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REGARD

Condamnation de Tabbou: ce régime gouverne par la peur

La décision bricolée à la hâte de maintenir Karim Tabbou en prison, alors qu’il devait être libéré cette semaine conformément au verdict d’un jugement précédent, met la lumière sur un pouvoir sans envergure, sans cohésion, sans ligne directrice et, probablement, sans grande morale.

Ce régime, comme ceux qui l’ont précédé, gouverne par la peur et la perfidie, c’est-à-dire avec les armes des faibles. Le juge qui a  prononcé cette décision d’infliger cette punition à Tabbou, l’apparatchik qui lui en a donné l’ordre, les dirigeants qui ont aidé par leur silence, tout ce petit monde de la politique de seconde classe n’est décidément pas à la hauteur des épreuves qui attendent le pays.

Comment ne pas voir dans cet acharnement pitoyable, dans cette misérable jouissance devant la douleur de l‘homme révolté, comment ne pas voir une honteuse négation de leurs propres engagements ?

J’entends Tebboune qui dit tendre la main aux contestataires ; je lis les déclarations aseptisées du porte-parole du gouvernement qui croit utile de finasser avec les calvaires d’hommes et de femmes et qui dit voir ce que nous, les citoyens sans panache, n’arrivons pas à voir : la transformation du Hirak de mouvement de protestation populaire en « organisation contre-révolutionnaire» sous la poussée «d’ONG qui ont pignon sur rue à Genève ou à Londres, des résidus irréductibles de l’ex-FIS et des revanchards mafieux de l’ancien système travaillent d’arrache-pied, y compris par derrière les barreaux ou à partir de leurs retraites dorées (forcées ou choisies), pour propager les mots d’ordre de désobéissance civile, de troubles et de recours à la violence.»

La justice et la police algériennes ne manqueront pas de prétextes pour incarcérer, traquer, jeter aux oubliettes tous les Tabbou qu’ils veulent : le porte-parole du gouvernement et ministre de la Communication dispose de stocks inépuisables d’arguments incontestables. Dont celui-là : le néo-Hirak, au service de sombres individus « qui escomptent un retour aux affaires et aux commandes à l’aide de marches quotidiennes », le néo-Hirak menace « les institutions, l’ordre public, la stabilité et la souveraineté nationale »

Emballez, c’est pesé ! La répression contre les manifestants se fera désormais sous la bannière de « la défense et la protection de la souveraineté nationale.»

Ce pouvoir a choisi de faire dans la filouterie plutôt que de s’appuyer sur un mouvement populaire qui ne demande qu’à sauver le pays de la déchéance.

Le temps témoignera que le Hirak, après avoir renvoyé Bouteflika et sa bande, a dû livrer d'autres batailles pour donner, enfin, à ce pays, des hommes à la hauteur de son envergure.

Auteur
Mohamed Benchicou
 

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