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DEBAT

Bouteflika joue encore au maître des horloges !

Le président Bouteflika est à mille lieues des réalités algériennes. Coupé de tout et du monde, il garde la main par le biais de son cercle proche.

Tout le monde se souvient de la grande kermesse, à la coupole où les organisateurs distribuaient des sandwiches au cachir pour faire venir des gens, aujourd’hui tout porte à croire qu’on lui décrit les rassemblements hebdomadaires et quotidiens à travers la majorité des villes et des villages du pays comme des foules pacifiques qui se prend pour le peuple afin de s’emparer du pouvoir.

C’est probablement dans l’état où il se trouve, visiblement extrêmement fatigué qu’il tente de gagner du temps combien même, sa famille selon des sources crédibles le prépare pour se retirer de la politique le 28 avril prochain et remettre son pouvoir au verdict de la constitution. Ceci est compréhensible, têtu et faisant partie de l’équipe qui a confisqué la légitimité populaire au lendemain de l’indépendance, il s’arroge le droit encore une fois de sortir par la grande porte comme il le veut lui-même et à sa manière. Il est aussi fort probable que le vice-ministre de la défense, qui a été reçu par lui ne lui a pas fait savoir que l’armée au rythme où  évoluent les revendications fortement populaires, se rangera du côté du peuple autrement dit le lâchera.

L’équipe qu’il vient de nommer pour mettre sur pied un gouvernement de transition, ne lui a pas dit non plus qu’elle n’a pas réussi à convaincre grand monde. Son offre politique dans sa dernière lettre qu’il adressée à la nation souffre d’un handicap majeur, celui de son maintien au pouvoir après la fin de son mandat le 27 avril à minuit.

A l’unanimité, plus de 17 millions de citoyens ont manifesté le dernier vendredi pour lui offrir une sortie honorable et respectable au maximum à la fin de son mandat. Ils souhaitent refonder un Etat de droit et recouvrer leur légitimité confisquée depuis 1962. Peut-être qu’ils veulent repartir d’un nouveau GPRA qui a fait à l’époque l’objet d’un complot par une équipe dont probablement il en faisait partie.

Jusqu’à présent, ces manifestations ont été exemplaires et saluées par le monde entier. Il se trouve que, plus elles durent, plus les virus s’incrustent pour les pervertir. Pourquoi ? Aucune revendication d'obédience islamiste n'est apparue au cours des marches. On est loin des slogans tels que "l'islam est la solution" ou "Pour un Etat islamique", en vogue durant les années 1990, lors de l'irruption brutale de l'islamisme sur l'échiquier politique algérien. Cet effacement, malgré la présence dans les manifestations d'individus reconnaissables à leur accoutrement et à leur barbe, ne signifie pas pour autant que les partis islamistes sont absents. Ils comptent pour leur part sur le temps divin, qui n’est pas le même que celui humain, ils attendent probablement le « pourrissement » pour se positionner.

Autre problème de la feuille de route proposée, l'absence d'une date pour l'organisation d'une élection présidentielle anticipée.

Les travaux de la conférence nationale indépendante et inclusive qui sera chargée notamment d'élaborer une plateforme pour lancer les bases d'un nouveau système et de fixer la prochaine date de l'élection présidentielle risquent de durer dans le temps. Le choix des hommes fait partie des écueils dans la démarche du président.

La nomination de Noureddine Bedoui à la tête du gouvernement a été, par exemple, fortement critiquée. Pourquoi n’aurait-il pas fait appel à l’élite politique ou à des personnalités qui n’ont jamais été mêlées à la gestion du pays et reconnues par le peuple comme telles ?

 

Auteur
Rabah Reghis