Aller au contenu principal
Body

TRIBUNE

Contre le système, le régime et le pouvoir en Algérie

Depuis le 22 février, pour la dixième semaine consécutive, le peuple est massivement sorti dans les rues d’Algérie pour exiger le départ du système, du régime, du pouvoir...

Et la détermination de la population est aussi importante que le flou entourant ces trois notions, tout comme les moyens à employer pour parvenir à ce but.

Si la fin ne justifie pas toujours les moyens, il existe néanmoins « une interdépendance dialectique » entre les deux. C’est pourquoi il nous revient de préciser, dans la libre confrontation des idées, tant les méthodes à utiliser que l’objectif à atteindre.

« Système dégage ! »

De quel système le peuple veut-il se débarrasser ? Du « système Bouteflika » comme cela apparaît ici ou là, notamment du côté de ceux qui ont retourné leur veste pour prêter allégeance à Gaïd Salah ?

Si le problème résidait dans la seule personne de Bouteflika, alors la population n’aurait plus de raison de protester puisque le président sortant a démissionné.

Or, ce système n’est pas mort le 2 avril 2019. Sans doute n’est-il pas né non plus le 27 avril 1999, il y a vingt ans, presque jour pour jour.

Les slogans associent le système à une « bande ». Des têtes ont commencé à tomber. Elles étaient jusqu’alors considérées comme intouchables voire innommables...

Alors, pourquoi ce malaise ? Sans doute parce que chacun sait, sans se faire aucune illusion sur la justice, qu’il ne s’agit pas d’un problème de personne mais de pratiques qui font système.

Et nous pouvons les citer sans chercher à être exhaustif : corruption, népotisme, manipulation, obscurantisme, prédation, etc.

« Le peuple veut la chute du régime ! » De quel régime le peuple veut-il la chute ? Celui qui a décidé de l’interruption du processus électoral le 11 janvier 1992 ? Ou alors celui issu du « redressement révolutionnaire » du 19 juin 1965 ?

Et pourquoi ne pas remonter à 1957, 1830 voire au temps de la régence d’Alger, ou bien avant ?

Les manifestants rejettent un régime qui plonge ses racines dans l’histoire précoloniale, coloniale et post-coloniale du Maghreb.

Mais les contestataires ne sont pas en lutte avec les fantômes du passé, même s’ils en utilisent les symboles. Ils sont confrontés à des obstacles du présent.

Le régime a une façade légale, avec son armée, sa police, ses services, son gouvernement, son parlement, ses assemblées locales, ses lois, sa constitution.

Cette dernière, pourtant anti-démocratique, a fait l’objet de bien des discussions et certains ont cru pouvoir y recourir pour appuyer les aspirations démocratiques du mouvement.

Il s’agit là d’une impasse et le mot d’ordre « nous avons dit tous, c’est tous » s’applique aussi bien au personnel politique qu’aux règles du jeu encore en vigueur.

« Pouvoir assassin ! »

Ce pouvoir a assassiné en 2001, lors du printemps noir de Kabylie. En octobre 1988 aussi, mais pas seulement.

Le mouvement populaire connaît au moins deux victimes. Hassen Benkhedda, 56 ans et Ramzi Yettou, 23 ans.

Sans compter les nombreuses gueules cassées, ces fils de pauvres que certains n’ont pas hésité à qualifier de « provocateurs », de « voyous » ou de « baltaguia ».

Honte à ceux qui salissent ces jeunes qui ne se font aucune illusion sur les forces de l’ordre et qui ont subi la répression la plus brutale, avant même le 22 février.

Alors, quel est ce pouvoir qui se dresse devant les manifestants ? C’est d’abord celui de l’Etat protégé par ses hommes en armes et en uniformes.

Mais il y a aussi d’autres pouvoirs, à savoir ceux qui inhibent des manifestants qui n’osent pas utiliser leur force extraordinaire dans un but déterminé.

Ces pouvoirs qui bloquent l’initiative et brident le mouvement populaire sont aussi ceux qui structurent la société. Il faut les désigner sans établir de hiérarchie.

C’est le pouvoir des patrons sur les salariés et les chômeurs ; celui des hommes en armes sur les civils ; celui des religieux sur les non pratiquants et les non croyants ; celui des hommes sur les femmes ; celui des vieux sur les jeunes ; celui des commerçants sur les consommateurs et les producteurs ; celui des nationaux sur les étrangers, etc.

Tel était l’état de la société avant le 22 février. Et il était loin d’être satisfaisant pour les partisans sincères de la liberté et de l’égalité. A-t-on fait un pas en avant depuis ? Est-il possible d’aller plus loin encore ?

Or, le système, le régime, le pouvoir procèdent de ces rapports d’exploitation et de domination qui structurent la société algérienne comme toutes les autres.

