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REGARD

Armée - manifestants : le dialogue de sourds

Il est évident que les failles de toute la machinerie politique du «Système» se dévoilent au grand jour. Les louanges dont beaucoup de membres de la nomenklatura abusent pour répéter le mot «fakhamatouhou», ont subitement laissé un grand vide dans le lexique dithyrambique de tous ceux qui prennent d’habitude les micros pour parler au nom du peuple.

Ce peuple oublié qui rejaillit et sort définitivement de sa torpeur pour poser ses conditions à ceux qui l’ont maltraité et humilié. Une chose est sûre, le clan Bouteflika appartient au passé, aux «souvenirs de l’époque du Cachir», comme se plaisent à le qualifier nombre de mes compatriotes sur les réseaux sociaux.

La chaîne étatique ouvre même le journal télévisé sur les sorties de terrain de Gaïd Salah, le faiseur de la pluie et du beau temps en Algérie, ces derniers temps.

Celui-ci se plaît à regarder au loin dans ses jumelles comme cherchant quelque part un avenir aux quarante millions d’Algériens accrochés à ses basques, à faire la tournée des casernes et des régiments, à assister aux exercices et aux manœuvres des forces militaires, à s'initier à une sorte de démonstration de muscles de la grande muette.

Cette dernière est devenue, au demeurant, comme par enchantement, trop bavarde, chez nous. Quel contraste dans cette Algérie de 2019 ! Les militaires qui ont disparu de la scène pendant environ vingt ans, à cause justement de «la conquête jupitérienne» de Bouteflika de la galaxie médiatico-diplomatico-politique, reprennent du poil de la bête et rythment désormais le quotidien des Algériens.

D’ailleurs, les nôtres épient à la fin de chaque vendredi la moindre allusion à leur Mouvement populaire dans le discours du chef d'Etat-major, le président par procuration du pays. Tel un père de famille, parti au turbin, loin des siens, mais tenant à gérer les affaires de la maison à distance, ce dernier avertit certains, donne des cartons rouges pour d’autres, fait arrêter beaucoup, via une justice qui n’a malheureusement de justice que le nom.

Cette maison-Algérie est, aujourd’hui, dans l'attente de ses ordres, pour savoir là où il faut aller et comment faire pour y parvenir. Qui osera dire «non» à la loi du képi et aux bruits des godasses ? A part un fou, personne ne s'y aventurera sans doute ! Les jours passent vite et les semaines s'accélèrent, mais la situation reste toujours la même pour les nôtres.

Le général est toujours là, en treillis, à inspecter les casernes, à superviser des opérations et des manœuvres, à réciter ses discours qui se ressemblent tous alors que le petit-peuple attend de pied ferme qu'il bouge sa tête ou son doigt, pour dire : «ça y est les gars ! Arrêtez votre cirque et donnez un peu d’espoir à ce peuple de braves». Pas question ! Le chef d’État major tergiverse et continue tranquillement son soliloque. Il semble avoir appris par cœur cet aphorisme de Jean Cocteau «un général ne se rend jamais, même à l’évidence!».

Mais est-ce une consigne qui ne sera jamais changée ?

Auteur
Kamal Guerroua
 

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