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REGARD

Comment est né le nom d'artiste Idir

Idir prononcé Yiddhir en kabyle veut dire vivant. C'est paradoxalement de l'enfermement, d'une éducation pesante et rigide qu'est né ce nom de scène qui a fait du jeune villageois Hamid Cheriet un artiste universel voué à l'éternité.

Hamid est né dans une région où l'éducation d'un enfant n'est pas l'affaire de ses seuls parents mais de toute une collectivité qui épie ses faits et gestes, surveille son langage. Le jeune est déjà un être social plus qu'un individu. L'autorité est tellement forte que la spontanéité est inhibée et la liberté de l'enfant corsetée. Une telle pesanteur peut produire des révoltés. Ou de grands timides qui bouillonnent de l'intérieur comme des volcans.

De cette rigueur, Hamid, lui, a conçu une grande timidité qui ne le quittera pas toute sa vie et qu'il exprime dans la chanson dédiée à sa fille. La pudeur est telle que les sentiments ne doivent pas trouver d'expression publique même s'il s'agit d'une déclaration d'amour d'un père à sa fille. Le métier d'artiste est même une honte qui peut tuer une histoire d'amour comme cela est arrivé à une star de la chanson kabyle. Le soupirant n'a pas eu la main de la fille pour laquelle il brûlait parce qu'il était chanteur. L'histoire a donné à la chanson kabyle certains de ses plus beaux textes.

Le jeune des Ath Yani arrive donc à Alger embrigadé dans cette éducation qui produit de la pudeur et de la retenue et répudie toute exubérance. Mais il y a aussi en lui tout ce qu'il a récolté auprès de sa mère et de sa grand-mère: la sensibilité, l'écoute, la langue et la poésie qui lui donne conscience de son identité.

A l'université où il fait des études de géologie, l'écrivain et anthropologue Mouloud Mammeri, un autre enfant des Ath Yani, donne des cours de berbère. Hamid rejoint naturellement l'amphi et fait la connaissance de militants de la cause berbère. Il y avait notamment le poète Benmohamed et d'autres animateurs de radio chaîne 2, les frères Sadi (Said, Hend et Ramdane), Bélaid Balloul, Ali Sayad...

Dans les moments d'intimité, les amis découvrent la voix envoûtante et "sérénisante" de Hamid, adossée à des doigts "intelligents" pour produire ces mélodies universelles. Une voix suave porteuse d'induction.

Hamid avait déjà une culture musicale qui le faisait paraître comme un professionnel alors qu'il n'avait pas de formation. D'ailleurs, il n'aura pas besoin d'être révélé par le découvreur de talents Cherif Kheddam dans son émission "les chanteurs de demain".

C'est dans cette ambiance de complicité et de bonhomie que Hamid est invité à la radio par Abdelmadjid Bali qui présentait "les cinq énigmes", une émission de jeux agrémentée de passages musicaux.

Bali avait annoncé à ses auditeurs la venue de Nouara, pseudonyme forcée de Zhor Hamici à laquelle la même éducation interdisait de chanter.

L'émission est lancée et en son milieu le producteur Arezki Nabti apprend la défection de Nouara qui devait chanter la berceuse "Arsed aydidhes". Il profite d'une pause musicale pour informer Bali. Moment de panique pendant que la montre tourne.

On demande à Hamid de passer seul à l'antenne. Il se braque. Le refus est catégorique "par respect à la famille". Si ça ne tient qu'à cela le problème est résolu, souffle Bali. Dans le monde des arts, le pseudonyme est courant. C'est ainsi qu'est né le nom de scène Idir. "Je ne sais plus lequel de nous trois l'a proposé. C'est une incubation collective", raconte Abdelmadjid Bali.

Ce jour-là, l'émission comptait parmi ses auditeurs une certaine Na Chavha. C'est la mère de Hamid. Quand il rentre à la maison elle lui fait part de son émerveillement. "J'ai été envoûtée par la voix d'un jeune que j'ai entendu dans l'émission de Abdelmadjid Bali", confie la maman. "Ah oui?", répond-il tout simplement. Il mettra deux semaines pour se délier de son secret. La citadelle de la gêné étai tombée. Idir venait de naître.

(D'après un témoignage de Abdelmadjid Bali à la chaine YouTube de Abderrezak Larbi Cherif)

Auteur
Amer Ouali