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REGARD

Algérie : l’argent facile fascine !

«Faut pas jouer au riche quand on n’a pas le sou » Jacques Brel

Une grande comédie dans un théâtre à ciel ouvert où les rôles sont distribués d’avance. Le spectacle est terminé, les rideaux sont levés, les masques tombent. On découvre que les diplômes de l’Etat ne débouchent pas sur des emplois productifs, que le travail de la terre a été enterré, que les usines sont transformées en bazars, que le pays n’est pas gouverné, que nous vivons exclusivement de l’argent du pétrole et du gaz.

A présent, qu’il est rattrapé par la réalité, l’algérien veut d’une part être rétribué par l’Etat pour son allégeance au système et d’autre part être rémunéré par la société pour le service qui lui rend. Le problème est que l’Etat n’a plus les moyens d’acheter la paix sociale et la population ne peut s’en passer des  revenus pétroliers. Aujourd’hui l’Etat et la société se retrouvent le dos au mur. Un Etat virtuel face à une société réelle. 

L’Algérien est resté bloqué à l’âge infantile. L’homme nouveau promis par les dirigeants algériens des années 60 avec une tête d’enfant dans un corps d’adulte. Ayant été traumatisé par la violence du père, l’Algérien de nature attaché viscéralement à la mère, fonctionne plus à l’émotion qu’à la raison.. Il est peu porté à la logique (physique, mathématiques, chimie) et sensible à la bonne parole (religion, radios, télévision).

Une parole qui amuse, distrait, endort et invite aux rêves et à l’évasion. Aujourd’hui que le sein se tarit et que le bras se relâche, la mère s’affole, le père absent qui osera le sevrer ? Il sera aussitôt mordu.

On ne joue pas avec le feu, on risque de se brûler. Le feu prend de toute part et l’eau se raréfie ? « Qui réunit l’eau et le feu, perd l’un des deux » L’argent au le pouvoir ? De quelle légitimité peuvent se prévaloir les fortunes privées en dehors de l’argent du pétrole ? Que vaut la probité d’une élite qui a bâti son pouvoir sur la corruption généralisée de la société ?

Un pouvoir que l’élite s’acquiert sur un peuple au moyen de sa dégradation morale. C’est bien la décadence des mœurs qui fait le lit des régimes autoritaires en terre d’islam sous les quolibets des « gardiens du temple ». Au nom du développement économique, et de la paix sociale, les gouvernements successifs ont dilapidés en toute légalité et en toute impunité les ressources pétrolières et gazières dans le but de se perpétuer au pouvoir.

Mais à quel prix ? Au prix de l’assèchement des puits. Tant pis pour les générations futures, elles n’ont pas participé à la guerre de libération nationale.

L’Etat ce n’est pas un météorite tombé du ciel pour faire le bonheur des hommes sur terre. « Dieu nous donne des bras mais ne construit pas les ponts ».

C’est une invention des hommes, des hommes éclairés, faisant de l’Etat de droit un  substitut à l’autorité de l’église. L’argent du pétrole s’est substitué à la providence divine Il a obtenu la soumission de la population et le soutien des puissances étrangères. Il est devenu incontournable. Il a dilué l’islamisme dans un baril de 150 dollars. Il a calmé les jeunes contaminés par le printemps arabe. Il est à l’origine de toutes les fortunes acquises en dinars et en devises. Il interdit aux gens de travailler sérieusement, d’investir de façon rationnelle ou de produire des biens et services en dehors des sphères que contrôle l’Etat.

Bref, il fait de la politique, de l’économie et de la diplomatie. En deux mots : la pluie et le beau temps.

Auteur
Dr A. Boumezrag