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OPINION

La grande Histoire du peuple et les petits calculs des malfrats !

Le mouvement de dissidence populaire (Hirak) est en train d’édifier une nouvelle étape de l’histoire nationale. Une étape de refondation déterminante pour la vie des futures générations de citoyennes et citoyens.

Avançant contre l’adversité d’un système politique rentier, tentaculaire, le mouvement pacifique ne cesse depuis des mois d’adapter sa trajectoire avec intelligence, tout en gardant le cap vers la nouvelle république algérienne.

La mort subite du précédent chef d’état-major Ahmed Gaïd Salah, chef de file autoproclamé du système, ne peut être considérée que comme un épisode parmi tant d’autres parmi toutes les résistances et oppositions au changement radical réclamé par le peuple. 

Deux observations notables du paysage politique après cette disparition inattendue du Général :

  • La libération de la parole des « courageux du 23 décembre » (1) pour monter au créneau et descendre en flamme un général qui a déjà quitté la scène malgré lui.

  • L’apparition de pleureurs et pleureuses professionnelles pour glorifier leur tuteur imaginaire. Ceci n’est pas spécifique à l’Algérie ; il en existe partout de ces adorateurs soudainement orphelins, et les rivières de larmes qui ont coulé à la mort de Staline, Mao, Kim Il Sung, Boumediène... ne sont pas simulées. Ces adorateurs remercient aujourd’hui le général pour ne pas avoir envoyé l’armée pour massacrer son peuple qui manifeste pacifiquement, sans casse ni violence, depuis 10 mois !

Mais l’essentiel est ailleurs, même si cet événement accélère la redistribution des cartes entre les différentes composantes du clan au pouvoir depuis 1962 pour retrouver l’équilibre et continuer la prédation. Ses membres, en planque ou aux affaires, sont tous focalisés et salivent déjà sur le prix du baril de pétrole qui avoisine les 70 dollars. Pour cela, ils soigneront certainement la mise en scène, lors de la nomination du nouveau gouvernement, pour une nouvelle illusion de normalisation. 

Peine perdue. Aucune cosmétique ne fera illusion pour légitimer un système en faillite disqualifié par le peuple dans son immense majorité.

Dans cette étape où se déroule un jeu de massacre en arrière plan entre les différents clans ou sous-clans qui sont sans cesse reconfigurables en fonction des rapports de forces, le peuple algérien devrait garder une seule attitude : se tenir à distance des multiples pièges tendus pour l’impliquer dans les initiatives à venir (concertations, dialogue, négociations, pourparlers, …) dont le seul objectif est la division du mouvement populaire. 

Ce n’est pas avec un président désigné dans un simulacre d’élection avec moins de 10 % de participation, sans aucun observateur étranger crédible ni presse étrangère, ni la présence d’aucun président étranger lors de la cérémonie d’investiture, que le pouvoir pourra s’acheter une crédibilité. 

Aussi, la querelle actuelle sur le prétendu désaccord concernant l’homme à ‘’faire élire’’ (ie. Azeddine Mihoubi)  dans cette farce électorale est révélatrice des mœurs politiques du clan, agissant dans l’obscurité et le grenouillage comme toute association de malfrats.

Le peuple algérien ne doit pas servir de caution au recyclage du système actuellement au bord de l’implosion. 

Le maintien de la mobilisation populaire est une exigence historique, malgré la répression et les coups-bas actuels et à venir (emprisonnements scandaleux, mobilisation de baltagas sur commande, provocations et violence volontaire des services de sécurité, blocus de villes ou de régions, amplification du prétendu danger libyen pour fabriquer ‘’l’union nationale’’ contre l’ennemi extérieur aux frontières, etc.).  

Le Hirak doit maintenir cette position de fermeté sur ses exigences bien connues. Aucune précipitation n’est utile. Il est des exemples dans le monde où la maîtrise de soi  (individuelle ou collective) détermine le cours de l’histoire. 

Le silence de Churchill (2)

Les quelques minutes de silence de Winston Churchill en 1940 ont changé le cours des événements du monde. Churchill était l’homme de la situation qui créa l’alliance internationale qui a battu le nazisme. Pourtant sa nomination comme premier ministre du Royaume-Uni en ce 10 mai 1940 n’était pas du tout acquise.

Churchill, partisan d’une politique de fermeté vis-à-vis d’Hitler, était avec Halifax dans le bureau du roi George VI. Ce dernier devait nommer Halifax, alors chef du parti majoritaire, comme premier ministre, en présence de Churchill, pour faire équipe dans ces temps difficiles de guerre mondiale. Le roi s’exprima : « Je dois nommer un premier ministre, qui dois-je nommer… ? ». Un silence pesant remplit cet immense bureau royal. Pendant que le roi attendait l’accord de Churchill pour acquiescer et valider la nomination de Halifax, Churchill garda le silence pendant plusieurs minutes, sans bouger. Ne tenant plus, lord Halifax finit pas lâcher : « Je pense que vous devriez nommer monsieur Churchill Premier ministre. ». La force de ce silence mis une pression intenable sur Halifax.

Winston Churchill, l’homme qui avait prévenu son peuple par ces mots, à propos de la fermeté vis-à-vis d’Hitler : « Je n'ai rien d'autre à offrir que du sang, de la peine, des larmes et de la sueur », fut nommé premier ministre et conduit son pays et le monde vers la victoire sur le nazisme en 1945.

De cet enseignement, le mouvement de dissidence populaire (Hirak) dispose aujourd’hui des capacités pour s’organiser de façon autonome, suivant la formule qui reste à élaborer par la base et avancer selon son rythme, pour en finir avec le système vieillissant qui continue dans le rafistolage tout en impliquant et discréditant les quelques personnalités et compétences qui pourraient servir de lien avec le Hirak.

Les habitudes de dosages régionalistes et claniques dans le bourbier du néo-FLN de ces derniers jours, par la   nomination du premier ministre notamment, confirment la sénilité politique du système en fin de vie. 

La jeunesse algérienne est prête pour construire un nouveau pays sur des bases saines, un pays de citoyens.

Aomer U Lamara

Notes et liens internet :

(1) Clin d’œil aux ‘’maquisards du 19 mars’’, les faux moudjahids et déserteurs qui avaient rejoint l’ALN après le cessez-le-feu du 19 mars 1962. 

(2) Les trois minutes de silence de Winston Churchill qui ont changé le monde. Il existe une abondante documentation sur le sujet (voir Google). Le silence (ou la non précipitation) comme arme de pression est couramment utilisé dans les techniques de management et de négociation.

Auteur
Aumer U Lamara, physicien, écrivain
 

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