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DECRYPTAGE

Assets d’Anadarko : pourquoi cette cession n’est pas une affaire banale

Mohamed Arkab, ministre de l'Energie.

Elle n’est pas non plus une session ordinaire comme le laissent entendre de nombreux experts chacun dans son domaine et encore moins une «mandeba» qui résulte d’un «Far Miet ».

Il s’agit bien d’un affront que vient d’essuyer la Sonatrach et à travers elle toute la nation algérienne de la part de son partenaire Anadarko qui s’est engraissé en Algérie et s’est montré ingrat à deux reprises. La première pour avoir extorqué 4 milliards de dollars dans un procès que cette multinationale lui a intenté pour la Taxe sur le Profit Exceptionnel (TPE) et refusé ainsi toute voie amiable. La deuxième fois est son comportement contre toute éthique commerciale pour avoir négocié, voire « menti » à son partenaire en pactisant en catimini la cession de ces actifs sans l’en informer au préalable comme le stipulaient clairement les textes contractuels.

En effet, il n’y a ni formules contractuelles particulières comme le « right of the first offer» ni le «right of the first refusal», mais la cession des actifs au tiers pour un partenaire dans le cadre d’une association de partage de production conformément à la loi 86-14 modifiée et complétée est clairement «légiférer» et le droit de préemption y est bien spécifié et reste indiscutable.

Donc, le faire valoir ouvertement comme a fait le ministre de l’énergie n’est en aucun cas une « maladresse » mais c’est de cette façon et uniquement celle là que la française Total s’est rendue compte que la crise que connaît actuellement l’Algérie n’empêche pas les responsables du système de gouvernance d’être vigilants contre toutes les cachotteries qui se trament derrière son dos. Cette affaire justement que ce soit de la part de Total ou d’Anadarko en est une par excellence.

Le ministre de l’Energie, Mohamed Arkab, n’est pas seul dans son ministère mais il y a toute une équipe dont la majorité c’est des patriotes qui ne se laissent pas faire facilement.

Donc ce que « certains » ont appelé un « rétropédalage» du ministre n’est en fait qu’une réponse « politiquement correcte » au partenaire français qui est allé « pleurnicher » à sa diplomatie comme il le fait d’habitude. Pourquoi ? Les propos du ministre de l’Energie ont été mal interprétés car «faire valoir son droit de préemption » ne visait pas spécialement l’entreprise française avec laquelle la Sonatrach et, partant l’Algérie n’a rien à voir.

L’expression utilisée par la presse, notamment française et ses portes voix en Algérie «bloquer Total» n’est qu’une  lecture des conséquences de l’application du droit de préemption pour les actifs d’Anadarko « en Algérie ». Elle n’a en conséquence que faire du Mozambique et encore moins de l’Afrique du Sud. C’est le géant français qui a paniqué à ces déclarations officielles du ministre de l’énergie Algérien et donc par la même occasion a fait de même pour la diplomatie de son pays.

Le PDG de Total, Patrick Pouyanné est venu le jeudi 30 mai en espérant voir directement le premier ministre qui n’était pas en Algérie, il a été reçu au siège du ministère de l’énergie par le ministre lui-même en présence du nouveau PDG de Sonatrach. Le français les a trouvé, selon des indiscrétions tout à fait à l’aise pour lui faire d’abord comprendre que cette affaire si elle touche Total par ricochet, elle concerne en premier lieu notre associé Anadarko qui est tenu de nous donner des explications qui lui ont été formellement demandées sans réponse à ce jour.

Ils ont passé à l‘occasion en revue tous les accords avec la française qui restent intacts «il n’y a eu aucun accord »sur la cession que la française compte acquérir comme le laisse entendre la presse française et ses satellites sur place pour sans doute apaiser la situation et faire taire l’ardeur des Algériens sur le sujet. La même presse analyse que Patrick Pouyanné est reparti « bredouille » car il était venu pour quelque chose qui n’était de ses prérogatives «celles d’intervenir pour faciliter cette acquisition». Non, il n’avait pas à le faire car la partie Algérienne attend toujours avec insistance la réponse de son partenaire américain.

Il faut préciser aussi que la partie algérienne a tous les avantages en sa faveur pour la récupération à 100% des actifs d’Anadarko pour une simple raison que l’ensemble des installations dans cette association sont exploitées par du personnel détaché par Sonatrach. Ce qui reste pour les équipes de Sonatrach et celle de sa tutelle est l’évaluation exacte des actifs physique que détient  cette américaine en Algérie.

En général, les multinationales jonglent avec leurs réserves. Elles les déclassent pour payer moins d’impôts et elles les gonflent pour augmenter le prix de leurs actions. On se rappelle le scandale de Shell qui a vu la démission Philip Watts, et son directeur de l'exploration et de la production, Walter Van de Vijver.

Pour Anadarko qui situe ses actifs autours de 500 millions de barils sans doute pour tirer le maximum, les équipes de notre ministère les estiment à beaucoup moins voire la moitié puisque des réserves d’origine, l’américaine en a produit plus que 50%. Dans 30 mois, d’ici 2022, l’ensemble des installations reviennent à Sonatrach, tout est donc une question de calcul de rentabilité.

Lorsque les choses se préciseront avec la concernée, ce dossier sera examiné en toute quiétude sans passion dans son aspect purement économique en mettant dans l’équation une contrainte qui assurera une dispersion partenariale de manière d’éviter leurs influences quelqu’en soient leurs formes afin de permettre à notre mastodonte de rester toujours majoritaire non seulement dans la production des hydrocarbures mais aussi dans la prise de décision.                                                                                                                                 

Conclusion

Ce que les médias français ont qualifié «d’affaire du siècle » pour leur mastodonte pourrait se transformer en un scandale du siècle car la partie algérienne n’a pas encore fini avec son partenaire américain. Des indiscrétions laissent fuiter qu’Anadarko gonflait artificiellement  son cost oil durant toutes ses années d’exploitation des gisements où elle est en partage de production avec Sonatrach.

De cette façon, elle réduisait sa base fiscale pour payer moins d’impôts et détournait une partie du profit oil de son partenaire. Si une enquête confirme sa malhonnêteté dans les factures qu’elle présente, Sonatrach pourrait récupérer plusieurs milliards de dollars sans compter les dommages et intérêts. Auquel cas ces texans  plient bagages tout de suite en cédant ses parts à Sonatrach non seulement en Algérie mais aussi au Mozambique et en Afrique du Sud sans coûter un dollar au trésor Algérien. Ce sera une leçon que cette multinationale méditera toute son existence de la part des « indigènes » algériens.  

Auteur
Rabah Reghis