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TRIBUNE

"Algérie mon amour : "Ces jeunes qui ont mis le doigt sur l'abcès

"Ils ne nous représentent pas", écrivent des internautes suite au documentaire diffusé sur France 5. Un documentaire qui a fait réagir, nerveusement, à la fois pouvoir et internautes contre ce qu'ils appellent ingérence, pour le premier, complot contre le Hirak, pour le second, de désastreuses inventions vieilles de 58 ans et usitées depuis avec violence médiatique et physique.

Que de violences commises par le pouvoir et l'islamisme qui s'attaquait à la liberté et à la pensée: ils se complètent et s'entraident pour défendre et sauver une même matrice idéologique.

Les internautes affirment vouloir protéger le Hirak contre des ennemis et le pouvoir "décidé" à défendre le pays contre des ennemis, les mêmes ennemis ne se trouvant pas au pays mais au-delà de la méditerranée.

 Ce pays, la France pour ne pas la nommer, dans lequel se sont exilés, installés des millions d'algériens pour fuir, non pas le chômage, non pas la faim, non pas la pauvreté, mais la dictature

Certes, ces jeunes ne représentent personne: ils n'ont pas été mandatés, ni délégués, ni élus.

Ils ne se sont pas, mieux encore, présentés comme représentants du Mouvement citoyen né spontanément le 22 février 2019, plutôt le 16 février de la même année après que Bouteflika voulait briguer un énième mandat, un mandat que l'actuel président n'a jamais dénoncé.

Ils ont parlé librement, calmement, sereinement, sans violence, sans haine, sans animosité, mais de manière responsable, consciencieusement.

Mais, plutôt que de s'attaquer à ces jeunes qui ont parlé de leurs rêves, du reste partagés par tous les autres jeunes hormis les islamisés, de la liberté, du conservatisme, des interdits, que ces pourfendeurs s'attaquent à ceux qui vont sur les plateaux de la télévision algérienne, s'appropriant le "Hirak", déclarant que le "Hirak" est fini car ses revendications sont satisfaites.

Qu'ils dénoncent cette constitution qui a osé "constitutionnaliser" le Hirak, ce Hirak qui n'a pas cessé de sortir encore, chaque vendredi, dans les rues algériennes, même et surtout après la fraude du 12 décembre dernier.

Parler de sexualité et de la liberté de la femme serait-il un crime dans un pays où celle-ci ne peut se marier sans tuteur, la polygamie encore autorisée et où les frustrations ont conduit à de graves situations où ces dernières ont négativement influé sur l'équilibre sociétal?

Parler de sexualité serait-il un crime comme si celle-ci n'a jamais constitué un équilibre vital ? Fumer, prendre de l'alcool devient alors le péché capital qui doit mener au bûcher, s'agissant d'une fille dans un pays où le conservatisme religieux agit deux fronts: institutionnel et sociétal.

Sauf trou de mémoire, nous n'avons pas souvenance de slogans sur la vie chère brandis durant les marches de chaque vendredi: il n'y avait que des slogans qui réclamaient le départ du système, un système qui a spolié le citoyen de ses droits et de ses libertés, un système auquel a appartenu Abdelmadjid Tebboune, il était ministre et premier ministre, ce président issu d'une élection qui a eu lieu dans un climat de violence, une élection qui n'a pas eu lieu dans deux régions.

Eh bien, ces jeunes ont dénoncé tout ceci, toute la misère, toutes spoliations à leur manière.

Mais, quel que soit que le camp dans lequel l'on se trouve, c'est, curieusement, la France qui a bon dos pour être accusée de vouloir recoloniser le pays ou aider le pouvoir à rester à la tête de ce pays que des systèmes tyranniques, depuis 1962, ont assujetti jusqu'à le briser et pousser sa jeunesse à mourir en mer en tentant de le fuir dans des barques de fortune.

Une France à laquelle nous ne cessons pas, paradoxalement, de demander des visas, un pays où la femme jouit de tous ses droits et de toutes ses libertés, où la liberté de la presse est inviolable, où on n'emprisonne pas des blogueurs, où toutes ces libertés confisquées dans ce pays fui car "invivable" seront retrouvées.

Quant au contenu du documentaire, adultes que nous sommes, libre à chacun de se faire une idée et de débattre sans insultes, sans haine, sans préjugés, sans parti-pris, et, surtout, sans tomber dans l'éternelle et ruineuse victimisation ou succomber à la théorie du complot, une culture sournoise qui a permis à ce système de rester droit dans ses bottes depuis 1962 malgré de grandes et sanglantes révoltes populaires.

Toutefois, à quelque chose malheur est bon, dit-on. Ces réactions épidermiques ont ceci de positif à savoir que, même unis face à un pouvoir totalitaire, les chemins qui étaient déjà sinueux n'ont pas encore atteint ce dont le rejet a ruiné le pays: la tolérance.

Des réactions qui feront le lit des islamistes et du pouvoir qui savent se rencontrer car complémentaires et solidaires lorsqu'il s'agit de combattre la liberté, la pensée, la réflexion, la critique, la différence.

L'essence, le sens et la portée des critiques, des attaques et des lynchages virtuels odieux qu'ont subis ces jeunes rejoignent l'idéologie conservatrice, hégémonique et misogyne qui a caractérisé le système et l'islamisme.

Des efforts sont indispensables pour comprendre que pour s'émanciper d'une dictature il faudra, au préalable, savoir que toute société qui évolue dans la paix, dans la démocratie, est une société qui a, d'abord, défendu, protégé et enrichi ses différences. Des différences que l'autoritarisme mate et diabolise.

Ce ne sont pas ces interdits et ces musellements qu'on veut imposer à ces jeunes que la rue algérienne dénonce depuis le 22 février 2019?

Il se trouve que sans la liberté un pays ne peut être un état dans le sens moderne, républicain, respectueux et respectable, mais une entité géographique, tout au plus.

N'avons-nous pas appris que ce qui dérange une oppression ne peut qu'arranger, ne peut que convenir à l'opprimé?

Auteur
Achour Boufetta