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REVOLUTION CITOYENNE

Clarification: jeux et enjeux

«Ceux qui rendent une révolution pacifique impossible, rendent une révolution violente inévitable» (John Kennedy).

Hier, 19 mai, j’ai publié un point de situation pour essayer de marquer notre position entre notre lointain passé et notre proche avenir, ce qui a donné l’impression à certains de mes lecteurs que je me désintéressais du présent, de l’immédiat, de ses urgences et de la recherche de solutions.

D’autant que mon texte coïncidait avec la parution dans les médias de l’« Appel » des trois Mages au commandement de l’ANP « pour nouer un dialogue avec des figures représentatives du Hirak, des partis et des forces politiques et sociales qui le soutiennent afin de trouver au plus vite une solution politique consensuelle ».

Il est fort à parier que les « représentants du Hirak » auraient été comme par hasard choisis parmi les « twaychia » proches du marigot politique, plutôt que parmi les manifestants sincères et désintéressés. Et même si on en aurait pris quelques-uns, on aurait vite fait de les noyer dans la masse des « forces politiques » qui ne sont pour absolument rien dans la révolution citoyenne contre laquelle ils avaient mis en garde lorsque j’y avais appelé en septembre 2017.

Tels des vendangeurs en maraudage, ils se présentent au moment de la récolte pour voler ce que d’autres ont semé et cultivé à leurs risques et périls. Le maraudage (vol de récoltes) porte un autre nom chez nous, le djouhaisme, trait d’esprit devenu dans notre culture politique une arme de destruction massive élevée à un haut niveau de sophistication depuis 1999.

Je me suis souvent demandé depuis mon entrée en politique en 1989, pour les avoir connus de près ou observés de loin, si la plupart des acteurs de la vie politique nationale étaient capables d’exercer un effort autonome de réflexion à la hauteur des enjeux d’une situation, ou s’ils se contentaient de flotter à la surface de l’actualité, trouvant plaisir à se pâmer sous les yeux de médias cléments, et attendant qu’un tsunami populaire se produise pour l’enfourcher en espérant être pris par la masse crédule pour des divinités marines de l’Antiquité.

Alors que l’Appel des Trois Mages, tenant en un demi-feuillet, ne contient absolument rien d’ancien ou de nouveau en matière d’analyse de la situation ou de solutions pour sortir le pays de l’impasse, la scène politique y a unanimement vu une panacée miraculeuse, une Arche de Noë, alors qu’elle n’est qu’une reprise irréfléchie de lieux communs éculés mais porteurs de dangers car un dialogue direct entre l’armée et la société est une impossibilité politique et juridique.

Ceux qui suivent mes écrits peuvent se rappeler et tenter de m’opposer que j’ai moi-même préconisé un dialogue entre l’armée et le « hirak ». C’est la raison d’être de cette clarification afin que ma position, fruit d’une réflexion personnelle légaliste et réaliste, ne soit pas confondue avec la compilation de lieux communs glanés à droite à gauche par les trois Mages qui n’en sont pas à leur premier coup.

Trois jours avant la démission du président, soit le 29 mars, j’avais publié un article (« La marche-référendum du 29 mars ») où je disais que l’application de l’article 102 pour cause de maladie serait meilleure que la démission parce qu’elle donnerait plus de temps à la période d’intérim (quatre mois et demi au lieu de trois en cas de démission ou de décès), et proposai que le président encore en poste :

1) Nomme un nouveau Premier ministre à la place de Bedoui, choisi sur une short list de personnes recommandées par le mouvement populaire pour assurer la gestion des affaires courantes, préparer la révision du fichier électoral national en concertation avec les partis, et mettre en place la logistique du scrutin.

2) Nomme la composante de la Haute autorité chargée de l’organisation de l’élection présidentielle, choisie sur une short list proposée par le mouvement populaire.

3) Nomme aux sièges non pourvus au titre du tiers présidentiel des personnes connues pour leur crédibilité et leur éloignement du pouvoir.

