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TRIBUNE

Après l’arrestation de Saïd Bouteflika, des généraux Toufik et Tartag: l’armée doit lancer le dialogue

Nous n’avons eu de cesse, notamment dans ces colonnes, depuis le début du Hirak, d’expliquer à l’opinion publique que l’État-major était en phase  avec la population et qu’elle n’était nullement le garant de l’ordre mafieux incarné par Abdelaziz Bouteflika et sa fratrie.

Nous avons toujours dit que l’alliance a priori contre-nature nouée entre le frère cadet de l’ancien Président de la République et l’ex-patron du défunt DRS avait pour objectif de perpétuer la mainmise par le régime sur l’ensemble des richesses et du patrimoine de ce pays, en soumettant les Algériens à un statut comparable à celui de l’Indigénat, de triste mémoire, conçu par l’ordre colonial pour subvertir l’identité de l’Algérie et la fierté de son peuple.

Une institution militaire au service exclusif du pays et de son peuple

La mise hors d’état de nuire de Saïd Bouteflika, Mohamed Lamine Médiène et Bachir Tartag que nous avons recommandée au Chef d’état-major¹ afin qu’il puisse se redonner une totale marge de manœuvre, constitue une délivrance pour tout le pays et porte la promesse d’un avenir meilleur pour les Algériens en termes de droits et de libertés.

Il appartient maintenant au Hirak de prendre ses responsabilités et d’entamer un dialogue avec l’État-major, dans la mesure où le « dégagisme » n’est pas un projet de société et où toutes les transitions qui se sont effectuées dans le monde, tout au long du XXe siècle, ont fait se rencontrer ceux qui doivent quitter le pouvoir et leurs successeurs présomptifs.

Toutefois, la situation de l’Algérie est particulière, en ce sens que l’Armée est l’institution qui est appelée à garantir le succès de la transition, ce qui exclut donc l’hypothèse de son départ, comme se sont risquées à le suggérer quelques personnalités politiques, au demeurant respectables. Il faut, au contraire, prier l’institution militaire d’accompagner le changement et d’en être partie prenante.

En politique, il est important de faire preuve de sagesse et de maturité et de ne pas entretenir les populations algériennes dans de nouvelles illusions qui seront plus cruelles que les précédentes. L’Armée algérienne n’est ni une armée de prétoriens ni une armée de miliciens ni une armée de mercenaires. C’est une armée populaire dont la composante majoritaire émane de l’Algérie profonde. Ceux qui en doutent n’ont qu’à vérifier l’origine sociale des élèves de l’École Militaire Polytechnique (ex-ENITA) ou celle des officiers sortis de l’Académie militaire interarmes de Cherchell. Tous et toutes (car il y a de plus en plus de femmes) sont issus des catégories sociales modestes ou des couches inférieures et intermédiaires de la classe moyenne.

Les crimes commis par la bande des trois    

L’arrestation de la bande des trois est un événement considérable. Le frère cadet de l’ancien Président de la République est responsable, notamment à partir de 2013 de la faillite économique et financière de l’Algérie et de la déstabilisation de la haute fonction publique.

L’ancien n°1 du ci-devant DRS, porte, autant que l’ancien Président de la République qui n’est ni un véritable algérien ni un authentique marocain, ni un combattant de l’ALN puisqu’il ignore l’odeur de la poudre, le poids des impérities du régime. C’est Médiène  qui a adoubé (sous l’influence d’un autre fossoyeur de l’Algérie, Larbi Belkheir dont il fut une des créatures) la candidature d’Abdelaziz Bouteflika en 1999, laquelle fut encouragée et relayée de l’extérieur de nos frontières.

C’est lui qui planta un coup de poignard dans le dos d’Ali Benflis en 2004, après lui avoir fait croire que Bouteflika ne sera pas le candidat de l’Armée pour un second mandat. C’est lui qui a entériné le projet de révision constitutionnelle de novembre 2008 supprimant la limitation des mandats pour la Présidence de la République, c’est lui qui a provoqué les graves événements de Tiguentourine en 2013 , créé la psychose au cœur du Mzab et, depuis 2015, comploté contre l’État-major pour affaiblir l’institution militaire et même la faire voler en éclats pour libérer la voie à de nouveaux apprentis sorciers.

Tout au long de la tragédie nationale, Mohamed Lamine Médiène, Smaïl Lamari et Bachir Tartag ont fait disparaître des milliers d’Algériens dont tous n’étaient pas, il s’en faut de beaucoup, des sympathisants de la cause islamiste. Au regard du droit international général, ils ont commis des crimes contre la paix, des crimes  contre l’humanité et des crimes de guerre.

Dans la Constitution algérienne, le droit international est supérieur à l’ensemble des lois internes, quel que soit le niveau où elles sont placées dans la hiérarchie des normes, tant est si bien que les lois sur la concorde civile ne sauraient protéger cette engeance dont les crimes sont imprescriptibles au regard des règles du droit international auxquelles l’Algérie a adhéré.

Last but not least, le Général Mediène a durant 25 ans de règne, à la tête du DRS, distribué des centaines de milliards de DA  à des clientèles parasitaires et nuisibles contribuant ainsi largement à la création des difficultés financières énormes que connaît le pays et qu’il continuera d’affronter pendant encore de longues années.

L’État-major, garant du succès de la transition démocratique

La mise à l’écart de ces ennemis de l’Algérie restitue désormais au chef d’État-major et au Haut Commandement Militaire leur libre arbitre². En face, il y a un Hirak qui doit se donner des structures appropriées et choisir ses représentants pour entamer rapidement des négociations devant aboutir à une période  de transition. Mais c’est avec l’Armée et certainement pas sans elle que la transition revendiquée peut déboucher sur la mise en place d’un Etat de droit, ensuite sur une démocratie représentative dont il n’est pas inutile de rappeler, ici, que son modèle occidental est en crise depuis plusieurs années déjà.

Ali M.

Notes

  1. Non seulement le Général Ahmed Gaid Salah est un moudjahid de la première heure. Il ne fait pas partie des généraux janviéristes (ceux qui ont interrompu le processus électoral le 11 janvier 1992) et son rôle durant la tragédie nationale a consisté à défendre les populations civiles contre les actes terroristes.

  2. L’État-major de l’ANP est profondément solidaire et uni. Tous les chefs de région, les chefs d’état-major des six régions, les commandants des forces  terrestres, navales et aériennes, les directeurs centraux du MDN, ainsi que l’ensemble de l’appareil sécuritaire constituent un ensemble indissociable uni derrière Ahmed Gaïd Salah. Toute supputation sur l’existence d’éventuelles fractures au sein de l’État-major serait inepte.  

Auteur
Ali Mebroukine, professeur de droit et militant démocrate