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TRIBUNE

AWAL-Parole libérée des femmes : arrêtons le massacre !

AWAL est un mouvement féministe kabyle fondé par des femmes kabyles, vivant en émigration, et de françaises amies de la Kabylie. Nous publions ci-après son communiqué

Le cri étouffé d'une victime déshonorée

Les États-Unis ont pris les devants et la France suit le mouvement. Au moment ou ce mouvement de contestation et de dénonciation des viols et des féminicides prend de l'ampleur un peu partout à travers la planète, en Kabylie, c'est à une recrudescence inquiétante des féminicides que l'on assiste.

De l'inceste au viol et à l'assasssinat, ces actes criminels sont de plus en plus dévoilés et les victimes osent parler si elles ne sont pas massacrées avant. Quel que soit son statut : président, médecin, star,  intellectuel, père, frère ou simple jeune homme de rue, tous les milieux sociaux, toutes les confessions et tous les pays sont touchés par ce fléau, par ce massacre contre la gent féminine.

Et si les pays où la parole est libre et le tabou sexuel levé, c'est parce que des politiques publiques ont été mises en place et des moyens sont déployés pour aider les victimes a s'exprimer.

Mais qu'en  est-il des sociétés où l'honneur de la famille réside entre les jambes des ses filles ?

Qu'en est-il des pays où la femme a recours a des subterfuges pour faire croire que sa libido est "maîtrisée"  ?

Qu'en est-il enfin de ces sociétés hypocrites et schizophrènes qui obligent les familles à renier, à rejeter voire à tuer leurs filles lorsqu'elles sont  victimes de ces actes sexuels forcés qui sont  devenus si coutumiers ?

Les nombreuses affaires médiatiques ont mis en exergue l'évolution même de la notion d'honneur. La femme respectable et respectée par son statut de mère, de soeur, de fille, de compagne, de représentante de l'honneur et des valeurs familiales en gros, a fait que ce statut qui lui est dû a aussi un prix, celui de ne jamais laisser croire qu'elle pouvait déshonorer.

Sinon quel mobile serait légitime pour justifier la mort d'une adolescente et le déchiquetage de son corps ? Kenza a été découpée en morceaux par son père, sa tête brûlée et son corps jeté comme un tas d 'ordures dans une forêt.

Quel est le mobile pour que Tin Hinan, journaliste  et mère de  famille, soit poignardée par son mari ?

Qu'est-ce qui peut justifier que le corps de Chaïma soit calciné et que la jeune fille soit violée et laissée sur le bord de la route par un voyou qui depuis 4 ans la harcelait ?

Qui osera dénoncer les fondements même d 'une société basée sur cet honneur mal-placé ?

Moi, toi, nous tous, nous les hommes les femmes, c'est ensemble que nous pourrons oeuvrer pour changer les choses.

Un traumatisme pour certaines, une double peine pour d'autres mais une résilience pour toutes.

Nous devons répondre présents pour que tous ces actes, présumés ou  avérés, puissent d'abord être punis et condamnés, ensuite permettre à chaque victime d'être accompagnée afin que le devoir de dénoncer ne devienne un droit de violer pour ces pervers  démasqués.

L'abbé Pierre disait : "Même si tu es seul et que personne ne te suit, dénonce toujours ce qui te paraît injuste".

Basta au meurtres contre les femmes.

Basta au silence.

Pour AWAL-Parole libérée des femmes

La présidente

Malika Merabet