Si l’on désire sincèrement mettre fin au système, au régime et au pouvoir, alors il convient de transformer tous les rapports sociaux qui en sont les fondements. Il s’agit encore de l’assumer et de l’affirmer.

Quelle transition ?

C’est ce chemin que l’on doit désigner par « transition », à savoir celui qui nous mène de l’état actuel des choses à l’émancipation individuelle et collective.

En mettant fin, au passage, à l’empoisonnement massif causé par l’industrie agro-alimentaire, à l’enlaidissement des paysages par les bétonneurs et à l’encombrement des rues par des véhicules polluants.

Cela ne signifie pas l’adhésion à une « feuille de route » élaborée par des états-majors civils ou militaires et qui fixerait des étapes consensuelles afin que tout change pour que rien ne change.

Le capitalisme néolibéral et la démocratie représentative sont partout en crise. On ne peut pas se réclamer du peuple, s’appuyer sur les classes populaires, et défendre un agenda contraire à leurs intérêts.

On ne peut pas appeler au « changement radical » et hésiter à affirmer, maintenant, des principes élémentaires que sont la liberté de conscience, le refus de tous les racismes et l’égalité entre les femmes et les hommes.

Et ce principe d’égalité concerne tous les aspects de la vie : en matière de salaire, d’héritage, de libre disposition de son corps, etc. Autant de choses à conquérir par la lutte autonome sans céder au chantage de l’unanimisme.

Quant au racisme, il y a des slogans qui salissent un mouvement pourtant historique. Pourquoi qualifier les tenants du pouvoir de « Marocains » ou de « juifs » ? Ne sont-ils pas Algériens et musulmans ?

On ne peut pas parler au nom des travailleurs et marcher pour défendre des oligarques, des milliardaires, ou couvrir des bureaucrates syndicaux qui ont piétiné les droits des salariés.

Les manifestations et les grèves dans le monde du travail doivent rester sur un terrain d’indépendance de classe. C’est sur cette base que les exploités peuvent s’organiser, se fédérer, loin de toute confusion.

Les syndicalistes de l’UGTA opposés à Sidi Saïd affirment avec justesse que « la question démocratique ne saurait être dissociée de la question sociale ».

Les travailleurs du complexe Tosyali dans l’Oranie ont raison de faire grève pour la revalorisation des salaires, l’intégration des précaires et la cessation des licenciements abusifs. Il s’agit maintenant de généraliser la grève avec tous les secteurs en lutte !

Les chômeurs ont eu raison d’occuper le complexe d’El Hadjar, par centaines, pour exiger leur recrutement. Ils montrent la voie à suivre, celle de l’action directe, de masse et de classe.

Chacun sait que les manifestations du vendredi ne suffiront pas à changer l’ordre des choses, à créer des rapports égalitaires, à modifier les règles du jeu sans passer par des élections ou une Assemblée constituante.

Pour l’auto-organisation

L’auto-organisation devient urgente. Il ne s’agit pas de se perdre dans des controverses inutiles sur les réseaux sociaux, ces armes de surveillance et d’intoxication massives, mais de créer des comités concrets sur les lieux de résidence, de formation ou de travail « où les individus délibèreront de la prise en charge de tous les aspects de la vie quotidienne, sans la médiation de l’Etat ou des professionnels de la représentation ».

Ces comités pourraient décider de leur propre « feuille de route » pour répondre à l’urgence sociale et démocratique : expropriation des biens des patrons-voyous et politiciens corrompus ; gestion par les travailleurs de l’outil de production ; réquisition des locaux attribués aux formations du régime ; animation de la vie culturelle et sociale ; création d’institutions solidaires répondant aux aspirations de la population, etc.

En devenant de véritables universités populaires, ouvertes à toutes et tous, où l’on parlerait les langues du pays dans leur diversité, ces comités pourraient devenir des lieux de critique et d’expérimentation sociales, consacrant le triomphe des libertés individuelles par la lutte collective, sans rien attendre du système, du régime et du pouvoir que nous combattons.

Voici les quelques remarques que je voulais partager avec vous ce soir.

Salut aux révolutionnaires d’Algérie et de tous les pays !

N. S. M.

(*) Cette contribution a constitué l'intervention de l'auteur pour la rencontre intitulée "Transition indépendante pour une Algérie libre et démocratique" organisée par l'association Agir pour le changement et la démocratie en Algérie (ACDA), vendredi 26 avril à Paris.

