Aller au contenu principal
Body

TRIBUNE

Algérie : le dernier combat anti-colonialiste ?

«Après la libération du pays en 1962, la libération des Algériens en 2019 !». L’expression populaire et son très haut niveau d’inventivité lors des marches pacifiques depuis plus de 6 mois se passe de commentaire.

Le concept de ‘’colonialisme intérieur’’ utilisé par l’opposition (1) au régime de Boumediène dans les années 1970 paraissait excessif tant la phraséologie révolutionnaire et populiste avait anesthésié toute possibilité de faire accepter une analyse objective.

Et pourtant, la prise du pouvoir en 1962 et ce qui s’en est suivi après était, et l’est toujours, tout à fait dans le schéma colonial (2) : l’entrée d’une armée extérieure sur un territoire, la confiscation de tous les pouvoirs, la violence systémique, le monopole de la vie politique (parti unique) et la confiscation des libertés, le contrôle total des riches nationales et de l’économie, enfin la marginalisation de la population locale. 
 
Le colonialisme intérieur ajoute, en plus de la dépossession, le cynisme à l’inacceptable : faire croire au peuple qu’il participe au pouvoir, à la gestion des affaires de son propre pays. C’est une double violence.

Dans ces années de monopole du pouvoir par un groupe clandestin qui a édifié un système politique et ses appareils de reproduction, il est resté toujours non identifié (personne ne savait qui était membre du Conseil de la révolution). Certes, l’absence de richesses méprisantes étalées par les tenants du pouvoir, pouvait faire illusion et faire croire que ‘’ceux d’en haut veulent faire le bonheur du peuple’’. Les dernières décennies ont mis à nu cette illusion et le peuple le constate tous les jours.

Lorsqu’en 2019 le peuple algérien s’est soulevé pour mettre fin à ce système politique, la réponse de ce système est d’une limpide évidence : « c’est la faute d’une bande et ce n’est que depuis les 20 dernières années du règne de Bouteflika». Une façon magistrale de "charger la mule".

Malheureusement, il ne s’agit pas d’une quelconque bande de malfaiteurs, ni d’une minorité, qui règne sans partage depuis 1962. 

C’est un système politique tout entier, qui monopolise l’administration de l’État, avec ses dizaines ou centaines de milliers de membres interchangeables et remplaçables et leur descendance programmée pour gouverner encore des décennies !

Dans l’histoire du monde, nous n’avons jamais vu une auto-décolonisation spontanée, c’est-à-dire le retrait volontaire de ceux qui colonisent un pays (3). 

Toutes sont le fait de la mobilisation de ceux qui sont colonisés. Qu’en est-il des pays qui subissent le colonialisme intérieur ?

Ceux qui détiennent le pouvoir de fait en Algérie (l’armée  et d’autres centres de pouvoir non identifiés) ne font pas la bonne analyse. Il ne s’agit pas de traquer une bande de malfaiteurs (‘’la Issaba’’), même si elle existe, ni de faire tomber un clan qui a ses ramifications dans la société.

Il s’agit "de mettre fin au système politique", comme le répètent les citoyens depuis plus de 6 mois dans toutes les régions du pays. C’est la meilleur façon de terminer, dans l’honneur, la guerre de libération nationale. Du moins, pour ceux qui avaient participé du bon côté. 

Ceux qui détiennent le pouvoir peuvent sortir par le haut en allant au plus tôt dans la bonne direction : écouter les revendications du peuple, c’est aussi simple que cela.

Le peuple algérien a perdu ses illusions depuis longtemps. Il ne compte sur aucune charité de la part du système politique ; il le combat et il construit de jours en jours les moyens pacifiques de sa libération (4).

A. U. L.

Notes et liens :

(1) Voir la Plateforme du FFS de 1978 ‘’Pour une alternative démocratique révolutionnaire’’.

(2) Il existe beaucoup de témoignages de maquisards de l’ALN sur cette période. L’un deux disait sur un plateau TV : « Boumediène avait donné l’ordre de marcher sur Alger quel qu’en soit le prix, ‘’même avec 3 millions de morts’’. Que pouvions-nous faire avec nos petites mitraillettes devant les blindés tout neufs et les grosses mitrailleuses russes ? ».

(3) Il y a quelques exceptions : la dernière tentative de colonisation est l’œuvre d’un pays arabe, l’Irak de Saddam Hussein, lorsqu’il avait envahi le Koweït en 1990. Il a été chassé en janvier 1991 par la coalition internationale menée par les USA. Le Vietnam avait envahi le Cambodge en 1978 pour mettre fin au massacre de la population Khmère par le pouvoir cambodgien des Khmers rouges. L’armée vietnamienne s’est retiré aussitôt la chute des Khmers rouges achevée et la mise en place de la république cambodgienne.

(4) Entre autres initiatives populaires, voir la « Charte citoyenne : pour une Algérie libre et démocratique » du 22/08/2019.
lien : https://www.lematindalgerie.com/avant-projet-de-charte-citoyenne-pour-une-algerie-libre-et-democratique

 

Auteur
Aumer U Lamara, physicien, écrivain.
 

Commentaires

Permalien

Votre contribution fait ressortir le système actuel comme étant le dernier colonialisme à détruire. Oui et non. Le hirak a désigné l'ennemi à abattre :le système. Faut juste remarquer que ce" Système " recouvre autant de sens que de visions POLITICO idéologiques. Pourquoi ? Parce que le Hirak a désigné un ennemi" le système " sans l'identifier avec précision. KATEB Yacine disait" le colonialisme c'est des couches " on a enlever toutes les couches et la dernière est le colonialisme français mais nous reste la plus épaisse le colonialisme arabo musulman
Tant qu'on a des édifices publics portant des NOMS COMME MOUSSA BNOU NOUSSAYR ET OKBA BNOU NAFAA, JE me considere toujours colonisé.
Donc le système c'est quoi ?

Ajouter un commentaire