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ARTS PLASTIQUES

Arezki Metref, un peintre nous est né

«La peinture est une poésie silencieuse et la poésie une peinture qui parle.» Simonide de Céos (-556/-467)

Un peintre nous est né et il s’appelle Arezki Metref. Il s’agit bien du poète, du nouvelliste, du romancier, du chroniqueur que tout le monde connaît à ces différents titres. Écriture et peinture sont les deux faces d’une même pièce, celle de ces arts expressifs que nous offre généreusement Arezki Metref.

Voilà que cet écrivain, qui nous a tellement habitué à une écriture riche en thèmes, nous fait don de ses fantasmes peints. Les différents moyens d’expression ne sont pour lui que les résultats de sa vision de la vie. Ils s’entraident, se mettent ensemble pour suivre le même cheminement, unissent leurs efforts et se complètent. Il arrive aussi, suivant le point de vue sous lequel on se place, de détecter qu’une figure représentée dans un coin du tableau apporte une touche de légèreté à une figure rencontrée dans une nouvelle. Ou que le sujet du tableau soit lui-même un personnage d’une nouvelle.

Le rapprochement de la peinture scripturale et de l’écriture peinte grandit dans ce monde duel qui le fixe à l’intérieur d’un espace double.

Parce que les problèmes d’espace avec lesquels l’écrivain bataille se posent avec la même perception au peintre — celui du détail. Au lieu de décrire un personnage avec force mots en tant que narrateur, le peintre doit se projeter dans la toile ou sur le papier journal pour peindre ces formes qui sont nées dans son esprit.

C’est comme cela qu’il peint sur des supports divers comme cette énorme feuille détachée du bloc-notes ou sur cette page arrachée à un quotidien. Il ne limite pas l’intolérance géométrique de l’armature sur laquelle il s’appuie, il nous donne à voir des figures à travers une fenêtre fluctuante et indéterminable. C’est à travers cette ouverture que notre regard croise celui du peintre et resserre le volume comme on condense une vue sur l’essentiel.

La déclinaison que le tableau nous offre nous rend plus sensible aux couleurs et au jeté de ces mêmes couleurs en un fouillis abstrait et gigantesque.

Les tableaux d’Arezki Metref sont truculents puisque peints avec des nuances, certes, mais surtout avec des ocres argileux, des lignes chamboulées, des arabesques explosées et exubérantes. Le peintre va du blanc au jaune puis à l’orange avec une sobriété et une rusticité qui relèvent les couleurs. Ici et là, des vagues, des fulgurations, un seuil, une immobilité, une vision qui alertent l’œil et nous donnent la certitude d’assister à la naissance d’un peintre. Et de quel peintre !

Auteur
Kamel Bencheikh, écrivain