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PUBLICATION

"Dr. Knox" : autour des bas-fonds

« J’avais déjà soigné auparavant un bon nombre de sans-abri d’aujourd’hui, certains sous des noms différents. Au fil du temps, j’avais appris qu’il n’y avait pas de raison particulière à ces pseudonymes. Leurs anciens noms ne convenaient tout simplement plus, ou avaient été oubliés, ou ne pouvaient supporter le poids d’une autre histoire. » Dr. Knox, Peter Spiegelman

La cité des anges, la côte ouest des États-Unis, Hollywood, le pont du Golden gate, les immenses voitures américaines et les cocotiers qui bordent les larges avenues de Los Angeles, voilà une carte postale connue et reconnue même par ceux qui, comme moi, n’ont jamais posé les pieds en Californie.

Au verso de cette image d’Épinal, des cités lépreuses et sordides dans lesquels vivent des êtres qui ressemblent à des femmes et à des hommes mais qui sont d’une qualité nettement inférieure. Trafiquants de drogue, laissés-pour-compte, ivrognes invétérés, putes, mexicanos clandestins, sans-abri, sinistrés… Ils se maintiennent difficilement au niveau de l’humanité et subsistent tant bien que mal, en multitude taiseuse.

Cette évidence, Peter Spiegelman n’est pas supposé en avoir connaissance. Ayant travaillé à Wall Street dans la bourse new-yorkaise, il a vécu comme un nabab en récoltant des sommes faramineuses. À défaut de se pavaner dans immenses appartements de Manhattan, il a décidé de se jeter dans la gueule du loup et de mettre son nom sur la couverture de livres policiers.

En réalité, Spiegelman n’est jamais tombé dans le panneau, il a toujours détecté la souillure sous les ors de la bourse de New York. Il a commencé à écrire sur les milieux des banques et des milliardaires de cette mégapole avant de se tourner vers Los Angeles et ses décharges et ses bourbiers dans lesquels pataugent des êtres vaguement humains.

Dans Dr. Knox, les super riches et les misérables ont des pensées similaires qui se télescopent, la corruption touche indifféremment les uns et les autres pour des raisons différentes. Les milords et les arsouilles sont aussi indélicats les uns que les autres. Le maquignonnage des êtres humains se porte bien. Le docteur Knox rafistole la misère autant qu’il peut le faire. Il remet sur pieds des puissants contre des sommes faramineuses pour pouvoir s’occuper gracieusement des moins puissants, payer les salaires de ses employés et le loyer de sa clinique.

Tout roule magnifiquement bien jusqu’au jour où une roumaine lui laisse un enfant qui sort d’une réaction allergique. C’est à la suite de cet épisode que des pontes d’une mafia russe surgissent dans le décor pour obliger le médecin et son garde du corps, un vétéran des forces spéciales, à plonger dans les marécages de la racaille de la cité des anges. Ils sont nauséabonds et putrides.

L’auteur détruit les images paradisiaques que les publicitaires payés par la mairie ou le syndicat d’initiatives de la Californie mettent sur tous les supports pour attirer des millions de touristes. Il arrive à nous mener par le bout du nez sur les pentes hasardeuses de ses histoires abracadabrantesques. Et lorsque nous arrivons à la dernière phrase, c’est un regret immense qui nous submerge.

Dr. Knox de Peter Spiegelman, traduction de Fabienne Duvigneau, éditions Rivages.

Auteur
Kamel Bencheikh
 

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