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TRIBUNE

Algérie : « la Guerre des clans » ?

"C’est la guerre des clans, comme toujours !", c’est par cette expression que beaucoup d’Algériens accueillent, avec scepticisme, les multiples arrestations médiatisées des anciens dirigeants du règne de Bouteflika.

Bien évidemment, personne ne croit à la soudaine indépendance de la justice algérienne, couramment désignée par "la justice du téléphone".

Le peuple ne se fait pas d’illusions sur cette indépendance supposée des magistrats, considérés autant corrompus que les politiques et les affairistes appréhendés.

On est donc loin d’une opération mains propres comme celles conduites sous d’autres cieux par des juges intègres (1).

"En Italie, il y a la maffia, en Algérie la mafia a un pays !"

L’expression des années 1970 était semble-t-il exagérée, mais les récentes révélations en vrac, donne la mesure de la prédation systémique ; et ce n’est que la partie visible de la catastrophe, en attendant d’autres interpellations et jugements parmi ceux qui se croient intouchables.

Ce qui dérange dans cette opération soudaine, c’est cette volonté de réduire la pratique de la corruption aux dernières années de Bouteflika. Cette restriction est révélatrice d’une guerre des clans pour le contrôle du pouvoir, en profitant de la dynamique du mouvement citoyen.  

En tout cas, ce n’est pas du tout une réponse prioritaire attendue par les citoyens aux revendications du mouvement populaire.

C’est un fait, il y a corruption généralisée depuis 1962, dès la prise du pouvoir par le clan d’Oujda et le FLN comme parti unique. Qui n’a pas entendu parler des grands affairistes, des hommes à tout faire de Boumediène qui louaient des Boeing pour leurs voyages personnels (Messaoud Zeggar, …), les beaux-parents de Chadli Bendjedid, les généraux affairistes (Betchine, ...).

Il n’y a pas de prescription pour les crimes économiques, comme c’est déjà le cas pour les crimes contre l’humanité. Il faudra donc reprendre les dossiers depuis 1962 et même avant !

Dans une récente déclaration, le ministère de la Défense nationale affirme «disposer de dossiers lourds de corruption».

Cette déclaration pose problème : ils savent depuis longtemps, mais ils se sont tu depuis longtemps. N’est-ce pas un aveu d’impuissance, ou même une forme de complicité ? (2).

Ceci montre que c’est un simple retournement de situation à la faveur du mouvement populaire, que beaucoup désignent par le qualificatif de ‘’contre-révolution’’.

La logique des clans (et de ‘’guerres des clans’’ par conséquence) pourrait alors continuer longtemps si un terme n’est pas mis par la mobilisation populaire pour l’avènement d’un Etat démocratique.

Les faits le montrent chaque jour. La valse actuelle des nominations à des postes de responsabilités, pour remplacer les responsables déchus, ne rassure pas le citoyen : sur quels critères sont choisis ces responsables ? Étonnant que ce soit sur la compétence (à notre connaissance, aucun CV n’a été publié pour impulser des pratiques nouvelles de transparence).

C’est malheureusement toujours l’appartenance clanique, régionale, tribale, ou la fidélité aux nouveaux hommes aujourd’hui aux commandes.

Fidèle à ses habitudes, le système politique algérien recoure ces dernières semaines à des  porte-parole officieux pour promouvoir sa prétendue stratégie, en publiant des articles sur commande. Le résultat est à l’inverse de l’effet souhaité. C’est toujours aussi insipide et peu convaincant que les articles d’antan publiés dans El Moudjahid.

L’armée dans les casernes

La cohésion de l’institution militaire est une garantie de la stabilité et de l’intégrité du pays. Aucune personne censée ne souhaite l’apparition des ‘’seigneurs de guerre’’ à l’afghane ou à la libyenne.

Dans les pays démocratiques respectables, l’armée s’occupe de la défense nationale au côté du peuple ; elle ne se substitue pas aux institutions démocratiques érigées par les citoyens dans une compétition pacifique et pluraliste.

Dans ce contexte de mobilisation pacifique et de débat pour le renouveau national dans une nouvelle République algérienne, l’armée algérienne en sortirait grandie en se limitant strictement à son rôle. Elle n’est pas seule pour cela. Si besoin, il y a 40 millions de soldats pour défendre la patrie (3).

A.U.L

Notes :

(1) En Italie, l’État n’arrive toujours pas à éradiquer la maffia alors que des organisations extrémistes violentes bien organisées, comme les Brigades Rouges, avaient été démantelées en quelques années. Un sociologue Italien disait à propos de la maffia : « pour lutter contre la maffia, le combat est du domaine de la sociologie et non seulement dans celui de la police nationale », les carabiniers.

(2) « Celui qui ne sait pas est un ignorant, mais celui qui sait et qui ne fait rien est un criminel ». Bertolt Brecht, auteur dramatique Allemand, 1898 – 1956.

(3) La suisse, pays neutre et pacifique, est l’un des plus militarisés du monde. Tous les Suisses mâles font leur service militaire, constituent l’armée de réserve, gardent leur armement  de guerre chez eux et font régulièrement des formations militaires (les fameuses ‘’périodes’’). Les dimanches, on n’en entend pas que les vaches dans les campagnes suisses ; on entend aussi le crépitement des armes automatiques des citoyens sur les champs de tir. En quelques heures de mobilisation, des millions de Suisses sont prêts à défendre leur patrie. La Suisse comprend le plus de tireurs d’élite au monde.

Auteur
Aumer U Lamara, écrivain