4) Que M. Bensalah démissionne de son poste de président du Conseil de la nation qui élit, en connaissance de cause, une des personnes proposées par le peuple parmi le tiers présidentiel.

5) Que le nouveau président du Conseil de la nation prenne en charge l’intérim.

6) Qu’un consensus soit trouvé en concertation avec des délégués du « Hirak »sur la prolongation exceptionnelle de la période d’intérim (l’élection du nouveau président pourrait se tenir en septembre.

7) Que le «Hirak» ait ainsi le temps d’élaborer une plateforme politique avec laquelle il participerait à l’élection présidentielle.

8) Que les partis de l’alliance présidentielle soient exclus de l’élection présidentielle.

Aucune de ces propositions n’a bien sûr été prise en compte, et le président a démissionné le 2 avril, laissant derrière lui une situation complètement bloquée et minée.

 Le 4 avril j’ai publié «Concilier souveraineté populaire et légalité constitutionnelle » où on peut lire : 

« Bouteflika nous a enfermés dans un plan satanique avant de partir. Il a annulé l’élection présidentielle du 18 avril, nommé un gouvernement d’incompétences nationales, imposé la présence d’Abdelkader Bensalah dans la séance de remise de sa lettre de démission alors que ce n’était ni le lieu, ni le moment, ni à lui de désigner son successeur, et a adressé au peuple une prétendue lettre d’excuses. Ces actes ne sont que des flèches de Parthes, des tours de Djouha par lesquels il a voulu se venger du peuple qui l’a licencié.

Nous en sommes réduits à chercher des trous de souris dans la Constitution, à tenter de passer entre les gouttes dans l’espoir de nous sortir secs, sains et saufs de la situation dans laquelle il nous a empêtrés. Voici quelques pistes :

1) Tayeb Belaiz, président du Conseil constitutionnel démissionne… Le vice-président du Conseil le remplace.

2) Abdelkader Bensalah se retire de la présidence du Conseil de la nation, laissant la voie libre à un sénateur de l’opposition qui assurerait l’intérim du président de la République.

3) Noureddine Bedoui démissionne de son poste dès que le nouveau président du Conseil de la nation aura pris ses fonctions de chef de l’Etat…

Dans l’ordre protocolaire gouvernemental, le vice-ministre de la Défense nationale vient juste après le Premier ministre…  En qualité de Premier ministre, il pourra dialoguer directement avec la révolution citoyenne et les partis politiques en vue de mettre en place la Haute autorité qui sera chargée des élections, réviser le fichier électoral national, et entourer l’élection présidentielle à venir de toutes les conditions de transparence et de crédibilité souhaitées.

En qualité de chef d’état-major, il sera le garant de la non-interférence de l’institution militaire dans l’élection présidentielle. Le peuple et son armée scelleront ainsi leur réconciliation en posant ensemble les fondations de la nouvelle Algérie... »

Cette proposition n’a pas davantage été retenue alors qu’elle était la seule voie praticable pour satisfaire les aspirations de la révolution citoyenne dans le respect de la légalité. Elle aurait obtenu l’assentiment populaire, n’aurait rien dérangé dans l’ordre constitutionnel et, surtout, aurait évité à l’armée de se retrouver dans un face à face embarrassant avec le peuple sous le regard vigilant de plusieurs puissances étrangères.

Cette solution qui ne nuit qu’aux faux-semblants est toujours valable. Elle s’imposerait d’elle-même en cas de décès de M. Bedoui, par exemple. S’il y a mieux, plus efficace et moins coûteux, qu’on nous le dise et le mettre en route sans tarder.

La première élection présidentielle prévue pour le 18 avril est tombée à l’eau. La deuxième, prévue pour le 4 juillet, va tomber à l’eau parce que sans candidats ni électeurs.

A quand la troisième tentative alors que plus personne n’ose émettre la moindre suggestion pour démêler un écheveau qui s’emmêle chaque jour davantage ?

