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DISPARITION

Christo, l'artiste, n’emballera plus !

Je l’avais beaucoup décrié et moqué (comme le projet de la Pyramide du Louvre avant sa réalisation qui m’avait finalement émerveillé) jusqu’à une visite au Pont-Neuf (Paris) avec mon épouse.

J’ai alors eu un choc émotionnel. Emballé, jamais le mot n’a été aussi justifié. Pourtant la chose était surprenante, déroutante et inexplicable dans ses objectifs. Je viens de décrire là l’une des facettes de l’art, l’émotion n’a pas besoin de cadre convenu pour laisser apparaître sa jouissance devant le beau ou le déroutant. L’art peut choquer, bousculer, indigner mais ne provoque jamais l’indifférence.

Par la suite, à mes début dans l’École Supérieure d’Arts Appliqués où j’enseigne (pas l’art, j’en serais incapable, mais le droit), j’ai vu un jour les radiateurs, les arbres et les portes des toilettes emballés par les étudiants.

Croyez-moi que je ne me suis pas moqué même si à petite échelle l’effet n’est pas du tout le même. C’était pour un exercice, une expression de leur projet.

Il ne faut jamais interdire l’art, quel qu’il soit et pour aucune raison possible. À contrario il ne faut pas se laisser faire contre la dictature qui consiste à vous écarter et à vous traiter d’inculte lorsque des artistes célèbres ne provoquent en vous aucun enthousiasme.

Cela peut changer dans les deux sens, c’est ainsi qu’est l’art, une création humaine qui fluctue selon les sentiments, les conditions de son appréhension et, parfois, de l’éducation.

Pour exemple, on ne m’a jamais fait changer d’avis sur mon sentiment critique, voire désespéré sur l’œuvre de Soulage qui barbouille en noir ses tableaux jusqu’à l’uniformité totale. Mais l’être éduqué et instruit doit toujours laisser la porte ouverte à un éventuel changement de sentiment à l’égard d’une œuvre, d’un artiste.

L’art ne se contraint pas dans des cases d’appréciation, de hiérarchisation, c’est un rapport de ressenti entre une œuvre et un être humain. Comme l’amour, il ne s’explique pas ni se dissèque en analyses. 

En dehors du Pont-Neuf mon œuvre préférée de Christo fut celle de l’emballage du Parlement allemand, le Reishstag. J’ai moins apprécié l’emballage, encore plus spectaculaire, d’une île (oui, d’une île !) mais retenons ce qui a été dit plus haut.

Rendons également hommage à son équipe car ce fut une entreprise collective, nécessaire à des travaux hors-normes. C’est d’ailleurs injuste que l’histoire et le public n’aient retenu que le nom de de Christo mais il est vrai qu’il était le créateur et le chef d’orchestre de l’entreprise créatrice. 

Christo Vladimiroff Javacheff était né en 1935 en Bulgarie, naturalisé américain. Mais cette précision est marginale, sans grande importance car l’art est universel.

Auteur
Boumediene Sid Lakhdar, enseignant