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REGARD

Crimes et châtiments : Au nom de Dieu ? Du président ? Du peuple ?

« Celui qui creuse une fosse pour autrui y tombe lui-même » F. Dostoïevski

La fin du vingtième siècle a été marquée incontestablement  par l’effondrement des idéologies matérialistes (socialisme et capitalisme) et le sursaut des religions monothéistes. L’extrême concentration du pouvoir politique dans le bloc socialiste a suscité le déclin du communisme. L’extrême concentration des richesses  à l’intérieur de l’occident va provoquer la chute du capitalisme. Après des siècles d’engourdissement, les peuples arabes reprennent conscience de leur passé glorieux, de leur aliénation présente, et de leurs forces potentielles futures.

Les difficultés économiques, le malaise social, l’impasse politique, le règne de l’immoralité ne sont pas étrangers à ce réveil des peuples arabes  et musulmans. Ce qui frappe d’emblée l’observateur, c’est la jeunesse des mouvements contestataires dans la quasi-totalité des pays où l’islam est majoritaire. Partout dans le monde les jeunes aspirent à participer plus activement à la gestion des affaires politiques et économiques.

Cependant dans la plupart des pays arabes les systèmes sont sclérosés empêchant le renouvellement des élites et la renaissance des idées. La jeunesse arabe et musulmane ne veut plus d’un Etat comme un legs du colonialisme ou comme un instrument hégémonique occidental. Ce qu’elle désire par-dessus tout c’est d’un Etat de droit ouvert sur le monde fondé sur une morale et animé par des dirigeants honnêtes et compétents élus en toute liberté sur la base d’un programme  clair et d’un échéancier précis et sur la base duquel ils seront appelés à être jugés.

Dans ce contexte, on cherche un recours, un point d’appui, un espoir. Entre les valeurs traditionnelles perdues et les valeurs modernes mal assimilées, les sociétés arabes se recherchent, victimes du paradigme consumériste occidental et les pesanteurs sociologiques du passé. Elles n’arrivent ni à assumer leur passé glorieux ni à se frayer un chemin parmi les nations modernes. Les désillusions du progrès gagnent de plus en plus les esprits.

Des populations entières se trouvent désemparées, n’ont plus de repère. Les voici, de plus en plus nombreux, au milieu du gué menaçant de s’écrouler, ayant abandonné les acquis de la société traditionnelle sans avoir accédé aux promesses de la société occidentale. Sur les rives des sociétés occidentales, il reste peu de monde. Une minorité de privilégiés a pu traverser physiquement ou matériellement le fleuve sans pour autant être intégré dans la société occidentale et sans pouvoir jouer localement le rôle dynamisant de la bourgeoisie occidentale. Mais l’ensemble des populations est au milieu du gué, se bousculant pour échapper aux tourbillons et aux courants. La frustration s’empare d’un nombre croissant d’individus qui oscillent entre la révolte et le rejet. C’est l’impasse Le phénomène contestataire contemporain est le produit de toutes les tensions, les traumatismes et les frustrations accumulées durant ces dernières décennies.

Les mouvements de protestation traduisent le désarroi d’une population privée d’idéal et de perspectives d’avenir dans un contexte de crise sociale et de contradictions économiques.

Le refuge dans la religion musulmane apparaît plus plausible que le consumérisme occidental. Entre les bienfaits terrestres hypothétiques et les valeurs religieuses intangibles, le choix devient clair. Faute de bonheur à l’aune des biens consommés c’est la soif d’absolu qui l’emporte. Il ne s’agit pas non plus de se complaire dans un autoritarisme stérile du pouvoir, et de voir dériver sans réagir  la société vers un fatalisme religieux mais de se frayer un chemin vers plus de liberté, de justice et de dignité dans un monde sans état d’âme en perpétuelle évolution où le fort du moment impose sa solution au plus faible. C’est donc une réponse à une crise d’identité des valeurs modernes mal assimilées et des valeurs traditionnelles perdues que l’islamisme prend son essor.

Facilité en cela par un vide idéologique créé par une équipe de dirigeants sans moralité,  ni profession. Dire que la forme étatique moderne ne peut avoir de légitimité aux yeux du monde arabe et musulman revient à reconnaître l’incapacité des dirigeants à répondre aux problèmes et aux aspirations des populations dans un cadre étatique. L’Etat se trouve désigné du doigt comme étant responsable de la misère croissante qui frappe la majorité de la population et son incapacité à faire une place à la jeunesse dans le système politique et économique.

Le mouvement pacifique de contestation de la jeunesse est à la fois un mode d’expression des mécontentements et un refuge. Il sert à revendiquer davantage de justice sociale, de dénoncer le chômage, la pauvreté, la corruption des dirigeants et les perversions des valeurs occidentales. L’Etat national repose sur des intérêts particuliers, sources d’accumulation personnelle par le biais des commissions et de prédation qu’autorise la détention du pouvoir.

Face à la corruption, les islamistes prétendent incarner la moralité or ce qui frappe le monde arabo-musulman ce n’est pas seulement une crise économique ou sociale mais justement une crise morale.

Sans renouvellement intellectuel, l’islamisme a eu pour seul résultat de déconnecter de plus en plus l’islam des besoins urgents des sociétés arabes et musulmanes car les populations aspirent simultanément au bien-être matériel occidental et au respect des valeurs morales de l’islam. Elles rejettent l’occidentalisation plus que le progrès technique et scientifique, les injustices générées par la modernité plus que la modernité elle-même. Les débats d’idées sont l’oxygène des démocraties occidentales, les dictatures arabes refusent tout débat.

Le temps c’est l’alternance entre la nuit et le jour, entre les saisons. Que retenir de ce printemps algérien ?  La démocratie est une rose, elle ne dure qu’un temps, le temps d’une saison, le temps d’une élection ; elle est fragile, son jardin nous envoûte, son parfum nous enivre, ses pétales sont nos rêves et ses épines sont nos réalités

Auteur
Dr Abdelkader Boumezrag
 

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