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REGARD

Chute de Kaboul là-bas, indécence et lâcheté ici

"Il n'y a pas d'exemple dans l'histoire qu'on ait acquis la sécurité par la lâcheté, et cela ni pour les peuples, ni pour les groupements humains, ni pour les hommes." Léon Blum

Tout le monde a vu ces épouvantables images prises sur le tarmac de l’aéroport de Kaboul : détresse et accablement se lisent sur le visage de centaines de personnes qui tentent de fuir l’avancée des troupes islamistes. Des milliers d'Afghans, jeunes ou moins jeunes, femmes et hommes, tentent désespérément de s’accrocher aux avions, massés les uns sur les autres. Il faut le dire sans détour, l’Occident a abandonné tout un peuple aux affres de l’islamisme. Des femmes et des hommes ont été offerts à l’asservissement et la résignation.

À l’heure où nous apprenons que Kaboul, et toute l’Afghanistan, est tombée entre les mains des hordes barbares appelées talibans, nous sommes obligés de nous rendre à l’évidence : ces « étudiants » d’un autre âge, au sourire simiesque et à la barbe fournie comme un signe de ralliement à la cohorte du passé le plus fossilisé, existent ici même en France ou, du moins, sont fortement applaudis par certains.

Nous avons vu, sur les réseaux sociaux, d’aucuns et d’aucunes s’extasier sur leurs publications, de la prise de Kaboul. Et d’aucuns osent parler de censure et de dictature. Et de mise sous séquestre de toute opinion minoritaire. 

La chute de Kaboul aux mains des hordes terroristes procède à ses propres développements ici même, chez nous, en France. Et il y a si peu de politiques qui prennent le taureau par les cornes pour désigner ceux qui se frottent les mains parce que le peuple afghan a été pris en otage par les salauds islamistes.

Causes ou conséquences, censures et autocensures, semblent opérer comme autant de mécanismes de ruptures. Rupture des liens politiques, que l’on tente de reboucher à coup du badigeonnage qualifié de « vivre-ensemble », qui invisibilise les marges et ce qui les contredit. Rupture des liens intimes, qui ouvre la voie au renoncement, à l’aliénation et même au désespoir. Sur la sellette, notre puissance d’action, de proposition, de position et de rêve, le tout au désavantage de notre seul dénominateur commun : la République.

Ceux qui s’extasient devant la chute de Kaboul et qui applaudissent, à s’en fracasser la paume des mains, à la mise en laisse des femmes afghanes, doivent être cohérents avec eux-mêmes et quitter le sol de ces sphères où l’égalité entre les femmes et les hommes est un droit non négociable, où la prise de parole, y compris celle qui remet en cause l’existence de quelque divinité que ce soit, est un droit non monnayable.

Plutôt que de tenter de boucher les trous à notre tour, ou de réconcilier les irréconciliables, peut-être faut-il s’engouffrer dans les factures de notre temps, en explorer les fissures et les effondrements. À commencer par ceux qui remettent en cause les fondements de la République et de ses lois.

Il faudrait prendre en compte nos idées courtes. Nos narcissismes. Nos indécences. Nos naïvetés. Nos lâchetés. Nos silences. Nos espoirs si vains. Sans oublier les échardes que nous avons nous-mêmes mises sous la plante de nos pieds. Et que nous avons écrasées sciemment pour que la douleur soit plus vive. Il faudrait nous regarder dans la glace le matin. Avec humilité. Avec dignité. Laissons-nous surprendre par notre amour de la Liberté. 

Parlons de ce dont nous savons parler le plus. Emparons-nous de notre affranchissement et ne laissons personne venir chanter, chez nous, les louanges d’un régime tyrannique et intolérant, esclavagiste de la moitié de sa population, les femmes bien évidemment, assassin de ceux qui ne sont pas d’accords avec sa marche vers une vision extrême de la religion. Partons à l’assaut de l’inhumanité et de la barbarie.

Défions les médiocres, les bas du cerveau, les déficients de l’intelligence, les ennemis de la liberté. Sus à ceux qui s’essuient les pieds sur ce que le peuple a construit ici depuis 1789 en passant par 1881 et 1905. Osons lever la bannière de ceux qui n’ont de comptes à rendre qu’aux lois de ce peuple souverain dont l’image représente  une femme. Et quelle femme : la République !

Auteur
Kamel Bencheikh, écrivain