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REGARD

Au-delà de la haine

Souvent, lorsqu’on décide de changer une organisation qui fonctionne bien, c’est qu’on veut la casser. S’il est normal d’introduire du changement, il est contreproductif de se considérer seul porteur de bonnes paroles.

On peut penser "qu'une bonne réforme, ça se dialogue et ça se négocie", affirmer qu'il est "difficile de gouverner à la trique", ou déclarer "qu'il ne faut pas attaquer tous les problèmes à la fois". La question est : qui décide qu'une réforme est nécessaire ? Le désenchantement est salutaire quand l'Etat ne tient pas le peuple dans les mailles de son filet.

Faut-il rappeler cette sentence d'Adolf Hitler qui déclarait " Quelle chance pour les gouvernements que les hommes ne réfléchissent pas" !

L’Algérie est attirante et agréable à regarder. Comme une belle femme gâtée par la Nature, elle a fait tourner la tête à beaucoup d’hommes ; mais elle s’est mariée avec un impuissant, prétendant la gouverner, sans lui offrir ce qu’elle désirait. Comme beaucoup de femmes belles, elle s’est rebellée et a décidé de se construire avec ses propres gisements pour retrouver sa liberté.

Cette Algérie devra apprendre à ses dirigeants à lui reconnaître des compétences autres que celles de la cooptation et des citadelles ouvertes aux seuls favoris. Ce sera l'orgueil d'un pouvoir d'installer dans les rouages de l'Etat le règne de la transparence, de l'écoute et de la critique constructive pour interdire passe-droits et privilèges indus.

Je dis bien critique constructive, car il est important de proposer des idées concrètes, et ces idées doivent remonter de la base.

Léonard de Vinci écrivait : « Savoir n’est pas suffisant, nous devons appliquer. Être prêt n’est pas assez, nous devons agir ». Il est essentiel de répondre par l’action.

Hélas, le pouvoir est miné par des incompétents et des suffisants, dont le rôle est de dissimuler, omettre ; tapant avec ténacité sur l’avenir du pays, à travers la supercherie. Un seul postulat devrait régir le service de l’Etat : travailler à la prospérité, au bien-être mérité ; travailler pour ne plus douter et que nul n'ait la prétention de dicter un destin.

Des hommes intègres, authentiques, sincères et compétents, ça existe ! Ils ne sont pas en quête de récompense. Juste de reconnaissance. La tâche n'est pas aisée. Il faut se méfier des opérations simplistes. Pour reprendre le philosophe Gaston Bachelard, il n'y a jamais du simple, il n'y a que du simplifié ! Les simplifications si elles sont aisées, n'en sont que plus trompeuses.

Le Hirak, par exemple, s’est inscrit dans l’histoire politique du pays, dans sa continuité ; il est une réappropriation de l’Histoire. Le Hirak s’est libéré du formatage du passé, des contraintes des générations précédentes. Dès lors, le discours politique ne saurait être un discours de haine, de dénégation et de destruction massives.

Eviter la justice de l’entre-soi. Si la politique est action de compromis, ça ne veut pas dire qu’il faille se compromettre. La compromission ne se fait ni avec les criminels, ni avec les extrémistes, ni avec ceux qui se prennent pour des prophètes.

Si le système veut éviter l’arrivée de nouveaux acteurs, le Hirak, lui, veut faire table rase de la soumission. Il démontre aussi que le schéma colonial domine encore beaucoup d’esprits. Copier le mode opératoire de l’ex-puissance coloniale est restée malheureusement une pratique ancrée dans des esprits colonisés. On a certes besoin d’un récit national, mais pas de mythologie et de légendes. Hélas, l’indigénat est encore là.

O.B

Auteur
Omar Benbekhti