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DEBAT

Ali Mebroukine, le couteau suisse du régime

Certains sont polyglottes, d’autres sont polygames, le Professeur Ali Mebroukine est pluridisciplinaire. Comme un couteau suisse, il y a toujours une lame, un tire-bouchon ou un décapsuleur pour le service du régime militaire. Déclaré grand maître du droit et de la constitution algérienne, le voilà en grand économiste de la nation à Alger chaîne 3.

J’ai été stupéfait, ce lundi matin, en lisant une information. Et pourtant, avec le douctour Mebroukine, plus rien ne devrait m’étonner. Avec lui nous avons dépassé les limites humaines des courbettes et des compromissions, nous étions déjà bien au-delà. Et pourtant, j’ai été stupéfait, ce matin.

Sa spécialité universitaire, grand maître du droit pénal des affaires. C’est déjà une énorme clownerie pour ce spécialiste dont on a jamais entendu une seule parole sur les sanctions pénales des affaires des généraux et des milliardaires offshore. 

Puis, le voilà reconverti en constitutionnaliste du pouvoir. La constitution algérienne, il ne la défend pas seulement, il en fait un monument national, un chant à la patrie. Et vous vous imaginez bien que lors du projet de révision du texte, il fut à la première place pour la chorale des dévots.

Eh bien le voici aujourd’hui, consacré le plus grand économiste d’Algérie comme on disait de Raymond Barre pour la France. Lors de l’émission « L’invité de la rédaction » de la chaîne 3, autre média d’opposition, sa déclaration est reprise le 14 juin sous le titre « Le Professeur Mebroukine prévoit une croissance économique à partir de 2022 ».

Bien entendu, le grand Professeur (avec une majuscule comme le font certains médias), se base sur les données de la très impartiale direction de la prospective du ministère de l’économie et des finances algérien. Celle qui nous promet prospérité et développement pour tous, depuis un demi-siècle.

Le régime militaire a besoin d’un constitutionnaliste, il accourt. Il recherche un économiste pour communiquer au peuple la bonne santé du pays, il enfile sa tenue et, hop, prêt à l’emploi. Ali Mebroukine est un couteau suisse, il sert à tout, il est l’arme de communication de la république qu’il dit être démocratique. 

Vous allez voir que lorsqu’il s’agira d’annoncer les pluies bénéfiques pour l’agriculture et le soleil salutaire pour le retour après une période difficile, il sera proclamé météorologue.

Lorsqu’il s’agira d’annoncer la victoire du régime sur le virus, il sera immunologue, aux côtés de son grand ami, scientifique de renom, le professeur Bonatiro que toutes les universités du monde veulent nous arracher.

Hélas, lorsqu’il fallait accourir pour la maladie de Tebboune, le grand médecin Ali Mebroukine  était souffrant. Il n’a pu être Ambroise Paré qui accourut au chevet d’Henri II pour tenter de le sauver. Le malheureux souverain du XVI ème siècle n’avait pas les médecins allemands pour contourner l’absence de notre éminent douctour algérien.

Monsieur Ali Mebroukine, il faut arrêter vos pitreries. La seconde république en a suffisamment sur vous pour votre procès, pas la peine de faire du zèle. Il vous sera difficile de jouer le rôle du plus grand prévenu judiciaire d’Algérie. En ce domaine, vous avez des maîtres pour cette place, vos employeurs de toutes vos immenses compétences à leur service.

Hélas pour vous, le couteau suisse n’est pas fait pour ouvrir les cellules. Sauf si vous vous convertissez en serrurier. 

Mais on ne sait jamais car avec vous, le transformisme disciplinaire est un art.

Auteur
Boumediene Sid Lakhdar, enseignant