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REGARD

Rétrospective d’une décadence annoncée

Quand Ben Bella voulait offrir l'Algérie comme dote à l'Egypte arabo-musulmane de Nasser. 

Hypocrisie, fourberie, imposture, mascarade, mensonge, tromperie, sournoiserie, sont autant de termes dont raffolent celles et ceux qui ne veulent pas que ce pays puisse ressembler à une nation.

Les élections qui se préparent me renvoient à 56 ans d’indépendance. 56 ans de richesse pour les uns, 56 ans de pauvreté pour d’autres, on est en droit de faire une halte afin d’essayer de voir plus clair dans ce méli-mélo qui fait de nous un peuple qui interroge.

Pour mieux comprendre la situation qui prévaut en Algérie, il faudrait faire une rétrospective et scruter notre l’histoire depuis la nuit des temps. Mais là, n’est pas mon propos car je ne suis ni historien, ni qui que ce soit pour m’autoriser à parler de notre histoire millénaire. Cependant, les événements successifs que le pays a subi depuis 1962, ne peuvent pas laisser indifférent le simple citoyen que je suis.

Un regard sur ce qui s’est passé depuis l’indépendance, m’a aidé à identifier les causes de notre déconfiture qui puise son fondement dans le rejet de l’autre. En effet, quand Ben Bella, premier président de la République algérienne, arriva au pouvoir, il déclara en tapant sur la table et répétant trois fois de suite : nous sommes Arabes !

Parmi ses premières instructions, le décret 62/63 interdisant toute boisson alcoolisée aux personnes de confession musulmane, annonçait la couleur d’une dictature sournoise. Porté au pouvoir par les décideurs du destin de l’Algérie, Ben Bella n’eut presque pas le temps de bien savourer son trône, qu’il fut déchu par Boumediene qui dirigea le pays d’une main de fer.

Le conseil de la révolution, né du Parti unique dont le fameux slogan "par le peuple et pour le peuple", fut la période des interdits en tous genres : l’interdit de penser, l’interdit d’être, l’interdit tout court. Deux jeunes sœurs, étudiantes à l’époque, avaient écopé de deux ans de prison chacune pour avoir détenu un cahier de brouillon sur lequel elles avaient transcrit l’alphabet amazigh.

Pour contrecarrer le mouvement berbère naissant, Houari Boumediene fit venir les "frères musulmans" des pays arabes pour professer leur doctrine à nos élèves. De cet enseignement, naquit une série d’événements incontrôlables que nous subissons encore aujourd’hui.

Chadli Bendjedid arriva en homme d’ouverture du paysage politique. La libre circulation (interdite sous Boumediene), le plan anti-pénurie, la constitution et la création de partis politiques, firent de lui le président libéral qui voulait donner l’exemple, allant jusqu’à raser sa moustache et recevoir la reine d’Angleterre. Quand il déclencha octobre 88, il signait sa démission et la fin d’un processus qui allait engendrer une tourmente dont la violence discrédita l’Algérie pour de bon.

Juste avant la terreur qui s’abattit sur tout le pays, une lueur d’espoir, vite dissipée, pointa son nez à l’occasion des premières législatives libres de 1991.

Le fameux raz-de-marée du FIS fut la surprise du vote, le premier du genre depuis l’indépendance. Eh bien oui, le peuple Algérien ne savait pas comment, ou ne voulait pas quitter son coin obscur dans lequel il fut séquestré depuis sa souveraineté confisquée. Sa cécité était si grave que voir le jour lui aurait été fatal.

Parmi les candidats de ma conscription, il y avait le professeur Daoud à qui j’ai donné ma voix, non pas à cause de sa coloration politique, mais à cause de l’homme digne d’un siège à l’assemblée. Cet éminent spécialiste en gastrologie, natif d’Annaba et candidat du FFS, n’était pas à décrire. A côté de lui, il y avait tout un choix à faire parmi les candidats et candidates démocrates, représentants de partis ou simples indépendants rompus à l’exercice politique.

Lors du dépouillement et à ma grande surprise, il ne sortait des urnes que Cheikh Achour, un imam qui n’avait aucune qualité ni connaissances en quelque matière que ce soit. A chaque bulletin tiré de la boîte, l’assistance présente sur les lieux criait "Allah Akbar" (Dieu est grand).

A ce moment-là, j’avais compris que c’était foutu et qu’il ne valait pas la peine de m’attarder davantage sur les lieux. Ceux qui utilisaient le slogan "aliha nahya, aliha namout" (pour elle je vivrais, pour elle je mourrais), comprendre la république islamique, se sont convertis, quelque temps plus tard, en affairistes après avoir escroqué bien des gens.

Entre-temps, le train infernal s’était mis en route et rien ne pouvait l’arrêter. Le haut conseil de la sécurité orchestra la démission de Chadli et composa un haut comité d’Etat chargé de la gestion du pays. M. Boudiaf est alors rappelé pour assurer la présidence de l’Etat. Avec lui, l’espoir d’un redressement s’annonçait s’il n’y avait pas eu ce 29 juin. Tout juste six mois après son arrivée, il fut assassiné en direct d’Annaba.