Auteur
Nedjib Sidi Moussa
 

Commentaires

Permalien

Cela demeure la condition essentielle pour permettre la chute définitive du régime prédateur de Bouteflika.
Le peuple aurait été plus pertinent en demandant non seulement Bouteflika mais son double militaire Gaid Salah co responsable du maintien du régime destructeur de l'Algérie et déstabilisateur du Maghreb Arabe par ses velléités de puissance militaire régionale menaçante.
Clair et net seul l'élimination de Gaid Salah debloquerz les verrouillages militaro-policiers maffieux et hautement prédateurs des rentes publiques.
Le théâtre juridiction politique de Gaid Salah ciblant le clan de Saïd Bouteflika est d'abord un règlement de compte personnel de Gaid Salah et une tentative grossière de s'attirer une illusoire sympathie du peuple qui n'est pas dupe.
Seule Une confrontation désirée par l'armée qui sera chaotiquement sanglante et le non vouloir d'une intervention étrangère à la suite du peuple par sa sagesse et son patriotisme bloque le projet criminel de Gaid Salah et ses larbins corrompus de l'état major le véritable pouvoir de fait actuel par la force des armes et des menaces répressives.
L'armée algérienne opaque et divisée en coulisses tout en étant bridée par la dictature interne au MDN et son état major se trouve otage d'une bande de généraux très corrompus et angoissés au maximum aux demandes de comptes à l'image de la parodie judiciaire atteignant le clan de Saïd Bouteflika.
Gaid Salah pervers et première fortune militaire ne rendra jamais le tablier que les pieds devant.
Toufik harcelé plus psychologiquement par Gaid Salah ne servira ni ses réseaux de boucs émissaires au théâtre de Gaid Salah.
Danger on est à la vieille d'un affrontement frontal défavorable à l'armée car l'ombre est mal verrouillée même à l'infrarouge par les collimateurs militaires de Gaid Salah risquant bien des surprises.
Deux risques de dérapage aux frontières. Libyennes et par malheur aux frontières Marocaines signera le glas de Gaid Salah et pire de l'armée.
L'entrée récente de deux grands groupes navals américains n'est pas fortuite et de par l'importance des portes avions et des dizaines de navires de guerres qui inquiète même la Russie ajouté au feu vert américain au maréchal Hafftar .....
Gaid Salah est un gros incompétent par ses barouds inutiles et provocateurs aux frontières libyennes exposant l'armée algérienne aux puissances occidentales et régionale Égyptienne de Sissi jouet des arabes du Golfe et des puissances américaine et française.
Cette dernière abhorre gaid Salah.
Autrement Toufik le monde des réseaux invisibles les forces militaires dans la région risque si gaid Salah persiste de fixer l'abces en Algérie dans les prochains mois une fois Ramadan terminé.
Gaid Salah part meilleure solution Que notre agression et destruction finale de l'armée qui est une puissance régionale sans fanfaronnade.
Un déclic et bonjour les dégâts aux militaires de nettoyer leurs écuries des baudets de Gaid Salah on le rappelle pour la troisième fois.
Quand aux élections du 04 juillet et autre entêtement constitutionnel bloqué au 102 cela est un caprice du bghal des chaouias Gaid Salah.
Bye bye Grand Père ton sort est scellé ne roule plus tes mécaniques rouillées vieillard satanique.
On s'occupera que de toi et ta famille demande à ton copain du renseignement émirati....

Permalien

Très pertinente comme analyse. Tout le monde rêve que les héritiers du pouvoir criminel d'avant 1962 renoncent à cet héritage. Ce qui relève de l'utopie. Par contre, comme nous supposons le comprendre de l'auteur, il faut mettre ces héritiers devant le fait accompli à l'image de quelques initiatives en cours: empêcher toute activité des faux ministres sur le terrain, appeler les élus locaux à aller plus dans cette logique de désobéissance civile (refus de l'élection présidentielle) en démissionnant volontairement de leurs postes et en remettant leurs mandats au peuple qui décidera à travers des comités de quartiers ou autres de la meilleure manière à gérer les mairies, les APW et autres, etc.

Permalien

Il faut éclairer les citoyens sur la notion "yi rouhou gaa3"

Le départ des caciques du système n'est pas suffisant, il faut réclamer une triple rupture
1. Idéologique (rompre avec la matrice raciale /théologique l'Arabo-islamisme)
2. dissoudre ces institutions administratives et politiques
3. revoir la forme d'organisation de l'Etat.......!!! calquée sur un modèle que la France elle à récemment abandonné....!!!

Permalien

Il faut éclairer les citoyens sur la notion "yi rouhou gaa3"

Le départ des caciques du système n'est pas suffisant, il faut réclamer une triple rupture
1. Idéologique (rompre avec la matrice raciale /théologique l'Arabo-islamisme)
2. dissoudre ces institutions administratives et politiques
3. revoir la forme d'organisation de l'Etat.......!!! calquée sur un modèle que la France elle à récemment abandonné....!!!

Permalien

Said Bouteflika et les généraux Toufik et Tartag en prison le 29.4.2019 pour éviter un fort séisme a Alger et d'autres wilayas.

Ajouter un commentaire