il y a une part assez importante de femmes, ce qui auparavant n’était pas courant dans les actions politiques. Quelle est l’implication des femmes dans cette action ? Comment voyez-vous le rôle et la portée des femmes dans ce mouvement algérien ?

Nul ne peut contester que la révolution du 22 février se soit démarquée par l’adhésion sans concession des femmes qui représentent, rappelons-le, plus de 50 % de la population algérienne. En Algérie, les femmes ont été trop longtemps prises pour soumises aux diktats sociaux et elles sont effectivement sanctionnées par des lois qui les maintiennent dans un statut de mineures à vie. Ces femmes qui dans notre pays représentent plus de 68% des diplômés de l’enseignement supérieur sont aujourd’hui le fer de lance de cette révolution et comptent bien prendre part aux débats publics et aux actions politiques afin de doter notre pays d’un régime démocratique qui garantit l’égalité entre les sexes et les libertés de tous les citoyens indépendamment de l’orientation culturelle, religieuse ou politique. 

Quelles sont les suites que vous prévoyez de donner à votre appel ?

Notre appel est un appel à constitution. Il s’agit d’une démarche inclusive qui accueille tous les acteurs sociaux et politiques qui se reconnaissent dans le projet démocratique et les préalables qui lui sont associés. L’alliance est ouverte, sur la base de sa charte de fonctionnement, à toutes celles et tous ceux qui veulent à quelque niveau que ce soit apporter leur contribution. Nous continuons à travailler de manière régulière et interdisciplinaire afin d’affiner notre analyse et notre positionnement pour être le plus en adéquation avec la rue et pour soutenir et proposer les choix les plus justes pour l’Algérie de demain. L’assemblée générale constitutive de l’alliance des démocrates algériens de la diaspora est d’ailleurs prévue pour la fin septembre.

Qu'attendez-vous de la convention des forces de l'alternative démocratique à laquelle vous voulez vous rendre et qui a été reportée à septembre ? 

Nous membres initiateurs de l’appel à l’Adda condamnons l’interdiction de la convention des forces de l’alternative démocratique par le pouvoir en place, cette convention étant prévue initialement le 31 août et reportée au 9 septembre prochain. Ainsi, tout est fait pour empêcher l’émergence d’une Algérie démocratique, et nous-mêmes, initiateurs de l’appel, avons subi des agressions pour nous empêcher d’aller à la constitution de l’ADDA, ce qui ne nous impressionne pas et renforce notre détermination à concrétiser cette alliance diasporique. Aussi, nous attendons du PAD de relever de l’enjeu démocratique en marche et d’être fidèle aux revendications populaires qui ne souffrent d’aucune ambiguïté quant à la nécessité de rupture et d’émancipation par rapport au système. La sortie de crise doit se faire par une transition démocratique indépendante du régime et elle doit permettre au peuple algérien de devenir constituant et enfin souverain. Pour la première fois de notre histoire, il s’agit de penser notre citoyenneté et d’élaborer un contrat social tel qu’il est désiré par le peuple et pour le peuple.

 

Auteur
M. Aït Kaci 
 

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