Auteur
Nour-Eddine Boukrouh
 

Commentaires

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Bonjour Monsieur Boukrouh

Dans votre dernière tribune publiée sur votre page facebook vous évoquez l’idée d’une élection présidentielle à l’échéance prévue (juste à la fin du « mandat » de Bensalah), fort heureusement vous refuser les 3 B, mais que vous voulait encadré par des personnes intègres et des règles revues et corrigées ! Bien , banco pour çà ! Mais quid de la modification de la Constitution, quid de l’a modification de la loi électorale ? Faut-il au préalable d’abord changer la Constitution ou bien aller d’abord à l’élection présidentielle en chargeant le futur président élu se gérer la transition de la transition ? C’est là le vrai débat !

Moi je trouve bizarre et anormale que des personnalités politiques et certains chef de partis ne soient pas précis à ce sujet alors que le simple des mortels sait que la Constitution de 2016 est une constitution hyper présidentielle faite sur mesure par Boutelika et pour lui-même et que la séparation des pouvoirs (législatif, exécutif et judiciaire) n’est pas bien établie !

Monsieur Boukrouh , est-ce que ce n’est pas de l’inconscience politique, de l’aberration politique que de commencer par une élection présidentielle, pour soit disant éviter un « vide constitutionnel », sans avoir mis en œuvre au préalable les bases de la transition démocratique et de l’Etat de droit ?

La solution idoine pour un esprit logique, rationnel qui ne s’encombre pas de trop de scénarii divers et variés partisans serait la suivante : désignation pour une période donnée d’une instance collégiale intègre chargée de gérer la transition, désignation d’un gouvernement de compétences pour gérer le pays en attendant la normalisation, proposer par voix référendaire au peule algérien une nouvelle constitution et une nouvelle loi électorale à soumettre le même jour pour gain de temps, créer une instance indépendante d’organisation et de contrôle des élections pour aller enfin plus sereinement d’abord à l’élection présidentielle puis ensuite aux élections législatives et locales ! Le travail de réflexion devrait se concentré sur çà et non sur « des opportunistes soutenus par des médias complices » , qui est un autre sujet pas très urgent !

A mon humble avis, la Constitution serait simplement revue et corrigée par quelques juristes, quelques constitutionnalistes, quelques représentants des ligues des droits de l’homme, de divers syndicats et de la société civile. On n’est pas obliger de tout changer dans la Constitution actuel, mais quelques points relatifs à la gouvernance et au bon fonctionnement des institutions dignes d’une vraie république. Cette nouvelle Constitution doit se concevoir nécessairement en fonction des aspirations du hirak qui, lui ,sait ce qu’il veut et n’a pas été créé par des forces occultes ni des officines étrangères comme veulent nous le faire croire certains. Une fois bien ficelée, cette nouvelle Constitution sera simplement soumise au référendum populaire qu’on peut organiser très rapidement. Il me semble que des « personnalités » et certains chefs de parti politiques sont pour la thèse de l’organisation de la présidentielle avant toute choses sans aucun préalable ! Et vous, êts pour ou contre ? Pour moi aller àla présidentielle avant la modification de la Cosntitution et de la loi électorale est de inconséquence politique, c’est un risque politique, c’est mettre la charrue avant les bœufs. Si on se trompe encore une fois demain, se sera beaucoup plus dur de redresser la barre car un président élu avec la même constitution pourra facilement détourner ou retarder les objectifs du hirak à sa guise (régime présidentiel), d’autant que les relais de l’ancien système ne sont pas facile à mettre hors d’état de nuire aussi rapidement !

