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REGARD

Algérie : Un seul "héros", le peuple ? Plusieurs zéros, les "politiques" ?

Le peuple algérien donne chaque vendredi une leçon de citoyenneté et d'amour du pays aux politiques et gouvernants.

"Notre jeunesse a fait la révolution, mais ce sont les vieux partisans qui en ont tiré tout le profit", Amor Abassi

L’histoire nous apprend que « L’indépendance est comme un pont. Au départ, personne n’en veut, à l’arrivée, tout le monde l’emprunte ». L’enjeu des « parvenus de l’indépendance » réside dans la maîtrise de l’appareil de l’Etat par le biais d’une main mise sur les centres principaux d’allocation des ressources. L’accès au pouvoir est une source d’enrichissement personnel. C’est ainsi que les positions de pouvoir et les positions d’enrichissement se rejoignent et se consolident. Les personnes riches sont puissantes, les puissants sont riches.

se trouve en présence d’une classe dominante qui vivant de l’Etat n’a pas le sens de l’Etat mais seulement de celui de ses intérêts.  En effet, dans une économie dominée par la rente ou par l'endettement, l'Etat est d'abord et avant tout intéressé par le développement et la reproduction du pouvoir. Mais dans la mesure où la classe au pouvoir est celle qui détient le pouvoir économique, la politique tend en partie à perpétuer ses avantages et à consolider sa position.

Pour ce faire, les dirigeants monopolisèrent tous les outils étatiques à leur profit tout en garantissant à la population un minimum vital rendu possible par la disponibilité toute relative d’une rente énergétique et en faisant croire au peuple que la providence se trouve au sommet de l’Etat et non dans le sous-sol saharien ; les algériens se sont prêtés au jeu et se sont mis à applaudir des deux mains les « acquis de la révolution » abandonnant champs et usines pour chanter les louanges du « chef ». Ce minimum vital est la rançon du pouvoir et il en est conscient.

D’un autre côté, de quel respect peut-il se prévaloir un peuple qui troque sa dignité pour quelques pièces de monnaie, c'est-à-dire l’équivalent d’une baguette de pain et d’un sachet de lait importés ? S’est-il mobilisé pour réclamer du travail et des emplois productifs durables ?

Depuis l’indépendance a-t-il retroussé ses manches et décidé enfin de se mettre au travail sans avoir le colon sur le dos ou s’est-il contenté d’ouvrir la bouche et d’applaudir des deux mains ses nouveaux maîtres ? Si les colons l’ont exploité, les nationaux ne l’ont-ils pas aliéné ?

Quant aux puissances européennes, leur problème en vérité  est de savoir si un système de domination entièrement fondé sur les profits sera en mesure de procurer un minimum d’alimentation aux populations locales du moins pour prévenir tout bouleversement violent susceptible de mettre en péril les intérêts des firmes occidentales et l’accélération des flux migratoires vers le sud de l’Europe. Il est vital pour l’Europe de développer les économies nord-africaines afin de dresser un barrage naturel à l’invasion de leur sol par les populations.

La dictature militaire a perdu ses vertus, la démocratie est la voie royale vers progrès. L’absence d’autorité légitime maintient le niveau de productivité à son niveau de plus bas. Bilan de cinquante ans d’indépendance : on se retrouve devant un régime politique corrosif qui respire le gaz et se nourrit du pétrole faisant de ses sujets des tubes digestifs explosifs.

Evidemment quand la ruse plane sur les hauteurs de l’Etat, l’intelligence rase les murs au bas de l’échelle. La ruse bien que nécessaire en temps de guerre, dans la phase construction d’un pays, c’est l’intelligence qui doit prendre le relais. Comment est-on arrivé là ? La raison est simple, dans un Etat de droit, les gouvernants sont considérés comme des hommes ordinaires, ils doivent se soumettre à la loi au même titre que n’importe quel citoyen.

Dans une dictature, une personne ou un groupe se placent au-dessus de la constitution, des lois et des institutions, et exercent tous les pouvoirs de façon absolue. En subissant le règne des personnes au lieu et place du règne des lois, le citoyen se trouve privé de toute liberté et de toute perspective. Hier « indigène » de l’Etat colonial français, aujourd’hui « indigent » de l’Etat national algérien. Le peuple se prête à toutes les manipulations. Laboratoire d’expérimentations de toutes les idéologies matérialistes, l’Algérie a fait la preuve vivante de leur inefficacité.

La révolution algérienne qui a démarré avec la mort d’un instituteur français tué par le FLN dans les Aurès s’est terminée avec l’assassinat d’un instituteur algérien par l’OAS en Kabylie. C’est là tout un symbole qu’il va falloir décrypter un jour. L’école républicaine française produit des individus citoyens dotés d’un libre arbitre, animés d’une rationalité cartésienne,  et accumulant des connaissances universelles.

L’école algérienne imbibée d’idéologie religieuse importée du moyen orient, forme des sujets obéissants, malléables et manipulables à volonté, soumis « corps et âme » à l’autorité de l’Etat à qui l’individu doit tout au prix de la perte de sa dignité et dans certains cas de son honneur. La mort du savoir a donné naissance à l’amour de l’avoir. C’est le primat de l’émotion sur la raison, le paranormal sur le normal. « L’être » se cache derrière le « paraître » et le « jeu » derrière « le nous ». Du « tous pourris au tous pour rien » et la vie continue …

Auteur
Dr A. Boumezrag
 

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