Donc, après cet épisode qui coûta la vie à un digne fils de l’Algérie et en attendant l’élection d’un nouveau président, une spirale infernale s’installa à travers tout le pays. Personne ne savait qui était qui et chacun se tenait sur ses gardes jusqu’à cette nuit où, ô miracle, l’Algérie retrouvait la paix pour un court moment. Vous l’avez compris, il s’agit de la nuit qui suivit le jour de l’investiture de Zéroual, fêté en grandes pompes par un populo en manque d’un pâtre.

Ce candidat de l’armée à qui on avait taillé un parti (RND) sur mesure, était sifflé partout où il passait lors de sa campagne électorale. Cela se passait en 1995 où, mis à part le boycott du FFS, quatre candidats émergeaient pour les premières élections présidentielles libres de l’Algérie. Le PRA, le MSP, le RCD et le RND étaient dans la course au pouvoir. Bien entendu, le dernier mot revenait aux électeurs. Dans une société normale, il n’y avait pas de choix à faire, du moment que les candidats représentaient des courants bien distincts.

Nonobstant les balles assassines, les Algériens s’étaient rendus aux urnes et le vote se déroula sans dégâts. Les spéculations qui suivirent les résultats ne pouvaient en aucun cas, remettre en cause le plébiscite du RND avec un score percutant de 61,34%. Il fut suivi de loin par le MSP avec 25,38% puis du RCD avec 9,29% et enfin le PRA avec seulement 3,78%. Le RND avait cette grande marge qui le mettait à l’abri de toute contestation, d’autant plus qu’il était le fils légitime du FLN.

Quelque chose ne tournait pas rond, m’étais-je dit. Pourquoi et comment, les gens qui suivaient le RCD lors des marches organisées pour sauver le pays, firent volte-face le jour du vote ? A cette question, je m’étais amusé à reprendre les chiffres et à faire des comparaisons. Le RND qui avait obtenu 8,78% à Tizi-Ouzou et 9,23 à Bejaia, fiefs du RCD qui lui, n’avait eu droit qu’à 0,48% dans le fief du RND. En supprimant les résultats de la Kabylie à tous les candidats, le RCD n’arrivait même pas à la cheville du PRA. Par ce vote sanction, la majorité venait de confirmer ses affinités en dépit du bon sens.

Désolé de remettre sur le tapis ces chiffres qui ne veulent plus rien dire, mais c’est grâce à eux que j’ai pu me faire une idée de la composante Algérienne qui n’a pas fini d’estomaquer.

On y retrouve 55% d’opportunistes, 25% d’islamistes et 20% de démocrates. Combien sont-ils aujourd’hui, ces démocrates qui s’entêtent à mener un combat perdu d’avance ? Je ne saurais le dire, car beaucoup se sont exilés vers d’autres horizons plus accueillants.

Dans cette trilogie des trois frères qui se détestent mutuellement, il faut noter que l’opportuniste et l’islamiste seraient prêts à composer ensemble contre le démocrate. Tant que l’Algérien se recherche à travers des modèles importés pour se trouver une fausse identité, il n’ira pas loin dans son parcours, car ayant perdu tous ses repères.

Le rejet de l’autre en est la cause profonde qui ronge ce pays. Pour guérir de ce haut mal, il n’y a pas et il n’y aura pas d’autre remède que celui de gommer 14 siècles de domination et une prise de conscience de la véritable identité de ce pays sans arabité, ni étiquette d’aucune sorte.

Pour l’instant, rien ne permet d’espérer un quelconque changement qui irait dans le bon sens car nous sommes plus divisés que jamais. Nous ne sommes plus qu’un agglomérat d’individus bons à servir de pions sur ce vaste échiquier qui représente l’Algérie.

Etre Algérien et seulement Algérien sans appendice, serait l’utopique slogan salvateur, tout le reste n’est que bla-bla. Oui, du vent rien que du vent, n’en déplaise à tous ces optimistes qui essaient de concilier l’inconciliable.

Auteur
Idir Ait Mohand
 

Commentaires

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Comme c'est bien dit!Et je pense que jamais nous ne formerons un peuple cohérent.Comme par le passé nous resterons des groupes de populations et un agglomérat d'individus comme vous le dites.Et tout le problème réside là,il faut donc rechercher la solution de ce coté-là.L'Algérie ne peut être qu'une fédération où cohabiteraient plusieurs peuples

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Un peuple virtuel ? Sans le virtuel, il ne se serait rien passé. Mon article est daté du 8 février et le 22 avait changé mon regard sur ma conclusion. Ceci dit, je reste dubitatif quant à l’après changement. Les jours qui suivent nous donneront un aperçu de ce que sera la future Algérie.

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