Est-ce clair , est-ce réalisable , est-ce utopique , est-ce impossible à mettre rapidement en œuvre ?? Par ailleurs, j’estime pour ma part qu’envisager une « Constituante » comme le demandent certains, est trop risqué pour le pays vu les « ruptures » idéologiques, linguistiques, culturelles et cultuelles toujours existantes dans le pays et qui ont été exacerbées sciemment par le pouvoir politique de 62 et même avant ! Une Constituante risque de faire resurgir les démons de la division et nous faire perdre du temps par des palabres inutiles interminables ! On sait désormais que notre peuple, notre société est reconnue plurielle et diversifiée, ne remuons pas trop la mayonnaise. Voilà où sont les vrais sujets, ya si Boukrouh !

PS : je suis plus porté sur la précision, la clarté de la pensée sans trop de fioritures sur les sujets urgents et d'actualité ! Est-ce un défaut ? Voilà comment je conçois la sortie de crise, dépoussiérée de toute philosophie politico-idéologico-tactique ou de récits anecdotiques alors que la marmite boue ! Ce n’est qu’après la réalisation d’un tel projet que la lutte politique partisane reprendra ses droits en toute liberté ! A plus et bon courage à vous !

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De la gymnastique pour rien, ceux qui conseillèrent le retrait de candidature, l'annulation des éléctions du 18 avril 2019, sont les responsables de ce blocage, et ils l'ont fait dans le seul but de créer la zizanie et le chaos,
l'auteur de l'article est de ceux qui ne voulait pas des éléctions du 18 avril 2019, et voulait une période de transition, et il est heureux que le 18 avril 2019 tombe à l'eau et souhaite la mème chose pour le vote du 04 juillet 2019, et donc espère toujours le chaos de l'algérie,
l'auteur veut un remake de c'est qui s'est passé en 1999, l'intronisation de quelqu'un sans l'aval de la majorité des électeurs algériens,
l'auteur parle de plateforme politique, en 2001 il y avait une plateforme populaire refusée par le gouvernement de l'époque dont il était lui même membre, avec sa centaine de victimes et des milliers de blessés à vie,
l'auteur en temps que ministre de l'époque refusa la plateforme de 2001, pourquoi?
l'auteur est retard de 18 ans, car c'est la même plateforme,
l'auteur est membre actif du systéme pourri imposé par les résidus du systéme colonial franco-turque, et il ne cherche que le chaos pour que l'algérie et les algériens disparaissent,
l'auteur devra rembourser tous les salaires mensuels qu'il touchent depuis 15 ans pour une fonction qu'il n'occupe plus depuis 2005, et qui n'est qu'une des revendications du peuple,
avec seulement les salaires et les avantages à vie, dont bénéficient les responsables depuis 1963, le peuple algérien peut avoir 5 hôpitaux 7 étoiles(), avec un budget de fonctionnent de 50 ans,

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Primo : Il faut arrêter la masturbation intellectuelle! contre productif pour tlm
Secondo : redescendre du piédestal que tu t'es construis toi-mime vers un niveau qui te correspond le mieux (citoyen) et je dirai même un peu moins que les autres algériens (citoyen ayant un passé politique trouble).
tertio : Quant à traiter les initiateurs au dialogue des 3 mages : Pour le comte de Dracula (dixit lehbib), nous sommes bien d'accord, ta ressemblance (intellectuelle, j'entends) est même frappante avec lui. Pour le général, je ne le connais pas! mais pour AliYahya, seule la suffisance et le manque d'éducation peut amener un algérien à le traiter comme tel! toi et lui, vous ne jouez pas dans la même cour!

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En utilisant hier le terme " d'opportunistes" et ceux de " mages et twaychia" aujourd'hui,
vous avez voulu faire le ménage autour de vous et ainsi discréditer beaucoup de personnes dans la scène politique algérienne. Si j'ai bien compris, vous êtes le seul en somme, a avoir raison. Je n'en suis pas sûr.

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Effectivement ces solutions (celles caducs et celles encore réalisables) sont les seuls a même de sortir l'Algerie de l'impasse vers laquelle nous nous acheminons et leurs réalisation par le Gaid serait un hara kiri du système et ça, le système ne le fera jamais .

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